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golden-dawn-nazis-2Pourquoi l’exemple d’Aube dorée en Grèce devrait nous alerter

par Marina Frangiadaki

Les media grecs s’intéressent beaucoup aux élections françaises et à la montée de Marine Le Pen. Divers articles et reportages soulignent la tentative de dédiabolisation de Le Pen et essayent d’analyser cette stratégie du front national. LIRE LA SUITE

Blanc_colin_maillardNe pas vouloir voir, ne pas vouloir ça-voir

par Gabriela Medin

Que dit la presse espagnole des élections françaises et de Marine Le Pen ?

Depuis l’Espagne, pays aussi proche que distant, aucune peur de Le Pen. Il n’y a pas d’alarme, et l’élection est un des sujets de l’agenda européen parmi d’autres.

À l’instar de la presse française, avant que certains dont les psychanalystes, ne sonnent le tocsin, l’aveuglement est de mise. LIRE LA SUITE

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Contre le discours de la haine et la ségrégation,

par Elisa Alvarenga, Belo Horizonte, Brésil

Il y a quelques mois, on ne croyait pas, au Brésil, à la victoire du Brexit, et encore moins à l’élection de Donald Trump aux États Unis. Alarmés par ces deux défaites, il nous a fallu encore supporter les félicitations adressées au nouveau Président des États Unis par un député de Rio de Janeiro connu pour ses propos violents et racistes. De plus, après avoir loué un militaire qui a pratiqué la torture pendant la période obscure de la dictature militaire et promu l’insulte publique de certaines femmes, il vient de se porter candidat pour la droite aux élections présidentielles de 2018. LIRE LA SUITE

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Marine Le Pen,

un effort permanent pour rendre le mal banal

Alexandre Stevens

La prochaine élection présidentielle en France fait rupture dans l’histoire démocratique de la cinquième République. Pour la première fois, il apparaît probable qu’un candidat de l’extrême droite sera présent au deuxième tour. Certes son père a déjà gagné cette place il y a quelques années. Ce fut une surprise et la réaction des Français fut à la hauteur de l’enjeu. La situation est toute différente aujourd’hui. Chacun s’y attend et la question devient : qui sera en mesure de la battre ? Mais qu’on s’y attende, que cela soit déjà banalisé dans les médias et l’opinion, est en soi profondément inquiétant. LIRE LA SUITE

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Marcus André Vieira

Rio de Janeiro, Brésil

(via PIPOL8)

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Marine Le Pen, vue depuis le Brésil, n’a pas forcément de visage. Elle fait partie de la série des noms propres qui semblent aujourd’hui constituer un essaim d’extrême droite, faisant revenir sur la scène de l’Europe le cauchemar des nationalismes du passé. En Amérique du Sud, on s’inquiète surtout de la folie Trump, qui semble bien plus proche et dangereuse.

Pourtant, on devrait porter attention aux lepénistes, car nous avons aussi au Brésil un discours radical de haine à l’égard de ceux qui ne jouent pas le jeu de la soumission muette aux seigneurs, et l’on gagnerait à le comparer à celui qui circule en France. LIRE LA SUITE EN CLIQUANT ICI

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La fissure

par Graciela Brodsky

 (Article publié dans Lacan Quotidien 643)

« Comme c’est curieux : des psychanalystes argentins qui votèrent Macri

signent des pétitions contre Marine Le Pen en France… »

Un ami sur Facebook

« Le vrai clivage aujourd’hui, il est entre les patriotes et les mondialistes »

Marine Le Pen, discours à Lyon

Sans titre

Ce n’est pas le moment, ni le lieu, de dire pourquoi je n’ai pas voté Macri, par contre je peux dire pourquoi je signe l’Appel des psychanalystes contre Marine Le Pen et pourquoi j’invite mes collègues à le signer aussi et à faire tout ce qui est possible pour empêcher que sa candidature passe au second tour – même si signer une pétition peut paraître une goutte d’eau dans la mer agitée de la politique française.

            Je signe parce que je suis psychanalyste – argentine, française, brésilienne, italienne, colombienne, espagnole ou toute autre – et que, en tant que telle, l’exhortation aux « patriotes » m’épouvante. « On est chez nous », scandaient les sympathisants de MLP à Lyon, en février de cette année. « Il n’y aura d’autres lois ni d’autres valeurs en France que françaises », leur répondait la candidate. Cette patrie dont parle MLP n’est pas le pays de la psychanalyse auquel j’appartiens, celui auquel j’ai choisi d’appartenir voilà plus de trente ans. « La Patrie est la terre où l’on est né », dit le poète, mais moi j’ai rencontré Lacan à Caracas, dans une « Rencontre » qui se nommait « Internationale » et qui fut « du Champ freudien » et pas du « grand champ des patriotes » auquel convoque MLP.

            Je signe maintenant parce que, voilà bien longtemps, j’ai signé la Déclaration de l’École Une, dont les « membres se répartissent en diverses Écoles qui sont le cadre naturel de leur travail quotidien [mais qui] se sentent faire partie d’un même ensemble, partageant les mêmes références et le même destin dans la psychanalyse, constituant un seul et même mouvement mondial ».

