SCALP TOULOUSE : Revue NOUAGE spécial NO FN

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SCALP TOULOUSE – ÉTRANGER, par Quynh Martin

Comment résonne ce mot d’étranger  dans ma propre vie puisque je suis française d’origine vietnamienne et en France depuis 60 ans?

Le mot ETRANGER, pour moi résonne avec le mot colonisation. La colonisation du Vietnam par la France a fait se mêler, l’autochtone et l’étranger, celui qui n’est pas du pays, aussi bien dans la colonie qu’en métropole.

Ayant la nationalité française, je suis de droit citoyenne, française. Née au Vietnam de parents vietnamiens par  mes origines je ne suis pas d’ici, pas de France.

La question Suis – je étrangère ? S’adresse aux autres et à moi-même.

L’autre par ma physionomie, peut penser, dire, elle est différente, étrangère,  ou ne pas le penser du tout.  Mes amis, mes collègues, les gens que je fréquente, disent : …tu n’es pas différente de nous, ton origine étrangère, on n’y pense pas, on dit tu es vietnamienne comme on dirait… elle est brune pas grande. Mon origine est alors juste une caractéristique

Pour moi, mon origine est plus que cela : je suis vietnamienne, de culture et de nationalité française, cet ensemble fait mon identité, à n’en pas douter. Et vivant en France depuis longtemps je ne m’y sens pas étrangère.

Mais un fait m’étonne  je ne suis par reconnue vietnamienne par des vietnamiens. Au Vietnam bien que je parle le vietnamien certes avec un accent d’ailleurs, Au Vietnam, je suis perçue étrangère.

En Midi-Pyrénées,  pour mes compatriotes vietnamiens  venus sur les boat people il y a 20, 25 ans suis française et pas vietnamienne … Pourquoi ? Il n’y a pas grand-chose à comprendre, d’emblée, je suis perçue française à ma manière d’être à ma manière de parler français. Donc on est d’une ethnie ou étranger, plus par sa manière d’être que par ses origines.

Une manière d’être française, que j’aurais acquise depuis mon arrivée encore enfant en 1953.

Le Vietnam, l’Indochine, était une colonie, sous l’autorité, du gouvernement frs. La supériorité des armes, lors de la conquête  s’est étendue à la civilisation à la race, la supériorité des blancs justifiait la domination du pays et l’exploitation de ses richesses.  Là dans  mes premières années, les étrangers c’étaient les Français, des étrangers dominants, supérieurs, les colons  traitaient les autochtones, les vaincus les dominés avec mépris.  Au début des années 50 la résistance vietnamienne pour l’indépendance gagnait du terrain. Ma mère souhaitait la victoire de  Hô Chi Ming, le père de l’indépendance mais celui-ci ne pouvait gagner sans l’appui de la Chine communiste. Nous sommes aux tps de la Guerre froide, une fois indépendant le Vietnam  basculera dans le bloc communiste.  Or vivre et faire vivre ses 5 enfants sous le régime communiste ma mère le refusait. Un an avant la défaite française de Diên bien Phu et l’indépendance en 1954, laissant ses biens, elle a fait le choix forcé de l’Exil vers la métropole. Là bas à l’horizon… la devise liberté, égalité fraternité, serait effective.

Sur le paquebot j’ai plus ou moins appris le français. A paris, nous n’avions ni parent ni amis, l’accueil fut favorable. Nous étions sujets de l’empire frs et étrangers, des jaunes d’un autre continent, différents par le faciès, qui parle le français, plus ou moins mal, avec l’accent. Mais nous étions des bons colonisés, ceux qui ont choisi la France, ses valeurs, sa supériorité…

Je suis rentrée en CM1. Priorité aux études et à la culture ma mère savait choisir les bons lycées Y avait-il une communauté vietnamienne à Paris dans les années 50 et 60 ? Peut –être, mais nous n’y participions pas. Ma communauté à moi, c’était l’Education nationale, élève boursière, j’ai appris là, le mode vie, la NORME française et je m’y suis conformée. La normalisation, était attendue, elle s’est faite. Dans la foulée des études  à la Sorbonne, je suis devenue fonctionnaire de l’Education nationale, professeur d’Histoire et géographie, en la région parisienne puis dans le Tarn et Garonne et mariée à un Français . Ce parcours a-t-il permis que le racisme, je ne l’ai subi qu’exceptionnellement. Récemment il y a 6 ans au milieu d’autres français présents j’ai été traitée comme différente et inférieure, sans aucune raison on me parle, brutalement, autoritairement, on veut m’intimider, me dominer, me rabaisser,  je  l’ai  vécu comme attaque très violente.

Je témoigne qu’être étranger en France ne pose pas tant de problème lorsque cette condition ne se double pas de discrimination de ségrégation. Certains français, seulement certains, dont ceux du FN, les nostalgique de l’ancien Empire français, font cet amalgame vis à vis des étrangers moins ou plus bronzés, noirs, … venus des anciennes colonies d’Asie d’Afrique, encore dominées il y a 60 ans, 50ans… Au XXI e. siècle il n’y a plus d’empires coloniaux, il y a les états et les peuples développés, et les états et les peuples sous développés.

