Barrer la voie à MLP par notre voix, par Fatiha Belghomari

Depuis plusieurs jours, j’entends : « Je suis indécis » par un ami journaliste, « Je vote blanc! » regrette une retraitée, « Je vote nul! » s’exclame mon voisin tandis que mon boulanger est catégorique : « Je ne vais pas voter! »

Ainsi, s’il est évident pour beaucoup que le vote « contre » Marine Le Pen doit être marquée d’un sceau dans les urnes, la voix « pour » tel ou tel nom à glisser dans l’urne leur apparaît plus qu’incertaine.
En effet, la délicate tâche tiendrait au fait que si nous prenons chaque candidat et leur programme, nous aurons des points qui nous convaincrons tandis que d’autres n’emporteront pas notre adhésion. Alors, comment se décider si nous n’avons pas d’intimes convictions absolus pour tel ou tel candidat ? Surtout quand on sait que tout peut arriver selon qu’on a le vent en poupe ou des boulets ferrés aux chevilles qui n’ont pas encore eu le temps de gonfler ?
Et de plus, que les réseaux sociaux, thermomètre médiatique, avec tous les trésors qu’ils recèlent, font la pluie et le beau temps d’une presse dépassée par le choc des modes de jouissances en ébullition : de l’implosion à l’explosion, il n’y a qu’une voix de différence !
Eh bien oui ! L’enjeu de ces élections tient à une seule conviction : voter pour un candidat, quel qu’il soit. Voter est notre seule voix pour barrer efficacement la voie à Marine Le Pen et au Parti de la haine !

Fatiha Belghomari, en campagne contre MLP et le Parti de la Haine, organisée par l’ECF

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Droit dans le mur ! par Sandrine Corrouge

« On voit que c’est ce que j’appelais l’Europe à la schlague1, l’Europe à la trique2» fustigeait MLP, pas encore officiellement intronisée candidate FN à cette élection présidentielle mais profitant du Sommet international de l’élevage, après photos avec les vaches et serrage de mains de rigueur, pour lancer une nouvelle charge contre l’Europe, à coup de slogans populo-antiélites souvent réchauffés. LIRE LA SUITE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19  Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre V, Les Formations de l’inconscient, Paris, Seuil, 1998, p. 243.

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SCALP – Hold up sur l’autisme, par Mireille Batut

SCALP  de Choisy le Roi

Hold up sur l’autisme, ou les familles d’autistes parangon de la communauté vertueuse nationale

Jusqu’ici, j’étais dans la même situation que sans doute beaucoup d’entre nous, bien indécise sur qui j’irai voter, mais certaine d’une chose, certaine absolument : je vais voter, car c’est la seule et unique exigence absolue. Ne pas voter, c’est voter Le Pen.

Il y avait bien eu l’épisode troublant de la triple dénégation. Fillon, assailli par les révélations sur son affairisme, niait, 3 fois. Je ne suis pas autiste, je ne suis pas autiste, je ne suis pas autiste. Ouf ! Nous parents d’autistes pouvions le lui confirmer. Vous n’êtes pas autiste, Monsieur Fillon.

Or, voilà que MLP a choisi de nous sortir du lot, nous familles d’autistes. Lors du débat télévisé des candidats, soudain, elle affirme parler pour nous, elle prend notre bouche pour accuser : les professeurs ne sont pas formés, les médecins ne sont pas formés. Au nom des familles d’autistes, un grand coup de balai, un grand audit devra nettoyer les institutions récalcitrantes. Hold up !!!!

Pour préparer le forum, j’ai été forcée d’aller voir le programme de MLP. Je suis tombée sur la mesure 95 : inscrire dans la constitution le principe « la république ne reconnait aucune communauté ». Fantastique ! Ce que nous fait MLP, c’est le « grand remplacement », à bas le communautarisme, mais c’est pour mieux mettre en avant la communauté vertueuse, dont les familles d’autistes sont le parangon. Quelle horreur ! Faire de nous de bas exécutants.

Une vidéo circule, du FN Occitanie, elle explicite, pour ceux qui auraient la comprenette difficile : « on double les aides aux clandestins et on refuse d’accompagner les enfants autistes en France » dit la dame.

Alors, je voudrais énoncer trois questions politiques :

1- MLP, en communautarisant les familles d’autistes, les enferme dans une identification haineuse, qui est son fond de marmite. En faisant cela, elle se situe dans l’exact envers de la psychanalyse, car la psychanalyse défait les identifications. Je reprends Eric Laurent dans Impasses de l’identité qui fuit (Lacan Quotidien 644) : « La psychanalyse va contre les identifications du sujet, elle les défait un à un, les fait tomber comme les peaux d’un oignon. De ce fait, elle rend le sujet à sa vacuité initiale »…  un vide dont nous avons besoin pour nous ouvrir à l’accueil de notre enfant.

2- MLP sera là après l’élection présidentielle. Si nous évitons de justesse la catastrophe absolue, nous ferons face à un paysage de désolation : partis explosés, défiance massive, vérité des faits remplacée par le story-telling… Le monde de demain sera peut-être décentralisé, mais il est dès aujourd’hui façonné par les géants du numérique, qui nous proposeront d’exprimer nos préférences politiques par agglutination de « like ».

Dans ce contexte politique, je voudrais en venir au sujet de l’éthique individuelle de la résistance comme arme collective efficace. Hier, j’observais mon fils jouer sur sa 3DS. Je l’entendais régulièrement taper frénétiquement sur la même touche du clavier, seul moyen, par la répétition obstinée de l’acte, de vaincre le monstre Bowser. Dans l’acte de résistance, aujourd’hui, un acte seul ne suffit plus. Il faut le répéter, le répéter, jusqu’à l’épuisement.

Dernièrement, à la suite du dépôt d’une résolution par le député Fasquelle, il nous a fallu nous soulever pour éviter l’instauration d’une science d’Etat qui nous dicte comment nous devions éduquer nos enfants et à qui il nous serait formellement interdit de les confier, c’est-à-dire aux psychanalystes. Nous avons dit, au lendemain de cette mobilisation inédite, que nous étions toujours inquiets, et qu’il nous fallait rester en alerte. Et refuser, notamment l’ostracisme dont notre orientation plurielle est l’objet.

3- Que serait l’envers d’une politique de la haine ? Y aurait-t-il une politique de l’amour qui serait l’envers de la politique de la haine ? Je ne veux pas dire que l’amour serait opposé à la haine, ni plaider l’amour universel. Je veux ici examiner la valeur de l’amour en politique.  Ce n’est pas une question simple. Voici ce que j’écrivais, l’an dernier, pour les vœux de notre association La main à l’oreille : « Nous avons rencontré l’autisme, et l’autisme nous a rencontrés. Cette collision a produit en nous ce que produit l’amour : affolement, emballement, sidération, frayeur, vertige, et nous a transformés à jamais, ceux de nous que l’on dit autistes, et ceux que l’on ne dit pas. Nous avons rencontré l’autisme en tant qu’assignation. Pour la science. Pour l’administration. Pour l’éducation nationale… Mais pour nous ? C’est notre enfant, notre frère, notre ami, que nous voulons rencontrer… Nous ne voulons pas plus vaincre l’autisme que nous ne souhaitons vaincre l’amour. Ceci est notre poétique. Ceci est notre politique, ». Il me semble que cette boussole est d’une grande efficacité politique. Je vous invite à notre forum des familles, samedi 1er avril aux Chapiteaux turbulents. Car l’amour est aujourd’hui un acte de résistance.