            Je signe car cette École est « Une, malgré la diversité des langues et des traditions culturelles. Une, en dépit des distances géographiques, Une dans le sens contraire à la tendance naturelle à l’éloignement, à la divergence et à la désagrégation », parce que c’est une École « dont les membres ne réclament à la société aucun privilège d’extraterritorialité sinon de se montrer actif dans la vie quotidienne et dans la vie intellectuelle de son temps pour faire passer ce que la politique lacanienne est susceptible de transmettre à tous et d’avoir une incidence réelle ».

            Je signe car cette École où s’inscrit mon travail quotidien ne contient pas dans sa dénomination la marque « Argentine » et parce que ce fut une option largement débattue durant l’année préalable à sa fondation. « Un choix doit se faire entre deux Écoles également possibles », écrivait Jacques-Alain Miller le 13 octobre 1991 : « La première est l’École Argentine de Psychanalyse du Champ Freudien. Cela limite son action au territoire national, permet quelques membres étrangers. Le seconde localise la plus grande partie de ses activités en Argentine, mais elle a une composante internationale […]. Par exemple elle peut s’appeler École d’Orientation Lacanienne. La première est une École nationale, la seconde est une École internationale de langue espagnole. À l’exception de l’École Brésilienne – et ce, pour les meilleures raisons – aucune École de l’Association Mondiale de Psychanalyse [« mondiale par modestie », selon son fondateur] ne contient le nom du pays où se déposent ses statuts. »

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            Je signe parce que, à propos de « l’action lacanienne », j’ai écrit, voilà quelques années, que le fait social, opaque à première vue pour celui qui est habitué à un lien social qui ne nécessite que deux pour exister, peut néanmoins être déchiffré, interprété et même anticipé. En effet, quand une candidature à la présidence convoque les « patriotes », cela peut se déchiffrer, s’interpréter et aussi cela permet d’anticiper les conséquences dans le cas où de si « belles paroles » passeraient dans la réalité effective, Wirklichkeit. Sans doute que pour le peuple français auquel s’adresse MLP, patriote évoque les mouvements antérieurs à la Révolution française, les Sans-culottes, la Résistance (c’est ce que m’indique Wikipedia), mais, pour un psychanalyste, la patrie est la terre des pères et, singulièrement, la terre des pères qui demandent le sacrifice. Mourir pour la Patrie !, c’est l’appel qui unit fraternellement un peuple face à l’Autre, le différent, l’étranger, qui l’offre à l’autel de ces Dieux obscurs qui demandent toujours plus : plus de vie, plus de sang, plus de jouissance. L’appel aux « patriotes », ce n’est pas seulement un appel contre les effets de la mondialisation. Ce n’est pas cette fissure que cherche à mettre en place MLP quand elle dénonce la fin de la gauche et de la droite. Ce ne sont pas là les grands thèmes qui lui donneront des voix. Elle en appelle aux patriotes pour faire vibrer la corde sensible de la famille contre le voisin, celui qui parle une autre langue, qui porte d’autres couleurs, dont Dieu seul saura de quoi il rit et avec quoi il jouit, celui qui par définition est un intrus – si nous nous laissons enseigner par cette charcuterie dans laquelle chacun est destiné à se changer en tranche. Si MLP convoque les patriotes, c’est parce qu’elle agite cette paranoïa qui est la base de notre personnalité. Cette paranoïa sait que l’Autre est mauvais, qu’il est suspicieux, que l’on ne peut pas s’y fier, que pour affirmer notre identité il faut rejeter ce « différent » qui toujours menace de s’infiltrer au travers des frontières, déguisé en syrien, en juif, en femme.

            Je suis argentine et le 7 avril je ne pourrai pas faire valoir dans les urnes les raisons pour lesquelles je n’accepte pas les 144 engagements électoraux de MLP. Mais je signe l’Appel des psychanalystes à se prononcer contre parce que j’appartiens à l’EOL, à l’AMP, à l’École Une et, aussi, parce que l’enseignement de la psychanalyse, c’est de consentir, de supporter, de savoir faire avec cet Autre, irrémédiablement Autre et dont le rejet conduit au pire.

            Aujourd’hui, c’est le 24 mars. C’est le 41e anniversaire du coup d’État militaire en Argentine qui fit 30 000 disparus : des centaines de familles détruites et une société traversée par une fissure difficile à refermer. Que le cri du PLUS JAMAIS ! se propage, aujourd’hui, dans le pays de la psychanalyse.

Article d’abord paru dans PIPOL 8 News du 26 mars 2017, en préparation du 4e congrès européen de psychanalyse sur « La clinique hors les normes » à Bruxelles les 1er et 2 juillet 2017

L’auteure est psychanalyste à Buenos Aires, ancienne présidente de l’Association mondiale de psychanalyse.