Le colonialisme est toujours présent, le colonialisme c’est l’attitude  qui justifie l’inégale valeur des peuples, ainsi que l’exploitation des pays sous développés, et des peuples jadis colonisés toujours considérés inférieurs, exploitation exercée par les puissances développées à des fins économiques.

Dès 1970, pendant les 30 glorieuses, Le Dr.J.Lacan, alertait, prévoyait la montée du racisme avec le colonialisme persistant  et la volonté de normaliser ceux qui immigrent.

Il faudra bien qu’un jour ça s’arrête.

 

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SCALP, une conversation à La Réunion Par Mary Carmen Polo

L’appel aux forum lancé par L’ECF n’a pas été sans conséquences. Les invités Jacques et Nicole Borie prévus de longue date aux journées d’étude régulières organisées par l’ACF La-Réunion ont répondu avec conviction à ce temps extra-ordinaire de conversation SCALP intitulée: « Pour la démocratie, des psychanalystes se mobilisent ».
Une philosophe, Brigitte, un écrivain, Daniel, une éducatrice, Vanessa, une infirmière, Michèle, des psychanalystes, des psychologues, des étudiants de l’Ecole Supérieure d’Art mobilisés par le thème : « la Haine, l’Etrange, La Peur; Parlons-en , » et intéressés sur ce que peut en dire la psychanalyse ont pris la parole. Bonjour l’angoisse quand des arguments rationnels échouent, quand le vote en faveur de MLP est assumé par des personnes qui ont fait des études, quand les intentions de vote plébiscitent les partis politiques extrêmes dans une île célébrée pour un modus vivendi multiculturel apaisé !
« L’implication de l’Ecole étonne et soulage », dit Nicole Borie : »Nous avons la responsabilité de comprendre ce qui nous arrive (…), c’est une lutte contre la peur agitée par le discours de MLP ». Daniel, évoque la peur de réveiller des choses de l’histoire encore très présentes. Il évoque une tradition non critique liée à un interdit où « faire de la politique c’est s’attirer les pires ennuis ». (…) Jacques Borie précise qu’il s’agit d’une erreur de pensée que ce phénomène appartient à notre époque. Dès 1900 et après la guerre de 14, Freud mettait en évidence le concept de la pulsion de mort. De structure, après chaque catastrophe, se produit un refoulement, la question serait de considérer ce qui pousse les humains à aller contre cela ». (…) La haine est aujourd’hui activée. Un de ses ressorts consiste à penser « nous » et « eux » avec la tentation de rejeter toutes différences (…), il y a une légitimation de ce discours, la haine devient transmissible : exclure l’autre au nom de c’est l’autre le responsable ». Vanessa écarte la vision idéalisée de La Réunion pour dire qu’on peut s’aimer et se haïr un peu, c’est une continuité, les communautés se côtoient, se respectent sans être dans une grande proximité ce qui est un savoir-faire qui s’est construit entre les différentes communautés pour que cela ne bascule pas dans la pulsion de mort.
« Garder le vif de la langue, l’éprouver et continuer à la vivifier (…), jusqu’où peut-on aller avec la langue pour dénoncer le discours totalitaire qui mortifie ce qu’il y a de vivant dans la langue ? », Nicole Borie incite à poursuivre la conversation, à faire un usage « des frottements des langues privées, une création cosmopolite ».
Moment de surprise : un jeune étudiant dont le thème de recherche est la scénographie déboule dans l’assemblée. Du haut de son pupitre, son exhortation à rejoindre son parti Pour Demain fait voler en éclats tous les discours politiques convenus et interchangeables tenus en meeting pour faire valoir sa cause : celle du genre. Il réussit ainsi à subvertir un discours qui sonne creux pour une parole singulière qui vaut pour chacun. A la menace d’interdit de présenter sa performance dans un régime totalitaire, Brandon répond : » ça ne vas pas m’entraver, ça donne encore plus envie de le faire ! ».

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Non plus jamais ça, par Claudine Valette Damase

Dans cinq jours, Marine Le Pen pourrait être la présidente de l’horreur et il en serait fini de notre si chère république.

Je l’ai entendu parler de façon mièvre de sa conception de la protection sociale alors ce qui s’est imposé à mon esprit chagrin, c’est la  protection sociale du régime de Vichy, le secours national, véritable organe de propagande de Pétain.

Il y a si peu de temps encore, ce régime né le 16 Juin 1940, formé et gouverné par le Maréchal Pétain sous la devise «Travail, Famille, Patrie » laissant aux oubliettes la devise de la république « Liberté, Egalité, Fraternité », n’était pas reconnu comme un gouvernement d’extrême droite, fasciste, totalitaire et de collaboration. La politique extérieure de ce régime  était celle de « la Collaboration » avec l’Allemagne nazie. Ce régime prendra fin le 6 Juin 1944, les conséquences en ont été catastrophiques. Aujourd’hui encore, elles sont loin d’être toutes élucidées. Je suis en colère de constater le peu d’études consacrées au dessous de ce régime. Y aurait-il encore des choses à laisser enfouies ?

Dessus, en devanture

Le Secours National créé en 1914, reconnu d´utilité publique en 1915 est un organisme d’entraide regroupant différentes associations chargé de collecter des fonds pour apporter de l’aide aux militaires, à leurs familles ainsi qu’aux populations civiles victimes de la guerre, en épaulant les services sociaux déjà existants. Les revenus proviennent de taxes sur les jeux, les gains de la Loterie Nationale et divers legs et les surtaxes sur les timbres-poste !