 

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SCALP -« étranger chez soi » par Yves-Claude Stavy

SCALP Choisy le Roi

Le principe judaïque selon lequel :  dina de-malkhuta dina[1] (= ‘la loi de l’Etat qui accueille le juif, fait loi pour lui’), – vivace dans mon éducation, laïque pourtant-, n’est sans doute pas pour rien dans le sérieux que m’inspira très jeune, l’Esprit des Lumières propre à la France ;  présida-t-il également à une sorte d’écart, dès longtemps éprouvé, vis à vis de toute idéalisation excessive de l’action politique … pourvu que le contexte de l’actualité restât républicain ? Ce n’est pas impossible.  Ecart qui n’empêchait nullement, – bien au contraire-,  le sentiment personnel d’une responsabilité au-delà de ce qui peut être régi par les lois pour tous ; ni non plus l’irruption d’une sorte d’alarme personnelle, sitôt qu’un danger ‘d’extrême-droite’ montrait le bout de son nez. Une sorte de ‘froid dans le dos’, ressenti dans mon corps, sitôt qu’un propos, quel qu’il soit, emportât avec lui une volonté d’expulsion de ce qu’il y a d’étranger chez soi. Lacan n’affirmait –il pas : « c’est dans le corps, dans la fraternité de corps, que s’enracine le racisme »[2]?

Pas de fraternité de corps : voilà ce à quoi chaque analyste s’avère convoqué dans son expérience. Pas de fraternité de corps, mais des ‘il y a’  d’ek-sistence, sans Autre, impossibles à dissoudre dans l’interprétation permise par la structure discursive de l’hypothèse inconscient: étrangers-chez-soi conduisant à devoir distinguer ce qui est partageable, et ce qui relève de chaque hors du commun ; et convoquant l’analyste à prendre position, de manière inédite, depuis les années 90 ayant marqué l’entrée dans un capitalisme mondialisé. Inédite : non pas seulement parce que le réel ‘sans loi’ auquel le parlêtre a à faire, s’avère aujourd’hui en quelque sorte dénudé par le déclin, irréversible, des discours traditionnels ; mais Inédite, également, parce que ce déclin exige plus que jamais, de faire signe aux trouvailles hors discours que chacun est tenu de produire, …quand,  tout au contraire, une sorte de ‘pensée d’Etat’ (jusque-là réservée aux régimes totalitaires), prétend imposer ses réponses prêt-à-porter au sein-même de nos démocraties. Au couple traditionnel de l’ombre et des lumières, – propre à l’organisation discursive-, se substitue sous l’égide de l’objet regard porté au zénith, l’empire de la ‘transparence’ niant les restes opaques de symptômes[3] toujours singuliers, pour lesquels est convoquée :  non plus la loi, ni l’Autre, mais une éthique personnelle. Ce constat augure de la part de notre Ecole, bien des subversions vivantes, à commettre sans cesse dans le champ de notre République. Mais serait-il encore question de République, en cas d’arrivée d’une Marine Lepen à la Présidence de notre Etat ?  Voter, ce n’est pas choisir son héros au nom de lendemains qui chantent, c’est faire ce qu’il a à faire, en fonction de l’urgence : lo ke dat[4], disait Esther (E. IV, 16) à propos de son acte, qu’elle sut commettre, seule, ‘tout de suite‘.

Discerner l’urgence : c’est un point crucial que j’ai retenu de mes études de médecine ; devant un « polytraumatisé », choisir par quoi commencer, et ne pas s’occuper de la fracture de jambe alors qu’un hématome extra dural est en train de se constituer!

 

En guise de ponctuation à cette petite contribution, je voudrai dire quelque chose de l’enseignement que je tire des trois évaluations successives auxquelles notre service de psychiatrie a été soumis durant les deux quinquennats présidentiels précédents -(celui de Nicolas Sarkozy, puis celui de François Hollande) ; et aussi de l’enquête, – toute récente -, menée au sein de notre hôpital de jour recevant certains enfants dits ‘autistes’ : enquête dépêchée par Mme Neuville[5] en direction de l’ensemble des hôpitaux de jours de psychiatrie infantojuvénile du pays, sous la pression de lobbys puissants, rêvant d’une loi d’interdiction de la psychanalyse au sein de ces établissements. Les inspecteurs de l’Agence Régionale de Santé qui sont venus nous visiter il y a tout juste quelques semaines, avaient choisi selon leur propre aveu, de terminer leur long périple en Ile de France par notre hôpital d’Aubervilliers : apeurés de l’accueil ‘insurrectionnel’ qu’ils nous supposaient vouloir leur réserver. Parmi les nombreuses questions qu’il nous avait fallu préalablement renseigner avant la visite proprement dire des Responsables de l’Agence, il y avait en substance celle-ci : «  utilisez-vous avec les enfants relevant du spectre autistique, des méthodes spécifiques de communication dûment établies ?» ; – question à laquelle nous avions décidé de répondre : « non ». Le Médecin Inspecteur releva de vive voix notre réponse, et marqua un temps de silence. Je lui demandai si elle souhaitait que je développe le fondé de notre réponse, puis essayai de faire valoir en quoi le pari de nous faire les partenaires décidés de ce que trouvait un petit patient pour tenir compte de ce qui le taraudait, donnait chance, ainsi, à ce que sa propre manière personnelle, produite ‘à compte d’auteur’, … débouche elle-même sur un lien social inédit : un petit lien social devenant  en quelque sorte le prolongement de sa propre trouvaille, sans que l’on puisse dès lors anticiper cette contingence par telle ou telle méthode de communication préétablie. Mon interlocutrice fit part de son souhait qu’on rende compte de ces éclaircissements … par écrit. Je lui demandai : « combien de signes, pour la réponse ?» . Elle répondit du tac au tac : « deux cents signes ». Elle reçut mon accord.

Subversion, donc : sous Sarkozy. Sous Hollande. Eh bien, mes bons amis, avec MLP, ce serait autre chose.

Ne nous trompons pas d’urgence.

[1] Cf l’interessante contribution de Gil Caroz dans Lacan Quotidien n° 640 (‘Le juif de retour’) à propos du film documentaire de Coralie Miller, « Français juifs – Les enfants de Marianne »

[2] Lacan J.   Le séminaire, livre XIX, …ou pire, Ed. Seuil, p 235 

[3] j’avais pensé un moment, intervenir sous le titre :  l’ombre, la lumière, … et l’opaque.

