SCALP, une conversation à La Réunion Par Mary Carmen Polo

L’appel aux forum lancé par L’ECF n’a pas été sans conséquences. Les invités Jacques et Nicole Borie prévus de longue date aux journées d’étude régulières organisées par l’ACF La-Réunion ont répondu avec conviction à ce temps extra-ordinaire de conversation SCALP intitulée: « Pour la démocratie, des psychanalystes se mobilisent ».
Une philosophe, Brigitte, un écrivain, Daniel, une éducatrice, Vanessa, une infirmière, Michèle, des psychanalystes, des psychologues, des étudiants de l’Ecole Supérieure d’Art mobilisés par le thème : « la Haine, l’Etrange, La Peur; Parlons-en , » et intéressés sur ce que peut en dire la psychanalyse ont pris la parole. Bonjour l’angoisse quand des arguments rationnels échouent, quand le vote en faveur de MLP est assumé par des personnes qui ont fait des études, quand les intentions de vote plébiscitent les partis politiques extrêmes dans une île célébrée pour un modus vivendi multiculturel apaisé !
« L’implication de l’Ecole étonne et soulage », dit Nicole Borie : »Nous avons la responsabilité de comprendre ce qui nous arrive (…), c’est une lutte contre la peur agitée par le discours de MLP ». Daniel, évoque la peur de réveiller des choses de l’histoire encore très présentes. Il évoque une tradition non critique liée à un interdit où « faire de la politique c’est s’attirer les pires ennuis ». (…) Jacques Borie précise qu’il s’agit d’une erreur de pensée que ce phénomène appartient à notre époque. Dès 1900 et après la guerre de 14, Freud mettait en évidence le concept de la pulsion de mort. De structure, après chaque catastrophe, se produit un refoulement, la question serait de considérer ce qui pousse les humains à aller contre cela ». (…) La haine est aujourd’hui activée. Un de ses ressorts consiste à penser « nous » et « eux » avec la tentation de rejeter toutes différences (…), il y a une légitimation de ce discours, la haine devient transmissible : exclure l’autre au nom de c’est l’autre le responsable ». Vanessa écarte la vision idéalisée de La Réunion pour dire qu’on peut s’aimer et se haïr un peu, c’est une continuité, les communautés se côtoient, se respectent sans être dans une grande proximité ce qui est un savoir-faire qui s’est construit entre les différentes communautés pour que cela ne bascule pas dans la pulsion de mort.
« Garder le vif de la langue, l’éprouver et continuer à la vivifier (…), jusqu’où peut-on aller avec la langue pour dénoncer le discours totalitaire qui mortifie ce qu’il y a de vivant dans la langue ? », Nicole Borie incite à poursuivre la conversation, à faire un usage « des frottements des langues privées, une création cosmopolite ».
Moment de surprise : un jeune étudiant dont le thème de recherche est la scénographie déboule dans l’assemblée. Du haut de son pupitre, son exhortation à rejoindre son parti Pour Demain fait voler en éclats tous les discours politiques convenus et interchangeables tenus en meeting pour faire valoir sa cause : celle du genre. Il réussit ainsi à subvertir un discours qui sonne creux pour une parole singulière qui vaut pour chacun. A la menace d’interdit de présenter sa performance dans un régime totalitaire, Brandon répond : » ça ne vas pas m’entraver, ça donne encore plus envie de le faire ! ».

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