Le gouvernement Daladier va le réactiver dès octobre 1939, à la tête un commissaire général Robert Garric, un homme aux doctrines saines, fidèle aux œuvres très catholiques du Moulin vert.

Dessous, Matin brun[1] en référence au livre de Franck Pavloff

Le secours national sous couvert d’être la principale structure d’action « humanitaire »  devient un des instruments diaboliques de propagande du gouvernement de Pétain dont les fonctions vont s’élargir considérablement pendant la Deuxième Guerre mondiale au point d’apparaître comme « un État dans l’État ».

Pétain va se charger d’instrumentaliser le secours national hérité de la première guerre mondiale en un système unique et efficace de protection sociale ; l’efficacité de la protection étant une aide inconditionnelle à l’Allemagne nazie. Sous couvert de l’aide et de l’assistance aux victimes de la guerre, il propage la haine et l’antisémitisme. Les associations familiales, d’entraide doivent collaborer avec la police. La méthode de travail promue est la dénonciation.

Pétain s’octroie la paternité morale du secours national en fondant et confondant les différentes associations qu’ils regroupent et en dissolvant les mutuelles et autres groupements juifs, communistes ou franc-maçons. Certes il y avait des contestations que Pétain se chargea de faire taire manu militari mais le terrain était prêt  des œuvres sociales et familiales telle que celle du Moulin vert s’y étaient employées en prônant dans un document remis à Petain : le mari chef naturel de la femme, la famille nombreuse, la lutte contre l’avortement et pour cela les associations familiales devaient œuvrer avec la police.

Les juifs sont exclus des conseils d’administration des bureaux de bienfaisance et privés de travail dans des organismes comme le Secours national ou la Croix Rouge française, dirigés par ailleurs par « des Français, nés de père français » ; et ceci en faveur de la collaboration.

Les juifs ne sont pas seulement exclus de toute responsabilité, ils le sont de l’aide en tant que victimes de guerre pourtant leurs biens confisqués, spoliés ont servi de façon éhontée à alimenter la trésorerie du secours national.

Au secours national, des bénévoles, des professionnels sont entrés en résistance souvent au péril de leur vie pour accompagner des enfants, des familles dans les camps et aussi pour cacher des enfants juifs.

Je salue ici leur courage pour nous avoir permis de retrouver la république et ses libertés aujourd’hui si menacées par Marine Le Pen et son parti.

Une seule réponse pour plus jamais ça, le vote pour le  républicain et démocrate Emmanuel Macron.

[1] Franck Pavloff, Matin brun, Cheyne.

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Est-ce que la psychanalyse peut nous préserver de la toxicité du discours FN ? par Géraldine Caudron

 

« La psychanalyse concerne les sujets un par un, dans leur particularité. C’est une histoire privée. Mais ce privé, d’être noué au langage, est par là même pris dans la grande Histoire, l’histoire publique. Cela vaut pour l’intime de chacun. Quelle que soit sa biographie, de quelque pays qu’il vienne. Pour tous ceux des générations posts-nazies, la petite et la grande histoire se sont bien nouées dans la poubelle des camps. »[1] La femme qui parle ainsi appartenait à une génération précédente. Anne-Lise Stern avait 22 ans lorsqu’elle fut déportée à Auschwitz-Birkenau.

J’ai été en analyse avec cette grande psychanalyste, membre de l’École freudienne de Paris, analysante de Jacques Lacan, auteure du livre témoignage « Le Savoir-Déporté. Camps, Histoire, Psychanalyse.« . Depuis le 6 mai 2013, (nous commémorerons l’anniversaire de sa mort la veille des élections), Anne-Lise Stern n’est plus là pour faire entendre ce savoir-là, né de son expérience du camp, nouant ce qu’elle avait vécu là-bas à ce qu’elle avait repéré dans ce qui se dit et se répète ici, et encore plus maintenant.