[4] Lo ke dat = ‘pas selon la loi’ – cf YC Stavy : ‘Esther, ou : l’acte’ , La Cause du désir, n°81, p.41   

[5] Madame Neuville est Secrétaire d’Etat chargée auprès du Ministre de la Santé, des questions du ‘handicap’.

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SCALP -Voter dans le silence des passions , par Myriam Mitelman

Le SCALP de Strasbourg

Article publié dans Lacan Quotidien  660

 

C’est le jour même de l’ouverture officielle de la campagne présidentielle, le 10 Avril 2017, que se tint le forum SCALP de Strasbourg, rassemblant 240 personnes dans la salle Madrid du Palais des Congrès (1). Dix neuf personnalités avaient répondu à « l’appel des psychanalystes contre le parti pris de la haine et du rejet » et nous avions la chance de compter parmi nous Jacques-Alain Miller, dont l’analyse de la logique du vote marqua tous les présents, intervenants et auditeurs.

Voter dans le silence des passions

Sous le titre Voter dans le silence des passions, Jacques-Alain Miller, est intervenu en début de soirée, proposant une analyse des enjeux des deux tours du vote.

Après avoir rappelé que les passions sont bruyantes, et suspectes de porter à l’insurrection, à l’émeute, il les oppose à la raison, à la rationalité qui doit être privilégiée en politique.

Il souligne que c’est la passion qui guide ceux d’entre nous qui votent selon leur cœur, qui privilégient leur attachement à tel ou tel candidat, sans penser aux conséquences de leur vote. Qu’apprend-on de la psychanalyse sur la passion et la raison ? Que nos intentions nous trompent toujours, et que ce sont les conséquences de nos actes que nous avons à prendre en considération. Aussi apparaît-il alors avec cet éclairage, que le vote par conviction, le vote du cœur, le vote d’intention, correspond à un « ne rien vouloir savoir » : ne rien vouloir savoir des conséquences de son acte.

Prenant à rebours les valeurs communément attachées à ces deux formes de vote, J.-A. Miller fait l’éloge du vote spéculatif, dépassionné, du vote par calcul, en tant qu’il tient compte de l’éthique des conséquences.

La formule de MLP

Puis, J.-A. Miller formule une nouvelle fois de manière inédite l’enjeu de ces Présidentielles, en prenant appui sur principe évangélique au fondement de nos sociétés « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». A partir de ce principe, selon lequel c’est l’amour qui soutient l’identité et la sympathie, il extrait la formule de MLP : « tu haïras ton prochain s’il n’est pas ton semblable », et nous rend soudain sensible l’opposition entre ces deux postures : l’identité en tant que fondée sur l’amour, promue par le pacte évangélique, et l’amour en tant que fondé sur l’identité prônée par MLP.

Cette formule étant mise au jour, le postulat de J.-A. Miller, est que Marine Le Pen, « est le mal absolu » parce qu’elle fait prospérer, et s’exacerber l’agressivité inhérente aux rapports humains, parce qu’elle explore la faille ouverte chez l’être humain par l’identification à son semblable. Marine Le Pen, c’est le diable.

Vote utile

De cet argument, J.-A. Miller fait découler la logique du vote : face au « mal absolu », les différences entre les opposants de MLP sont secondaires. Il n’est plus temps dit-il, de s’attarder aux nuances entre les « on », Macron, Hamon, Mélenchon, Fillon, mais de déceler celui de ses adversaires qui a chance de figurer au second tour, et le privilégier.

Le programme de MLP : Forum des personnalités invitées

Autour l’intervention de J.-A. Miller et après un propos d’introduction d’Armand Zaloszyc, quelques aspects, et non des moindres, du programme de Marine Le Pen ont été examinés de près par les nombreux orateurs invités : Par exemple pour montrer que le terme « la femme » n’y apparait que pour qualifier la place de la femme dans la famille, et que le programme du FN est tout sauf féministe (2). Ou encore signaler les dérives possibles du droit administratif et montrer avec quelle facilité un État autoritaire peut limiter, voire de rendre impossible la justice (3).

Pour rappeler aussi que si MLP était élue, à l’état d’urgence dans lequel nous nous trouvons toujours, pourrait s’ajouter une autre mesure d’exception, l’article 16, qui, s’il était appliqué, pourrait faire basculer la démocratie (4).

Le débat des présidentielles n’a accordé jusqu’à présent qu’une place bien maigre aux droits de l’homme, ce qui n’est sans doute pas sans corrélation avec la contagion des l’idéologie de l’extrême droite à tous les courants politiques (5). Ne sommes nous pas à la fois devant le fait que le FN a réussi en quelque vingt ans à reléguer aux oubliettes son passé anti-républicain ? Ne sommes-nous pas, selon le mot de Norbert Elias, dans un processus de décivilisation ? (6)

L’histoire du monde est une histoire des migrations (7), alors que le programme de MLP répond à un « fantasme de criminalisation des banlieues » et que : « Dans le timbre même de la voix [de MLP], se manifeste la peur du mélange et le mépris des déshérités » ce qui contredit quelque peu son populisme (8).

L’Europe et l’Alsace

L’Europe apparaît à Strasbourg on s’en doute, comme une préoccupation essentielle. Partie du chaos après la seconde guerre mondiale, sa lente progression vers un espace commun et partagé en fait une expérience unique, un espace pour la recherche, et l’extension de l’esprit des Lumières, pour lesquels la France joue un rôle essentiel (9).

Une série d’interventions se centrent pourtant plus particulièrement sur le vote « alsacien », caractérisé par un score FN important depuis longtemps et qui ne laisse pas d’inquiéter (10).

Les mots et les démarcations proposés par Jacques-Alain Miller furent repris au vol par nombre d’orateurs ; les « on », le diable, le cœur et la raison, firent mouche, et se firent les véhicules d’une conversation au plus serré.

Dans un contexte politique où les discours ne cessent chaque jour de s’embrouiller davantage, ce forum fut comme une respiration, un moment de légèreté et de vérité, et nous retenons la proposition forte de Jacques-Alain Miller, d’un Front Uni, d’un Pacte entre Républicains que l’espace politique n’offre plus, et d’une suite à donner aux échanges de cette soirée.

1 : Le Comité d’organisation était composé d’Armand Zaloszyc, Pierre Ebtinger, Philippe Cullard, Isabelle Galland et Myriam Mitelman.
2 : Sandra Boehringer, maîtresse de conférences en histoire grecque. Université de Strasbourg.
3 : Brigitte Costa, ancien juge administratif.