 

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En quoi il m’importe

que Marine Le Pen ne soit pas élue

Anne Béraud

Montréal (Québec, Canada)

Franco-canadienne, je voterai aux prochaines élections françaises, comme j’ai voté à toutes celles qui se sont déroulées depuis mon émigration au Canada il y a 21 ans. Il se trouve que mon départ de France n’est pas étranger à la montée du Front national qui, déjà en 1995, avait remporté 15% au premier tour des élections présidentielles et ses trois premières municipalités. Ce fut un choc ! À l’époque, je vivais au Nord de Paris et le meilleur ami de mon fils était un enfant noir dont les parents venaient du Mali. Promenant souvent les deux enfants de 5 ans, pour la première fois, j’étais confrontée au discours raciste et haineux décomplexé qui s’adressait sans vergogne à l’enfant noir que je tenais par la main. Aujourd’hui encore, j’en ressens la honte, la colère et la révolte. J’ai compris à quelle vitesse la haine pouvait s’autoriser à s’étaler de façon obscène.

Bien sûr, ces scènes font écho à celles qui m’ont été racontées par mes parents ayant vécu sous l’occupation. Marquée par leurs récits que, toute leur vie durant, ils n’ont cessé de faire, ayant au moment de la guerre l’âge de l’adolescence pour ma mère et de jeune homme pour mon père, la guerre les a traversés de façon décisive. Quelques années avant sa mort, je voulais encore savoir quel avait été le trajet de mon père à cette époque et pourquoi il n’était pas entré dans la résistance – ou de loin. J’enregistrai son récit qui le fit vaciller au souvenir de la capitulation de Pétain face aux allemands. L’idéologie du Front national repose sur le même terreau que celui de la collaboration. Marine Le Pen a dans son état major des gens de l’extrême droite du GUD, elle les garde dans l’ombre, mais qu’ils puissent devenir ministres si elle était élue n’est pas improbable. On sait à quoi mène le pire. Et combien la répétition mortifère fonce tête baissée.

Stefan Zweig, dans son livre Le monde d’hier, souvenirs d’un Européen, en témoigne. Il fait un récit des périodes d’avant guerres mondiales – première et seconde – où la répétition et la constellation de certains éléments mettent en évidence les rouages de mécanismes qui, lorsqu’ils s’emballent, ne s’arrêtent pas si facilement. La montée du Front national en France, et des nationalismes en Europe et ailleurs, en font partie. Cela doit nous alerter. Le fascisme se sert de la démocratie pour accéder au pouvoir pour ensuite se débarrasser de la démocratie. En France, la constitution élaborée en 1958 pour faire face à un risque de guerre civile peut en faciliter le processus. Ce phénomène est à l’œuvre avec Erdogan en Turquie.

Le Front national représente le danger des foules fanatisées dont Freud a parfaitement montré le mécanisme, avec les conséquences de lynchage, de ségrégation, de rejet de l’autre. Phénomènes d’escalade de la violence inévitable, issue du rapport duel imaginaire qui provient logiquement de la désignation de l’autre comme « eux » ne faisant pas partie de notre bande. Je l’ai vu à l’œuvre à une vitesse surprenante, parce que je vivais alors dans un lieu propice à cette éructation de haine, décomplexée soudainement par la première percée significative du Front national. Je ne l’oublierai pas.

La guerre d’Algérie et ses para tortionnaires, aux premières loges desquelles se trouvait J.-M. Le Pen, avec ses gros bras qui faisaient le travail en France, en est un exemple horrifiant.

Le mot est lâché, envisager l’élection du Front national relève de l’horreur. Et l’horreur commence par le fait que nous en arrivions à la considérer comme possible.

L’élection de Trump aux États-Unis a produit un électrochoc au Canada. Nous venions de nous débarrasser de Stephen Harper (premier ministre canadien de 2006 à 2015), proche de Gorges W. Bush dans ses convictions, pour élire un premier ministre qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, et qui est le premier à avoir ouvert à ce point son gouvernement aux émigrants. Nous retirons beaucoup de fierté de la formation du premier gouvernement Trudeau, représentatif de la population canadienne. Il incluait deux hommes originaires d’Inde qui portent le turban sikh, dont l’un ministre de la défense nationale ; deux femmes autochtones (amérindiennes), respectivement ministre du travail et ministre de la justice, et un homme inuit, ministre de la pêche et des océans ; une femme originaire d’Afghanistan, immigrée au Canada aussi en 1996, ministre de la condition féminine ; un homme originaire de Somalie ministre de l’immigration, des réfugiés et de la citoyenneté. La composition de ce gouvernement est aux antipodes de ce que prône Marine Le Pen, prenant en compte la diversité culturelle et les origines multiples de la population qui façonne le Canada. La France devrait s’en inspirer, en être enseignée, même si bien sûr l’histoire de ces deux pays n’est pas comparable. Un rapport à l’émigration inclusive et non exclusive devient une richesse inestimable à laquelle Marine le Pen est opposée, puisqu’elle défend son antithèse. Vue la composition ethnologique et sociale de la France, cela amènerait des tensions qui pourrait faire exploser toute cohésion sociale.

La France ne dispose pas des contre-pouvoirs que nous voyons à l’œuvre aux États-Unis, empêchant la réalisation systématique de ce que Trump décrète. C’est pourquoi l’élection de Marine Le Pen constitue un danger, contre lequel il s’agit de se mobiliser sans réserve.