C’est une question que je me suis souvent posée avec angoisse et qui m’a longtemps travaillée. Comment vivre en sachant que la Shoah a eu lieu ? Est-ce que ça peut se reproduire ? Quand le trou du réel des camps s’est dévoilé jusque dans ma clinique avec un cas d’enfant, je me suis mise en quête d’ouvrages. C’est par la lecture fulgurante de son livre que j’avais souhaité rencontrer Anne-lise Stern pour un contrôle, puis poursuivre ma cure avec elle. Ma première analyste ne pouvait pas entendre ce que je cherchais à comprendre de ce que la Shoah et la langue du troisième Reich avait produit et transmis comme traumatisme impactant directement le langage. D’une deuxième génération née après, et de surcroit « non juive », je ne devais pas être concernée à ce point, me disait-elle. Il ne fallait pas penser de ce côté là. Avec Anne-Lise Stern, j’avais trouvé un lieu d’accueil et d’adresse sans ambages, sans censure, sans jugement, où élaborer mes questions les plus intimes, les plus indicibles sur le sujet, depuis ma génération et sans être juive. Ma souffrance liée à cet héritage inouï de l’Histoire constitué par l’existence des camps de concentration, qui était insupportable et contre laquelle je m’étais fabriqué des défenses coûteuses, pouvait être enfin déchiffrée. En séance, nous parlions parfois de son expérience de la déportation, son corps en était marqué, « ça se charge d’y penser pour moi, ce numéro d’Auschwitz qui tatoue mon bras.(…). Même si je ne l’exhibe pas, les autres – que je parle, que je me taise – y pensent par force, eux aussi à ça. »[2]. Parce-que je voulais savoir, et que je pouvais savoir, ma cure avec Anne-lise Stern m’a permis de sortir d’une fascination du voir-ça et d’un point de  jouissance insu, pris dans l’horreur de signifiants toxiques hérités de mon histoire privée noués à l’histoire publique de la seconde guerre mondiale, redoublés par la guerre d’Algérie. Ce point de jouissance, Anne-Lise Stern me l’avait interprété, et ce fut salutaire, libérateur, un instant de voir qui a ouvert sur le temps pour comprendre, sur une élaboration et une symbolisation rendue enfin possible me permettant de sortir du réel trop réel, ce réel des camps imaginarisé auquel je restais fixée. J’ai pu retrouver dans mon histoire familiale cet arrière grand-père mort du typhus, dans un camp de concentration en 1942, déporté parce-que dénoncé comme résistant communiste, dont personne ne m’avait parlé, mais dont mon père porte le prénom. Derrière le mot typhus avait été refoulée l’horreur du camp de Gross-Rosen, comme un effacement de la mémoire du camp de concentration. J’ai pu ressentir un apaisement de constater que cet aïeul s’était engagé dans la lutte au péril de sa vie, transformant le devoir de mémoire culpabilisant, en inscrivant un héritage et une mémoire incarnée du combat contre le fascisme, dont je me sentais désormais reconnaissante et redevable.

Lors d’une séance sur l’actualité de la montée du FN et de son discours négationniste, Anne-Lise Stern avait évoqué le terme de « dénazification », sorte de mot écran destiné à faire croire que tout était terminé de ce côté là, comme le « Plus jamais ça » sur lequel nous nous étions endormis. Mon analyste y réagissait tous azimut. Je me souviens de sa colère toujours prête à éclater, de sa solitude dans sa lutte à contre sens du travail de l’oubli de l’histoire, de son vif désir de transmettre encore et toujours et ce jusqu’à la fin de sa vie, d’alerter en enseignant, et en démontant les effets mortifères d’un discours de haine, issu de l’idéologie nazie qui n’a jamais cessé de diffuser son venin. Le FN en est tout empoisonné. Et nous en subissons tous les jours un peu plus la contamination.

Depuis les résultats du premier tour, j’ai une nausée persistante, événement de corps qui signale un réel. Je me connecte à internet, en ces temps complexes et tourmentés, plus que de coutume. Je lis de ci de là des posts politiques, de plus en plus violents, de plus en plus haineux. Parfois, je ne prends pas suffisamment garde et je suis tentée de relayer ce qui s’affiche comme « contre le FN » et qui, à y regarder de plus près, laisse surgir un je ne sais quoi qui m’alerte. Une ambiguïté s’y est glissée, provocant un malaise. L’empoisonnement par la Langue FN est là. C’est donc tout un travail de lecture, de repérage, de réflexion, d’analyse, et de désactivation de signifiants FN qu’il faut effectuer et remettre sans cesse sur le tapis. Le langage est mis à mal et envahi par ses mots slogans qui diffusent leur programme de haine. Après Victor Klemperer[3], c’est un nouveau philologue qui pourrait prendre le relais de l’étude de la Lingua Tertii Imperii, (qui n’est pas une langue morte) et étudier ses rejetons dans les effets du discours FN, connecté dés sa fondation à l’idéologie nazie. Tous les codes et les mots du langage commun sont désormais attaqués par cette novlangue toxique : mots dévoyés, suremployés, changés, détournés, retournés, si ce n’est, vidés de leurs significations, créant la plus grande confusion, propice à la propagation de l’idéologie de l’extrême droite et à la fascisation des esprits, en surfant sur l’émotion. Tout va très vite dans l’agitation des propos FN qui ont pignon sur rue désormais, renforcés par la propagande très virulente d’internet.

Aussi virulente parce-que sans complaisance, la farce ayant valeur d’interprétation de Jacques-Alain Miller donnée dans « Le bal des Lepéno-Trotskystes »[4] faisant tomber les masques, par un rappel de l’histoire des hitléro-trotskistes au moment du débarquement « ayant nui à la Résistance et collaboré avec l’occupant et les nazis français », est une flèche qui vise dans le mille. Hier soir, 1er mai, aux Bouffes du Nord, JAM a été interrompu pour la deuxième fois en tentant d’alerter à sa manière, et avec sa singularité, nos concitoyens sur le retour du nazisme, réincarné dans des versions disparates. Cette censure m’a fait prendre conscience que le pire est à attendre pour dimanche. Les prises de paroles courageuses de JAM, à rebours de ce qui ne peut pas se dire, y engageant son corps, et sa voix profonde, me rappellent celles d’Anne-Lise Stern au sujet de son expérience de la déportation : « En témoigner publiquement risque de tourner au psychodrame, ou de coûter trop cher à celui qui s’y offre. »[5].