4 : Patrick Wachsmann, professeur de droit public, spécialiste des libertés publiques.
5 : Jean-Paul Costa, conseiller d’État honoraire, ancien Président de l’Institut National des droits de l’Homme.
6 : Richard Kleinschmager Professeur émérite de Géographie à l’Université et Freddy Raphaël, professeur de Sociologie, respectivement.
7 : Pascal Bousquet, Professeur émérite de la faculté de médecine, conclut son propos par « J’entre en résistance ».
8 : Gilbert Guinez, ancien inspecteur de l’Éducation Nationale.
9 : Ulrich Bohner, Président de la maison de l’Europe et Jean-Marie Lehn, Professeur à l’Institut des études avancées (Université de Strasbourg)
10 : On participé à cette séquence : Bernard Schwengler, membre de l’Observatoire de la Vie Politique en Alsace, Pierre Kretz, écrivain et militant associatif, Jean-Marie Woehrling, Président du Centre Culturel Alsacien, Juan Matas, ancien Maître de conférences en Sociologie.
Deux autres séquences ont suivi l’une consacrée aux associations et l’autre à la poésie et aux arts. Y sont intervenus successivement : Anny Kayser, Présidente Régionale de la Cimade,
Bernard Lonchamp, membre du bureau de la LICRA,Ekaterina Nikolova, compositrice,
Michel Roth, pasteur, Faruk Gunaltay, directeur du cinéma Odyssée.

Forum SCALP tenu à Strasbourg le 10 Avril 2017. SCALP : Série de Conversations Anti-Le Pen organisées par le Forum des psys, l’ECF et les ACF.

Plus d’infos sur scalpsite.wordpress.com

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2002-2017* : quinze ans pour rien ? par Laurent Doucet

Scalp de Clermont-Ferrand

Pour Armand Gatti, décédé le jeudi 6 avril 2017,

camarade en poésie rencontré à Limoges et en Limousin

 avec mes élèves de Lycée Professionnel,

 pour des projets théâtraux, mémoriels et subversifs.

.                                            (* Mon intervention s’inspire d’un article préalablement publié dans le quotidien L’ECHO du mercredi 23 mars 2011 réactualisé pour l’occasion qui nous rassemble aujourd’hui)

Étudiant à Toulouse au tournant des années 1980-90, j’étais militant avec de nombreux autres jeunes de cette ville universitaire du Manifeste Contre le Front National. Conseillés discrètement mais efficacement par deux anciens responsables des réseaux de la Résistance locale pendant la Seconde Guerre Mondiale, Jean Durand et Jean Fonvieille, et fortement soutenus par Denise Epstein (la fille de la romancière et prix Goncourt à titre posthume Irène Némirovsky, morte en déportation à Auschwitz le 17 août 1942), nous avions réussi de concert avec d’autres forces comme Ras Le Front, SOS Racisme, le MRAP, la LICRA et l’UEJF, à endiguer la montée du vote d’extrême droite et même à réduire son influence funeste dans la capitale de la région Midi-Pyrénées.

Comment ? Par l’action conjuguée d’un rapport de force quasi quotidien et d’un travail de fond tant théorique que pratique, pour persuader les électeurs que d’autres voies étaient possibles que le vote et le soutien morbide à Le Pen. Notre pacte était édifié et étayé à partir de quelques fondamentaux simples mais fermes :

1) Le refus de toute compromission tant idéologique que tactique avec l’ennemi. En étudiant les origines du F.N. avec les meilleurs analystes du moment, nous avions constaté combien la remise en selle des militants et des idées de l’extrême droite par la droite classique de l’époque suite à leur déroute électorale de 1981, et l’instrumentation manoeuvrière du vote F.N. par le P.S. de Mitterrand pour diviser cette dernière après le tournant de la rigueur de 1982, avaient été des choix dangereux pour la démocratie et ses composantes, contaminée par les nouveaux habits du discours lepéniste et corrompus par l’utilisation de son entrée dans le jeu électoral.

2) L’application de manière pacifique et adaptée dans ce nouveau contexte, de nombreuses méthodes élaborées par les mouvements de Résistance contre les fascismes. Sous forme de « harcèlement démocratique », nous déjouions le plus souvent possible les coups de l’adversaire à l’avance sans jamais lui abandonner un pouce de terrain (le fameux « un militant par cage d’escalier » d’avant l’effondrement du Parti Communiste en France et le vide idéologique et sociologique qu’il a laissé), et en étant toujours supérieur en nombre lors de ses principaux rassemblements publics.

3) Pour éviter la contamination idéologique des thèses du Front, nous menions dans le même temps une lutte exigeante et sans merci pour imposer d’autres solutions que la xénophobie et la démagogie nationaliste, en proposant systématiquement en positif d’autres réponses concrètes et des alternatives sociales, économiques et politiques vraiment populaires, c’est-à-dire ancrées à Gauche .

De la deuxième moitié des années 80 au début des années 90, le F.N. n’a pu se développer à Toulouse (ses faibles scores sont là pour le prouver). Toutefois, quand il a fallu étendre nos modestes inventions de jeunes militants à la région voire au plan national, la plupart de nos dirigeants ou d’autres mouvements de gauche contactés ne nous ont pas pris au sérieux (dont un certain Lionel Jospin déjà). Parmi ceux qui disaient encore quelques années auparavant vouloir « changer la vie », certains semblaient surtout avoir changer de train de vie… Le soir du 21 avril 2002, c’est leur aveuglement éthique et leur opportunisme carriériste qui a été sanctionné. Quinze ans après la situation a t-elle évolué ? Très peu au vu des derniers résultats électoraux et de la préparation des échéances à venir. Afin d’éviter un désastre pour la France en 2017 et après, c’est dès aujourd’hui qu’il faut agir ! Pour enrayer l’ascension du F.N. – presque aux portes du pouvoir selon certaines analyses politiques – il faut continuer à voter contre ses candidats aux prochaines élections et à commencer bien  sûr par les prochains scrutins présidentiels des dimanche 23 avril et 7 mai prochains comme nous y invite « L’APPEL DES PSYCHANALYSTES CONTRE MARINE LE PEN et le parti de la haine» dont je suis signataire, et dont je remercie plus particulièrement les initiateurs locaux pour la tenue de ce forum à Clermont-Ferrand . Mais pour réduire fortement et durablement son influence, il faut continuer aussi à reconstruire et à inventer des réponses politiques à la hauteur, à l’exemple de ce Comité de Vigilance des Intellectuels Contre le Fascisme créé dès les menaces des Ligues factieuses de 1934 à partir d’une idée originale du poète et fondateur du surréalisme André Breton, ce qui rendit possible les rapprochements du Front Populaire deux ans après…

 

Laurent Doucet

Poète et enseignant

Président de l’association La Rose Impossible

pour la création d’un espace culturel dans l’ancienne

 maison d’André Breton à Saint-Cirq-Lapopie (46)

 

BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE :

– Armand Gatti, Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin, Cercle Gramsci, Limoges 2006.

– Pierre Milza, FASCISME FRANÇAIS Passé et Présent, Champs Flammarion, 1987.

