La bête a-t-elle déjà re-triomphée ?  par Laura Sokolowsky

La propagande du FN a-t-elle déjà gagnée ? La bête a- t-elle re-triomphée ?

Le refoulement, l’oubli, la forclusion se sont-ils imposés ?

Les références au nazisme ainsi qu’à la période de la Collaboration pour évoquer la filiation politique du parti de l’extrême droite française ne serviraient plus de repoussoir à la jeunesse ni n’effrayeraient ceux qui souffrent le plus des ravages du discours capitaliste ?

Est-ce si sûr ?

En premier lieu, ces références historiques ne sont pas des arguments pour faire barrage au FN. Ce sont des vérités. Ce parti d’extrême droite plonge ses racines dans le nazisme et la Collaboration.

Par ailleurs, MLP a démis dans l’urgence un président du FN à peine nommé pour ses propos négationnistes, ce qui n’accrédite pas la thèse selon laquelle ce qui s’est passé sur le continent européen entre 1933 et 1945 serait devenu indifférent aux générations n’ayant pas vécu cette période de l’Histoire ni même dans les deux ou trois décennies suivantes.

A ce propos, il convient sans doute de se reporter à l’intéressante analyse de H. Welzer, S.Moller et K. Tschuggnall  intitulée Grand-père n’était pas un nazi. National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale, parue aux éditions Gallimard en 2013, pour saisir que la mémoire culturelle enseignée dans les écoles et les discours officiels ne correspond pas à la mémoire héritée et véhiculée au sein des familles.

Cette étude montre que, dans le passé intergénérationnel, il ne s’agit pas de savoir, mais de certitude, c’est-à-dire de fictions qui enserrent le réel, de constructions et de mythes qui se transmettent de génération en génération et qui transforment les coupables d’hier en héros du présent. Chaque famille allemande aurait courageusement résisté à l’emprise de l’idéologie de cauchemar, aurait agi bravement, aurait sauvé ou caché des gens, aurait bravé les lois injustes, ce qui n’est évidemment pas le cas. Ainsi, il existe deux discours parallèles, le premier est fondé sur le devoir de mémoire, les travaux des historiens, l’enseignement à l’école. L’autre discours se construit à travers les générations, il est le véhicule d’une fiction.

Cette mise en valeur de l’élément de certitude par rapport au savoir est pertinente à retenir dans la mesure où la certitude ne se combat pas à l’aide d’arguments logiques ou de démonstrations raisonnables. Comme il se voit actuellement, la fiction d’une France qui n’est pas responsable d’avoir collaboré et aurait résisté habilement tend à s’imposer avec violence.

Lacan nous a appris dans son article sur le mythe individuel du névrosé,   » le mythe est une représentation objectivée d’un épos ou d’une geste exprimant de façon imaginaire les relations fondamentales caractéristiques d’un certain mode d’être humain à une époque déterminée ». S’il est justifié de parler de refoulement ou de forclusion d’un moment de l’Histoire, ce n’est donc pas au sens d’une perte de mémoire, d’un oubli, d’une usure du temps causés par les années qui nous séparent de la Shoah. Il s’agit de mécanismes au service d’un certain mode d’être qu’il convient de déchiffrer et qui n’est pas sans lien avec l’absurde et sinistre projet de purification, die Säuberung. 

 

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