 

L’emballement de la fin de campagne présidentielle dans un climat de grande hostilité jamais connu jusqu’alors, porte l’effet des signifiants du nazisme, réactivés par le discours du FN. Le 7 mai, c’est un rendez-vous avec l’Histoire que nous avons, la veille de la commémoration du 8 mai 1945, célébrant la défaite du nazisme et de la capitulation de l’Allemagne. Et c’est seul, au un par un, épars désassortis en marche pour la démocratie, dans la solitude de l’isoloir, que nous allons y répondre, avec l’arme du vote Macron en acte.

Anne-Lise Stern avait répondu en partie à ma question sur le retour du pire. En Lacanienne, elle ne m’avait laissé aucun espoir. Aucune garantie ne peut être apportée par un homme ou un parti politique à ce qui se rejoue aujourd’hui du malaise dans la civilisation. C’est bien à chacun, depuis son histoire privée prise dans l’Histoire, et de ce qu’il en fait, de se positionner clairement. Jamais la question de ne pas céder sur son désir de démocratie n’aura été aussi fortement posée par une élection. Che voi ?

[1] Anne-Lise Stern, « Passe, du camp chez Lacan. Berlin » in Le Savoir-Déporté, Paris, Seuil, 2004, p 241.

[2] Ibid. p 241.

[3] Victor Klemperer, auteur  de l’essai Lingua Tertii Imperii (Langue du Troisième Reich : carnet d’un philologue).

[4] Lacan Quotidien 673, Jacques-Alain Miller, Le bal des lepénotrotskistes.

[5] Ibid. p 241.

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Pourquoi nous combattons, par Bernard-Henri Lévy et Jacques-Alain Miller

 

ARTICLE PUBLIÉ SUR LEXPRESS.FR

En 1942, Franck Capra se voyait commander par le gouvernement des Etats-Unis sept films de propagande destinés à contrer les effets à long terme du chef d’œuvre hitlérien de Léni Riefensthal, Triumph des Willens (Le Triomphe de la Volonté), 1935. La série américaine, elle, s’intitulait Why We Fight (Pourquoi nous combattons).

Nous n’avons pas attendu une commande d’Etat qui ne serait jamais venue. Nous avons décidé de compter sur nos propres forces et de tout faire pour contrarier – afin d’en inverser les effets – cette maudite stratégie dite de « dédiabolisation » qui fut initiée par Marine Le Pen, embrassée avec enthousiasme par les médias, et qui l’amène en ce début mai, selon l’expression consacrée, « aux portes du pouvoir ». Notre objectif : re-diaboliser le FN (le mot est de Christian Barbier sur BFM) qui n’a jamais cessé, à nos yeux, et pour qui tient à l’image, d’être le diable.

Nous nous sommes appuyés sur l’implantation nationale de l’Ecole de la Cause freudienne, la principale association lacanienne du pays, reconnue d’utilité publique, pour organiser SCALP, une Série de Conversations Anti-Le Pen. Ce furent vingt Forums à travers toute la France (dont l’un à Bruxelles, avec de jeunes fonctionnaires du Parlement européen qui ne sont pas du tout ce qu’on nous dit). Le dernier sera à Paris, ce vendredi, dernier jour de la campagne, à la Maison de la Chimie, de 17h top chrono à minuit non-stop.

Que disons-nous ? C’est très simple. Que le FN n’est pas un parti nouveau-né, mais qu’il appartient à la tradition contre-révolutionnaire. Le pays lui doit de très grands écrivains (Joseph de Maistre, Céline), de bons penseurs, essayistes et stylistes (Bonald, Taine, Morand, Drieu, Chardonne, etc), de grands couturiers et de grandes actrices (Chanel, Arletty), quelques grands résistants (mais oui !) – et il ne disparaîtra pas (peut-être est-il nécessaire au divin brouet français – qui sait ?). Mais jamais, au grand jamais, il ne faut laisser ces gens mettre la main sur les leviers du pouvoir d’Etat. Car, alors, ils perdent la tête et deviennent dangereux pour le pays. Ce sont les crimes abjects de Vichy, les exactions de la Milice et le reste – jusqu’aux procès d’épuration où les juges furent d’anciens pétainistes jugeant d’autres pétainistes moins chanceux. Nous ne voulons pas revoir cela.

Marine Le Pen, c’est l’assurance de la ruine économique par la sortie de l’euro, suivie de l’instauration d’un régime autoritaire pour contrôler le désastre, et enfin, devant l’échec patent, l’apparition de la folie meurtrière dont le passé (Vichy, mais pas seulement) a donné de funestes exemples. Marine le Pen, ayant sacrifié un père adulé aux ambitions de sa clique (au premier rang de laquelle son ami de cœur, Florian Philippot) est une femme fragile en dépit de sa silhouette de soudard : on peut, vraiment, en attendre le pire.

Ecouter les électeurs du FN, leur désespoir, leurs doléances, pourquoi pas ? Ce sont nos frères humains, comme dit François Villon. Les chefs lepénistes, c’est autre chose. Aussi bien n’a-t-on nullement traité de la même manière l’Allemand du commun et les nazis de Nuremberg. Aux uns, la reconstruction accélérée, l’épanouissement économique, et un solide Deutschemark rassurant la ménagère côté Kinder, Küche und Kirche (« enfants, cuisine et église »). Mais pour les chefs, la corde, tout simplement. Crac boum hue ! dirait Tarentino.