– Laurent Doucet, Au Sud de l’Occident – South of the West, Éditions La Passe du Vent, Vénissieux, 2015 (troisième tirage en cours de réimpression pour mai-juin 2017).

« J’ai cessé de me désirer ailleurs » Pour saluer André Breton, ouvrage collectif co dirigé avec Thierry Renard ( Président du festival « La Semaine de la poésie » de Clermont-Ferrand), La Passe du Vent, Vénissieux, 2106.

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SCALP -Réveillons-nous ! par Jean-Daniel Matet

Non, je ne pensais pas revoir les signes et les images qui avaient conduit aux pires moments du XXe siècle. L’extermination des juifs d’Europe avait eu lieu : Jean-Claude Milner en concluait le succès du projet nazi. La construction progressive de l’Europe qui suivit la guerre promettait de faire barrage désormais à la monstruosité qui s’était déchaînée.

Il est vrai que depuis 72 ans les pays d’Europe de l’ouest et du sud vivent en paix alors même qu’auparavant ils se faisaient régulièrement la guerre tous les 30 ou 40 ans. La greffe de la Grande Bretagne, toujours différée par de Gaulle, n’a pas pris, mais les autres ont accepté le rôle de la France et de l’Allemagne dans un leadership chaotique aujourd’hui scellé par l’existence d’une monnaie unique. L’Europe ne sera jamais le Commonwealth dont rêvait l’Angleterre et, de ce point de vue, son départ n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle. Ce ne serait le signe avant-coureur d’une explosion de l’Union que si les Hollandais, les Français, les Allemands, les Italiens, les Espagnols, etc. mettaient en place des gouvernements nationalistes faisant le sacrifice des bénéfices que l’Europe apporte à chacun. Certes, son fonctionnement doit aller vers plus de démocratie visible.

Faire table rase

Le rêve de MLP et du FN est de faire table rase de la construction européenne pour reconstituer des nations fortes autonomes, à l’identité supposée « pure », ce qui ne manquera pas d’entraîner une rivalité meurtrière. La montée des nationalismes et particulièrement du FN en France nous expose à la résurgence cynique des conséquences d’une telle conception.

L’effort de Marine Le Pen pour imposer l’image d’une « femme politique responsable », aussi légitime que les autres candidats pour briguer les suffrages d’une élection présidentielle, se brise sur le mur du mouvement qui la porte, du courant politique qui s’est incarné dans l’histoire récente et qu’elle ne dément pas.

L’avez-vous entendue parler de la grandeur de la France en l’assimilant à son extension géographique durant une histoire coloniale dont elle a la clé et la vérité ? L’avez-vous entendue s’en prendre au capitalisme et aux puissances de l’argent quand la fortune de sa famille a les origines les plus troubles et que le système à fabriquer du cash de son parti (FN-Jeanne) est dans le collimateur de la justice qu’elle pense tenir en respect au nom du peuple ? Et encore dénoncer les structures politiques de l’Europe dont, ces dernières années, elle a tant profité ? L’avez-vous entendue s’en prendre aux fédéralistes européens et aux mondialistes qui feraient le malheur de la France, avec les mêmes accents que ceux de l’Etat français qui s’en prenait au cosmopolitisme juif ? L’avez-vous entendue faire applaudir – pour mieux les séduire – les forces de police et les militaires contre les « voyous » qui menaceraient chaque Français, voyous qu’elle embauchera par ailleurs comme nervis ? L’avez-vous entendue contester la double nationalité au mépris d’une histoire de France qu’elle conteste aussi ? L’avez-vous entendue prétendre réserver aux Français (sur combien de générations ?) les emplois et empêcher l’immigration quelle qu’elle soit au mépris des intérêts culturels et économiques de la France et donc des Français ?

Enfin, l’avez-vous entendue se démarquer de l’histoire du FN et de l’extrême droite française autrement qu’en nous abreuvant d’une petite histoire avec son père avec lequel « elle ne veut plus faire de politique » ?

Elle prétend protéger le peuple en flattant la corde la plus sensible de celui qui n’a plus rien à perdre et reproche à l’étranger de lui prendre ce qu’il n’a pas et qu’il suffirait donc de chasser pour retrouver le bonheur perdu.

Aussi est-elle intervenue la première dans le débat entre candidats pour affirmer la nécessité de mesures pour l’autisme et principalement pour accompagner les familles des autistes, dénonçant l’insuffisance des prises en charge actuelles. Les subtilités cliniques ou thérapeutiques ne l’intéressent pas, elle veut seulement – et c’est le leitmotiv de sa campagne – affirmer sa solidarité avec les « victimes du système » qu’elle institue comme telles.

Antisémitisme refoulé mais actif

Nous ne l’entendons pas dénoncer les propos à l’antisémitisme revendiqué, dénonçant ouvertement sur internet la psychanalyse comme inutile et nuisible, son fondateur juif comme responsable d’inventions coupables tel l’inceste. Vous pensez que je m’emporte et j’aurais pu le croire moi-même si je n’avais aperçu ce que diffuse déjà l’un de ces sites, intitulé Blanche Europe indiqué par Jean-Claude Maleval dans son article documenté et éclairant sur « Résister à la fascination du sacrifice » (1), dénonçant comme juifs ceux qui ont signé l’appel des psychanalystes à voter contre Marine Le Pen. Réveil brutal. L’usage des qualificatifs les plus éculés du vocabulaire raciste et antisémite occupe tout l’espace éditorial.

L’écœurement et la nausée vous submergent tant la haine de l’autre s’y répand à longueur de pages. L’extrême droite française a poursuivi avec une grande constance le déroulement des thèmes qu’on pouvait penser proscrits dans l’après-Shoah avec l’aide de la loi des pays démocratiques. Ils sont là, immondes, avec les caricatures ressassées, avec leurs listes informées qui ne se contentent pas de la consonance des noms propres pour noter entre parenthèses qui est juif et qui ne le serait pas.

Écrasement des libertés

Il y a quelques semaines MLP faisait entendre aux fonctionnaires, aux magistrats, qu’ils devraient se soumettre au patriotisme du FN, sous peine de devoir en rendre compte. L’Ambassadeur de France au Japon a écrit qu’il ne servirait pas un tel régime. Nous attendions plus de réactions encore.

À Hénin Beaumont, le maire FN Steve Briois et son équipe persécutent un journaliste de la Voix du Nord qui ne se contente pas de les servir, mais fait son métier de journaliste ; maintenant il le paye cher. La majorité municipale FN affirmait d’ailleurs ne pas avoir besoin de la presse et être en mesure d’assurer sa propre communication. La menace pèse sur la liberté de la presse, qui certes parfois met à mal les défenses de chacun (y compris les psychanalystes), mais qui garantit l’information et le débat démocratique.

Vous l’aurez compris, mais il est nécessaire de le souligner, car il nous semblait évident, il y a peu, que le plafond de verre fonctionnait comme une limite éthique partagée par les partis républicains à l’avancée des thèses du FN. Mais comme Anaëlle Lebovits-Quenehen (2) l’a souligné, les thèses sont maintenant partagées par un grand nombre sans que la morale ni l’éthique ne viennent en limiter la diffusion.