Lors du Forum de vendredi prochain, la direction du FN sera dénoncée pour ce qu’elle est : un ramassis d’admirateurs de Hitler (n’est-ce pas, M. Chatillon ?), de négationnistes (n’est-ce pas, M. Jalkh ?) de détrousseurs de cadavres (Marine Le Pen citant Jaurès que les nationalistes assassinèrent en 14), de rescapés de l’OAS, d’anciens de la Waffen-SS ayant juré fidélité au Fürher, plus, pour la galerie, un clown pervers comme Gilbert Collard et un assortiment de divers misfits. La tante jalouse a écarté sa nièce, trop jolie, trop bien élevée, et catholique pratiquante.

Ah ! on comprend l’intérêt de cette racaille à ce qu’on ne parle plus, plus jamais de son passé et de ce qu’il laisse présager de son avenir ! Que les médias aient considéré que tout rappel de cette filiation était désormais ringard, c’est leur affaire. Nous, nous disons le contraire : la mémoire, et encore la mémoire. Au fur et à mesure qu’approche le moment fatidique, les masques tombent. Marine parle du Vél d’hiv comme on en parle dans sa bande : c’était un complot juif, n’est-ce pas ? Et ce complot n’avait pour objet que de compromettre des Français innocents qui traversaient la rue et n’y étaient pour rien…

Venez, nombreux, ce vendredi 5 mai, à l’invitation de L’Ecole de la Cause freudienne et de La Règle du Jeu.

nouvelle affiche

 

 

Publié dans ALERTE, Jacques-Alain Miller, Just published

La bête grossit, par Caroline Doucet

Meeting du front national et un simple constat : la bête grossit. JM Le Pen l’avait prédit : « je suis la bête immonde qui monte » (réunion de Compiègne, 1984). Slogans haineux, désignation, manipulation des images, et autres techniques bien connues du Front National à l’origine des catastrophes de l’histoire saturent l’espace public et font leur oeuvre. Tout y est. Tout fonctionne. Le front républicain n’est plus et l’entreprise de diabolisation de Macron est en passe de réussir.

Une question s’impose : est-on arrivé au terme du processus ou bien le ventre est-il encore fécond d’où peut sortir l’immonde tant la crise du sujet et celle du temps présent semblent faire rencontre ?

Le temps de reconstituer l’histoire viendra, celui d’identifier les objets, les grandes figures et logiques capricieuses ou répétitives qui l’ont produite. Mais « l’attitude analytique »[1] n’est pas celle de la construction in mémoriam, ni celle du constat, pas plus que celle du spectateur averti. Fréquenter l’inconscient permet de percevoir l’urgence du présent et d’ajuster son acte.

Politique du réveil : lutter contre la bête. Agir, mobiliser. Saisir les circonstances réglées ou aléatoires de l’instant qui font de chacun un sujet de l’histoire assemblé à d’autres dans le vent de l’Histoire.

[1] Miller, JA, Choses de finesse en psychanalyse, cours du 11 mars 2009.

Publié dans ALERTE, Just published

Angoisse, par Solenne Albert

Parmi les nombreux symptômes qui se sont estompés avec l’analyse, il y en a un qui revient avec force depuis quelques semaines et auquel je n’étais plus habituée : l’angoisse, la nervosité. Je fais des cauchemars, je me réveille la nuit après avoir rêvé de peste, de choléra…. Le monde autour de nous est touché par un virus terrible qui provoque désolation et solitude…

La peste, le choléra, pour moi c’est clair : c’est Marine Le Pen. Et je ne comprends pas que l’on se pose la question d’aller voter dimanche ou pas. Je ne comprends pas que soit annoncé un tel taux d’abstention. J’ai même dû mal à y croire.

L’idée que Marine Le Pen puisse gagner les élections présidentielles en profitant d’un taux record d’abstention n’est pas impossible.  Et cette idée me rend malade.

Je peux comprendre que l’on ne vote pas de gaieté de cœur pour Mr Macron. Je peux comprendre que son projet s’oppose radicalement à des idéaux, des valeurs. Mais son projet n’est pas incompatible avec la démocratie. Et si Mr Macron est élu dimanche, nous aurons une seconde chance : celle des législatives.

Si MLP passe au second tour : il n’y aura de seconde chance pour personne. C’est évident.

Le projet de loi de Mr Macron sur le travail, qui prévoit de libéraliser encore plus les conditions de travail des salariés, est très difficile à encaisser, pour beaucoup de ceux qui ne sont pas des « chefs d’entreprises » et ont de plus en plus l’impression d’être des éléments au mieux « interchangeables », au pire « jetables ». La sécurité de l’emploi est de plus en plus rare. Je travaille comme psychologue dans un hôpital psychiatrique où je suis tous les jours confrontée à la souffrance des soignants qui se voient renouvelés leurs CDD pendant des années. Ce sont parfois des CDD d’une journée qui se répètent pendant des mois !

J’ai moi-même vécu des périodes de chômage difficiles. Après avoir obtenu mon diplôme de psychologue, j’ai enchainé les CDD pendant de nombreuses années, pour des emplois à temps partiels parfois des 10%, 20% de temps de travail. Parfois à 700 km de chez moi. J’ai bataillé pendant plus de dix ans pour obtenir un CDI. L’angoisse de perdre mon emploi, pendant longtemps, c’était tous les jours. Aujourd’hui, j’ai à cœur d’accueillir de nombreux stagiaires, j’entends leurs craintes, leurs peurs. Elles sont plus grandes encore que pour moi il y a 15 ans.

Alors je peux comprendre les déceptions. Mais je ne peux pas comprendre pour autant que l’on n’aille pas voter.

Dans le numéro de Marianne du 28 avril au 09 mai 2017, le titre est « Monsieur Macron, à vous de réconcilier les deux Frances » dans un « pays fracturé ».

Oui notre pays est fracturé ; oui, notre jeunesse est angoissée à l’idée de devoir vivre des périodes de chômage parfois très longues malgré des études supérieures brillantes. Et une bataille législative est à mener pour faire évoluer les choses.

MAIS ne pas aller voter – ou voter blanc – c’est baisser les bras. C’est dire « ce que je vis, c’est dur et ça ne peut pas être pire. » MAIS SI CA PEUT ETRE BIEN PIRE !!

On ne peut pas mettre sur le même plan Macron et MLP : Avec Macron, on pourra discuter, négocier, parlementer, ou se fâcher, avec MLP on sera bâillonnés, emmurés, mortifiés. Réduits au silence. Nos droits bafoués. Nos libertés de rire, de critiquer, d’aimer, n’existeront plus. MLP c’est la dictature assurée.

Les journalistes seront rapidement triés sur le volet et obligés d’aller dans le sens du vent unique : celui de MLP.

Le programme de MLP comporte 144 « engagements », tous plus abjects les uns que les autres. Chacun d’entre eux implique une idéologie nazie, raciste, haineuse :

«  Rendre impossible la régularisation ou la naturalisation des étrangers en situation illégale. Simplifier et automatiser leur expulsion. » (Engagement 25)

«  Mettre fin à l’automaticité du regroupement et du rapprochement familial ainsi qu’à l’acquisition automatique de la nationalité Française par mariage. » (26)

« Supprimer le droit du sol » (27) Ces propositions sont terribles, épouvantables. On ne peut pas comparer, (comme je l’entends en ce moment), le libéralisme au fascisme. Le libéralisme, malgré ses excès et ses arrêtes dures, sa violence, avec laquelle je ne suis pas d’accord, reste une société où l’on peut s’exprimer ; une société où l’on peut faire une analyse, dire tout haut ce qui ne nous plait pas ou ce qui nous plait.

 En France aujourd’hui, deux personnes qui n’ont pas la même nationalité, qui se rencontrent et qui tombent amoureuses, ont le droit de se marier. Nous vivons dans une France où aimer est possible. Si MLP passe demain au second tour parce que vous ne serez pas allés voter, cette France n’existera plus. Et moi j’aurai honte d’être Française.

Donc non, on ne peut pas dire que ce serait pareil demain, si MLP était au pouvoir. Ce ne serait pas pareil. Ce serait un cauchemar. Il est grand temps de se réveiller et d’aller voter !!!!

Si vous ne voulez pas vous réveiller demain dans un monde où les droits humains les plus élémentaires vous sont retirés, allez voter dimanche ! Dans un monde où l’école ne devient accessible que pour des soi disants « élites » (« Suppression progressive du collège unique » engagement 8) ; où vos enfants ne parleront que le français, car les langues étrangères seront supprimées (engagement 101), où vos enfants porteront l’uniforme (engagement 103) et n’auront d’avenir que s’ils sont « méritants » et « non étrangers ». Ignoble.

TOUS AUX URNES DIMANCHE ! Je ne veux pas d’une France raciste. Je ne veux pas d’une France où les plus fragiles : les clandestins, les sans-papiers, n’auront plus de droits.

Lorsque l’on est en analyse, on éprouve ce statut de « sans papiers ». Etre analysant, c’est faire l’épreuve que nous sommes tous des sans-papiers. Que l’identité, il ne faut pas trop y  croire. Elle est toujours factice, faite de bric à brac, de hasards, de rencontres, de morceaux d’identifications, de bouts d’histoires racontées.

MLP, votre identité ; c’est votre père qui vous l’a donnée. C’est une identité fasciste, nazie, et raciste. Et c’est vous que la France veut expulser dimanche !!

 

Publié dans ALERTE, Foreign Office

Paris Newark, par Elodie Bernard

1940 Newark USA, les élections présidentielles…. Un certain Charles Lindbergh et l’ancien président F.D.Roosevelt….

Personne n’y croit. Ce n’est pas possible…. Pourtant si, Lindbergh est élu.

Mais tout se passera bien, cet homme a de grandes qualités, et veut la grandeur de l’Amérique, le bonheur simple de ses concitoyens, du travail pour tous.

“ Notre pays est en paix, notre peuple est au travail. Nos enfants sont à l’école. Je suis venu jusqu’à vous pour le rappeler. À présent je rentre à Washington pour que cela continue.”[1] dit-il.