C’est que MLP pense avancer masquée comme le loup revêtu de la dépouille de d’agneau dans la fable d’Ésope. Mais son discours est une ritournelle sur la France aux Français, le travail aux Français, l’économie aux Français, l’histoire aux Français, en utilisant le terme de patriotisme qui suppose nationalisme et esprit guerrier qui l’accompagne. C’est bien connu, le Français de MLP, comme l’Aryen de son cher modèle nazi, est une race pure qu’il faut défendre. Pas de mélange, pas d’intrus, pas d’étranger, ses amis ont beau jeu de contester l’inceste comme une invention de Freud qui aurait voulu contaminer la belle race blanche à partir d’un vice propre aux familles juives. Elle ne le contestera pas.

MLP s’adresse aux femmes, car seule femme à briguer la présidence, elle voudrait obtenir leurs votes. Elle s’affiche pour les femmes, pour leur défense contre l’agresseur islamiste, pour leur maintien au foyer pour élever les enfants, autant que la nature leur donnera car l’avortement serait interdit. Elle consent toutefois à un meilleur remboursement des contraceptifs.

Elle qui est contre les communautarismes, ne s’adresse-t-elle pas à chaque catégorie de la société comme à autant de communautés ? Elle cherche même à séduire les homosexuels par coming out interposé de son fidèle Florian.

Travail, famille, patrie sont donc ainsi actualisés et ceux qui ne se souviennent pas devraient retourner à leurs livres d’histoire, pas celle du FN, pour se souvenir que la référence à ce nouvel État français fut une période des plus sombres de notre histoire où la haine côtoyait la trahison, où la déportation systématique était érigée en mode de gouvernement.

Nuit et brouillard (3)

Dans une ville qui se remettait à peine des ravages de la guerre, le film de Resnais avait eu pour le jeune garçon que j’étais valeur d’éveil — après tout nous n’avions pas vécu la guerre et n’en aurions que les récits. Je pensais que l’analyse avait définitivement mis ma sensibilité en alerte sur ces questions et que je ferais face à la montée de ces périls en sachant les anticiper. Je peux dire aujourd’hui qu’il n’en est rien et que nous ne sommes jamais assez réveillés, car le réel est inattendu d’être impossible à supporter pour faire référence à Lacan. Jacques-Alain Miller et Christiane Alberti ont tiré la sonnette d’alarme et je les en remercie. Qu’est-ce que cela va changer me direz-vous ? Arrêtez de dormir, regardez ce qui se passe, ne voyez-vous pas les vieilles formules ravageantes revenir à grand pas habillées de modernité et la bête immonde menacer nos campagnes ? Réveillons-nous car la victoire de MLP n’est pas assurée, mais son éventualité menaçante a rassemblé un grand mouvement qui demandera violemment des comptes à qui sera élu.

Intervention prononcée au Forum SCALP à Choisy-le-Roi le 29 mars 2017. SCALP : Série de Conversations Anti-Le Pen organisées par le Forum des psys, l’ECF et les ACF.

Plus d’infos sur scalpsite.wordpress.com

1 : Maleval J.-Cl,, « Résister à la fascination du sacrifice », Lacan quotidien, n° 642, 26 mars 2017.
2 : Lebovits-Quenehen A., « Le FN gouverne déjà », Libération , 19 mars 2017, repris par Lacan Quotidien, n°638, 21 mars 2017.
3 : Documentaire réalisé par le cinéaste Alain Resnais à partir d’archives sur les camps de concentration (1956).

Publié dans Just published, SCALP

Pendant ce temps, à Budapest. Par Laura Sokolowsky

Le 3 novembre 2013, cinq cents manifestants portant l’étoile jaune se sont rassemblés sur la place de la Liberté à Budapest pour protester contre l’inauguration d’une statue de l’amiral Horthy. Ces hommes et ces femmes se sont   affrontés aux soutiens du Jobbik, le parti d’extrême droite hongrois, massés autour du buste. L’année précédente, l’un des leaders de ce parti demandait l’établissement d’une liste de citoyens d’ascendance juive.

Pourquoi tant de bruit à propos d’une statue ? Comme le maréchal Pétain, l’amiral Miklós Horty remporta des succès militaires durant la Première Guerre mondiale. Devenu régent de la Hongrie après l’éphémère République des Conseils, il édicta en 1920 l’une des premières lois antisémites du continent européen sous la forme d’un numerus clausus à l’université. Au cours des années trente, Horthy récupéra les territoires perdus depuis le Traité de Trianon. En échange d’une telle faveur, le gouvernement hongrois promulgua une première loi antijuive. Un peu plus tard, les soldats hongrois s’engagèrent aux côtés de la Wehrmacht au moment de la bataille de Stalingrad car Berlin réclamait des renforts en moyens humains. Horthy accepta de même la saisie des biens dans les ghettos et aida Eichmann à déporter 435.000 personnes. Puis, comprenant que la situation tournait à l’avantage des Russes, il craignit d’être jugé pour crimes de guerre et arrêta les déportations. Bilan : 569.000 victimes juives durant la Shoah en Hongrie. Au lendemain de la guerre, Horthy s’exila au Portugal pour y couler des jours tranquilles jusqu’en 1957.

Dans la Hongrie actuelle de Victor Orbán, les commémorations et cérémonies en l’honneur de l’amiral Horthy vont bon train, pour le plus grand bonheur du Jobbik lequel estime que le FN français et le FPÖ autrichien sont trop complaisants à l’égard des juifs et des musulmans. Du muscle, de la religion, le combat contre l’homosexualité, une milice paramilitaire portant le blason des Croix fléchées qui effectue des patrouilles dans des quartiers à forte population Rom : ce parti veut rendre la Hongrie aux hongrois et dénonce l’axe Tel-Aviv-New-York-Budapest. L’escalade populiste de l’actuel premier ministre hongrois, son bras de fer contre l’Union européenne, son projet de référendum contre le mécanisme de répartition des réfugiés invalidé en octobre 2016, vise à contenir les ambitions d’un parti ultranationaliste qui joue la surenchère. Espérant gagner les élections législatives en 2018, le Jobbik a cependant commencé son entreprise de dédiabolisation en adressant ses vœux aux institutions juives à l’occasion de la fête de Hanouka.

Il convient enfin de relever que le référendum hongrois contestant la relocalisation des migrants a été plébiscité au printemps dernier par MLP et ce, malgré son invalidation. Le premier référendum d’initiative populaire qu’elle-même organiserait en cas d’élection à la présidence de la République porterait sur la réforme constitutionnelle qui suivrait immédiatement les élections législatives de juin. Il s’agirait d’inscrire dans la Constitution l’interdiction du communautarisme, la défense et la promotion du patrimoine historique et culturel, l’autorisation de la priorité nationale, la suppression du chapitre sur l’Union européenne, la supériorité de la loi française sur les traités européens. Comme on le voit, la rupture stratégique opérée en 2013 entre le FN et un Jobbik jugé trop extrémiste n’empêche guère le parti de l’extrême droite française d’admirer ce qui se passe actuellement en Hongrie. C’est démocratique et sain de donner la parole au peuple. Ce fascisme postmoderne apparaît comme un modèle à suivre.

Ce n’est pas du passé, cela se passe maintenant au cœur de l’Europe. Et ce n’est pas parce qu’il y a pire ailleurs qu’on ne risque rien ici.

 

 

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PAF (1) Le Protocole des Allumés du Forum, par Jacques-Alain Miller

Samedi le 15 Avril 2017

Le Protocole des Allumés du Forum

Premières Révélations

N°1

LE DESSOUS DES SOLOS

par Jacques-Alain Miller

Après le lancement jeudi dernier de notre brillant programme accueilli par des Oh ! et des Ah !, Maria de França et moi faisons le point ce samedi matin.

Ma chère Catherine LM avait eu des conversations amicales tant avec Gérard Larcher, le président du Sénat, qu’avec Aurélie Filippetti, députée de Moselle et porte-parole de la campagne Hamon. L’un comme l’autre s’étaient montrés favorables à notre projet, et disposés à y participer éventuellement, mais de moment de conclure il n’y avait pas eu, et ni l’un ni l’autre ne s’avérait joignable durant la trêve pascale. Je convins avec Catherine que c’était râpé pour cette fois.

Gérard Miller me l’avait fait savoir hier : Danielle Simonnet l’avait informé qu’elle ne serait pas au rendez-vous du Forum, le devoir et la France insoumise l’appelant à Nancy. J’ai insisté pour que mon frère qui m’avait fait comprendre qu’il avait la ligne diecte avec Mélenchon s’en serve. Il me l’a confirmé ce matin : c mort.

Jack Lang a gentiment téléphoné à Maria de França pour lui dire qu’il devait malheureusement annuler sa venue, le président de la République l’ayant chargé d’une mission de représentation justement mardi soir.

Nouria Gründler, qui a sollicté Bourriaud et Boltanski, m’a fait savoir que ses correspondants ne lui donnaient plus signe de vie depuis une semaine. Pouvions-nous honnêtement utiliser leurs noms plus longtemps ? Non.

Agnès Varda a expliqué à Maria que, oui, elle soutient, mais que non, elle ne s’exprime pas par ce moyen-là.

Maria constate que Raphaêl Glucksmann ne répond pas à ses appels depuis plusieurs jours, comme s’il était un nouveau papa se concentrant sur le nouveau-né et la jeune accouchée.

Quant à NKM, l’ultimatum que j’avais posé à son secrétaariat venait à échéance à midi, il restait une demi-heure avant expiration.

***

En bref, la situation n’est pas brillante. Nous avons perdu en deux jours, et sans combattre, le tiers de nos effectifs. Que faire ?

La réponse à la question léniniste est dans L’HISTOIRE DE FRANCE. Que faire ? Suivre l’exemple de Foch.

Lors de sa contre-attaque victorieuse sur  la Marne, la légende veut qu’il ait prononcé ces paroles immortelles : « Ma droite est enfoncée, ma gauche cède, tout va bien ; j’attaque ! » C’est notre cas : à droite, Larcher et NKM nous font faux bond ; à gauche, la France insoumise nous pose un lapin, et Aurélie nous oublie.  

Notre seul recours : la furia francese, bien oubliée aujourd’hui.

***

Nous allons commencer par considérer ces défections, malentendus, bonnes intentions contrariées dont l’Enfer est pavé, comme un blessing in disguise. Le tiers du programme fout le camp ? Des noms célèbres se font la malle ? Ou plus simplement se mettent au vert pour Pâques ? Bénédictions déguisées. Profitons-en pour faire monter les activistes qui se sont révélés dans le mouvement de masse.

Rajeunissez-moi tout ça ! Les combats d’hier ne font jamais titre pour les combats de demain. Honneur aux jeunes jeunes et aux vieux qui sont jeunes ! Haro sur les vieux qui sont vieux, et les jeunes déjà vieux ! Les chevaux fourbus, à l’écurie ! Mangez votre avoine en paix. Les autres derrière Murat et son petit derrière tout rond !

Maria s’amuse, et moi aussi.

Preuve qu’elle n’arrive même pas à nous attrister, la Marine au teint blafard, la Tartine tartuffarde, la Tantine vipérine, la Morphine du peuple. Va, on te dédie ça, hommasse, c’est de Desnos.

Bisque ! Bisque ! Bisque ! Rage !

Tu n’auras pour tout potage

Qu’un balai pour ton ménage,

Une gifle pour tes gages

Et un singe en mariage.

15 avril 2017, 21h

Robert Desnos et Ferdinand Foch

FORUM 18

Maison de la Mutualité le mardi 18 avril,

de 19h précises à 1h du matin

NON-STOP

*** 

Séquence 1, 19h à 20h

Bernard-Henri Lévy

N*

Jean-Christophe Cambadélis

Maître Christian Charrière-Bournazel

Christiane Alberti, présidente de l’Ecole de la Cause freudienne

 

Séquence 2, 20h à 21h

Monique Canto-Sperber

Caroline Fourest

Dominique Sopo, président de SOS-Racisme

Maître Caroline Mécary

Carole Dewambrechies, présidente du Forum des psys

 

Séquence 3, 21h-22h

Arnold Munnich

Mohamed Sifaoui

Maurice Szafran

Sacha Gozlan, président de l’Union des Etudiants Juifs de France

Jean-Claude Milner

Séquence 4, 22h à 23h

Gérard Miller

Georges-Marc Benamou

David Gakunzi

Serge Hefez

Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès

 

Séquence 5, 23h à minuit

Yann Moix

Anne-Lise Heimburger, co-rédactrice de l’Appel des arts et de la culture

Régis Jauffret

Virginie Leblanc, initiatrice de l’Appel de l’Education

Fernando Arrabal

 

Séquence 6, minuit à 1h du matin

Le Dr Richard Prasquier, président d’honneur du CRIF, évoquera

« Le jour où j’ai serré la main de Marine Le Pen. »

Bernard-Henri Lévy prendra la parole pour clore le FORUM 18.

L’annonce du FORUM 28 sera faite par Jacques-Alain Miller.

 

LE FORUM DU 18 AVRIL

C’EST DE 19H À 1H DU MATIN

NON-STOP

A LA MUTUALITÉ  24 RUE ST VICTOR PARIS 5e

On peut s’inscrire EN UN SEUL CLIC ICI

(https://www.weezevent.com/forum-18-avril)

Paiement uniquement par carte de crédit.

Pas de paiement par chèque ou virement.