Paroles rassurantes et très étranges, prononcées, sur fond de guerre mondiale, et de révoltes citoyennes.

Désormais hors la loi, les révoltes visant à défendre et garantir les libertés d’être et de penser sont contenues par la violence et connaissent une repression sanglante. Sous la chasuble de la sécurité pour tous, se profile celle de la camisole pour tous.

Ai confiance, crois en moi et laisse moi t’endormir pour faire de toi ce que je veux, pourrait en être un sous-titre.

C’est ainsi qu’un jour, sans s’y attendre, sans en peser les conséquences, puis sans y croire vraiment, l’Amérique se reveille sous le joug d’un gouvernement à tendances dissimulées anti-libertaires, violentes et repressives, pour faire le bien.

Il s’agit d’une fiction de l’écrivain américain Philip Roth. Cependant, comme souvent, la réalité pourrait dépasser la fiction.

À quel point il serait terrible de nous reveiller, à l’instar des personnages de ce roman, dans un cauchemar.

 

[1] Roth, Philip, Le complot contre l ‘Amérique, 2004, Gallimard, p. 439.

Publié dans ALERTE, Just published

Il faut être punk, par Laurent Dupont


Je rejoins le mouvement punk en 1979. Ce mouvement est né d’un constat et d’une frustration. Le constat, c’est l’échec du courant issu de 68. Frustration face à ce que nous observions à l’époque déjà : le capitalisme recycle tout, les hippies et les révolutionnaires étaient déjà recyclés. Nous serions donc irrecyclables, des déchets, des punks. Nous lisions, entre autres, Sade et Sacher-Masoch.

Cette position trouva ses intellectuels parmi lesquels Jello Biaffra, qui fit la dernière campagne américaine avec Bernie Sanders et qui déjà s’était présenté à la mairie de San Francisco finissant en 4e place de cette élection en 1979, et dont le groupe, les Dead Kennedys, annonçait cette même année, dans son célèbre « California über Alles », la dictature du politiquement correct. Nous y sommes. L’interview de JAM sur France Culture est un pur produit de ce politiquement correct qui vient annuler tout débat.

Avant eux, en même temps que Lacan, les Clash parodiaient le célèbre « Peace and Love » en hurlant que ce qui était plutôt entrain de se profiler, c’était « Hate and War ». Montée de la ségrégation via le capitalisme.

Lacan était-il punk ? Oui, bien sûr, puisque mon ami Pierric avait surgi à une répétition de notre groupe ce jour de septembre 1981 avec la une de Libé annonçant la mort de Lacan, « Tout fou Lacan », en disant : « Putain les gars, Lacan est mort ! » Qui était Lacan ? Mais Pierric, c’était l’intellectuel du groupe et sa mère était psychanalyste, il savait pour nous, nous partagions son affliction. Ce jour-là, nous jouâmes en l’honneur de Lacan dont les autres membres du groupe et moi-même ignorions tout.

JAM est-il punk ? Bien sûr, il dit « nuls », « débiles », « pédés » sur France culture, il pulvérise les semblants et le politiquement correct, la bienséance. C’est son « No future » à lui, démontré, argumenté.

1) Montée au zénith des nuls, ceux qui ne voient nul-lement l’enjeu.

2) La dédiabolisation, c’est une ruse du diable.

3) Le Pen, c’est le diable, tout fait ventre, même les homos.

Très rapidement le mouvement punk s’est morcelé. Il y a eu ceux qui ont rejeté la société : la drogue et la rue ont eu plus ou moins raison d’eux. Il y a eu ceux qui se sont engagés : les Skin Communistes, les anarchistes, les trotskistes, les anti-fascistes dont j’étais (ne pas oublier qu’il y avait le franquisme, les mouvements indépendantistes : IRA, ETA, les dictatures au Chili, en Argentine…, l’émergence des Brigades rouges, la bande à Baader, les CCC…) Et enfin, il y a ceux qui sont immédiatement rentrés dans le rang. Il y avait une attirance vers la radicalisation sous l’émergence d’Action Directe, j’étais en fac à Lyon.

Je me souviens des combats contre le GUD, l’UNI. Mais c’est une bagarre entre punks qui m’importe aujourd’hui. Lors d’une réunion, une discussion s’était engagée entre un groupe de punk trotskiste et mon groupe, plus proche de la mouvance libertaire anti-fasciste. Le ton monte et l’un des trotskistes soutient que l’arrivée du fascisme au pouvoir ne pouvait être qu’une bonne chose car cela ferait naître un contre mouvement qui permettrait l’avènement du communisme. Impossible de le raisonner. Impossible de débattre. Il s’affirma même prêt à voter pour l’extrême droite. Nous nous bâtîmes.

Aujourd’hui, c’est dégagé de cette prise dans l’imaginaire que je veux cogner sur ceux qui sont prêts à rejoindre, par leur abstention, cette autre face du fascisme. Cogner, comme le souligne JAM dans politique lacanienne, de la bonne façon, en ne cédant rien et en interprétant en acte cette position de jouissance mortifère tenue dimanche soir par JLM.

Je me méfie de Macron, mais je voterai pour lui sans atermoiements. Désormais, pour Mélenchon, je suis averti.

Publié dans ALERTE, Just published