Une fois votre inscription confirmée, il vous sera proposé d’imprimer votre billet. Ne manquez pas de le faire, car seul ce billet avec le code barre vous donnera accès à la salle.

EN SAVOIR PLUS (http://www.causefreudienne.net/event/scalp-paris-01/

DERNIERE HEURE-BREAKING NEWS

Je reçois à 18h un appel téléphonique d’un M. Jonas Bayard, qui se présente comme un collaborateur de NKM. Il me dit avoir échangé avec celle-ci au sujet du Forum 18. NKM est désolée de n’être pas disponible, obligée de partir mercredi pour l’Amérique du Nord afin de recueillir des fonds pour M. Fillon auprès des Français de l’étranger. Après avoir écumé Montréal, la voici à New York.

« Sera-t-elle disponible pour le FORUM 28 ? » C’est à voir avec sa chef de cabinet, Mme Olivia Laurent Joye, me répond M. Bayard.

Je lui demande de faire savoir à NKM que les éditions Navarin, dirigée par ma fille Eve, souhaitent rééditer son livre paru en 2011, Le Front antinational, introuvable dans aucune librairie parisienne, et dont l’unique exemplaire disponible en librairie a été localisé par Rose-Marie Bognar au Bleuet, sis à Banon au nord du Lubéron, entre le Ventoux et la montagne de Lure. Jonas m’assure qu’il transmettra.

L’Eternel parla au poisson,

Et le poisson vomit Jonas sur la terre

Publié dans Jacques-Alain Miller, Just published, Le protocole des allumés du forum

Pour mémoire. Du nationalisme fermé à l’émeute raciste. Aigues-Mortes, août 1893/août 2012. par Deborah Gutermann-Jacquet

Dans La Revanche du Nationalisme, Pierre-André Taguieff rappelle la méconnaissance qui entoure le concept de nationalisme, associé au mal absolu, là où le patriotisme, est plus volontiers assimilé à une valeur positive. Charles de Gaulle lui-même ne disait-il pas : « Le patriotisme, c’est aimer son pays. Le nationalisme c’est détester celui des autres » ? Pourtant, le premier nationalisme était de gauche, ou du moins ouvert, il est hérité des Lumières et de la Révolution. Il a permis l’affirmation de la nation au début du XIXe siècle, avec l’identification d’un drapeau, d’un hymne, d’un mythe fondateur et d’un folklore, lesquels éléments mettent en évidence la dimension culturelle de la nation, comme production humaine et artefact, conformément à la définition qu’en donne Ernest Gellner. Mais à la faveur d’une conjoncture économique et politique trouble, ce qui s’affirmait comme ouverture dans une croyance au progrès s’est mué en sourde inquiétude lorsque cette valeur positiviste s’est effritée. Ce fut le cas à la fin du XIXe siècle, lors de l’épisode de la Grande Dépression, aux lendemains du Krach de 1929, et aujourd’hui dans le contexte de la mondialisation et de la crise économique consécutive au scandale des Subprimes.

Si nous reprenons le contexte fondateur de la fin du XIXe siècle, nous nous trouvons au point de jonction où la nation à peine affirmée, se trouve menacée. Après la cruelle défaite de la France contre l’Allemagne en 1870, la croissance industrielle se tasse. Elle qui était si prometteuse, faisait croire au progrès et à l’ascension sociale, montre alors son envers : l’exclusion, la misère, l’instabilité, la concurrence et finalement la déprime. La nation devient l’objet d’un enjeu autre : elle est à protéger de l’extérieur. Un exemple peut témoigner à lui seul de ce changement : la ville d’Aigues-Mortes, dans le Gard. Aujourd’hui, le FN y fait florès. Hier, en 1893, cette ville fut le théâtre d’un pogrom anti-italiens massif auquel Gérard Noiriel a consacré toute une analyse. Au bilan, huit ouvriers morts, une cinquantaine de blessés, et la fuite.

Gérard Noiriel indique comment, dans le contexte de la Grande Dépression, Aigues-Mortes fait figure de laboratoire au sein duquel on peut autant percevoir les conséquences sociales des transformations industrielles que l’usage de l’identité nationale comme arme pour tuer son prochain. Dans cette ville, l’exploitation du sel s’est transformée : à l’archaïsme de la production s’est substituée la gestion par une société par action détenant un monopole. Elle a massivement fait appel à l’immigration de journaliers italiens « les Piémontais », qui ont alors fait face à deux autres groupes de travailleurs : les « Ardéchois », auxquels viennent s’ajouter le clan des « trimards », rassemblant les plus pauvres, les vagabonds et chômeurs venant ponctuellement renforcer les équipes. Les tensions augmentent entre les Piémontais et les  trimards excités par la pression des chefs demandant une cadence toujours plus soutenue.

Des rixes opposent les clans jusqu’à ce que les trimards rassemblent autour d’eux tout le village d’Aigues-Mortes, qui se lance dans une « chasse aux Ours ». Les Ardéchois, les Aigues-mortais et les trimards s’allient pour persécuter collectivement les Italiens qui prennent la fuite. Gérard Noiriel montre comment l’identité française fut alors instrumentalisée par les trimards, prise  en étendard, face au zèle insupportable des Piémontais au travail. Il indique également comment les transformations de la presse ont contribué à la cristallisation autour de l’identité française conçue comme arme de rejet. La défaite française de 1870 contre l’Allemagne joue à cet égard un rôle crucial, les journalistes usant de plus en plus de l’expression fédératrice du « nous, Français », consolidant une identité de défense face à l’étranger. Ce « nous » est ensuite récupéré localement contre ceux qui font figure d’ennemis du lieu et permet à une nouvelle cohésion de naître. Ce que la nouvelle division du travail avait rompu de lien dans les économies traditionnelles, la haine permet de le retisser.  Les coupables de ce pogrom seront acquittés et la presse fabriquera un roman de l’événement : le « nous, Français » brandi aux lendemains de la perte de l’Alsace-Lorraine, se dirige alors contre l’Italie, et les Italiens, dont l’image péjorative est largement exploitée.

A Aigues-Mortes, on repère finalement comment, à l’échelle d’une petite ville, le nationalisme et l’identité nationale, façonnées et travaillées par une presse qui se fait le relais des vexations territoriales et guerrières, sont érigées en armes défensives contre l’étranger. Comment, dans un contexte de mutations sociales et économiques, la communauté tente de trouver, dans le meurtre même, une nouvelle modalité de lien social, permettant aux nouveaux déclassés de rejoindre le clan, hier méprisé, des nantis.

En 2012, ironie de l’histoire, c’est dans la même ville, qu’un couple de quadragénaires qui « voulait se faire des Arabes », William Vidal et Monique Guindon, tirait au fusil de chasse sur un groupe de jeunes. Le Monde qui relatait l’événement indiquait comment les administrés de la ville donnait en majorité raison au couple, et fustigeait la justice trop clémente à l’égard des Arabes. Gilbert Collard, la même année, était élu dans la circonscription.

 

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