SCALP TOULOUSE – ÉTRANGER, par Quynh Martin

Comment résonne ce mot d’étranger  dans ma propre vie puisque je suis française d’origine vietnamienne et en France depuis 60 ans?

Le mot ETRANGER, pour moi résonne avec le mot colonisation. La colonisation du Vietnam par la France a fait se mêler, l’autochtone et l’étranger, celui qui n’est pas du pays, aussi bien dans la colonie qu’en métropole.

Ayant la nationalité française, je suis de droit citoyenne, française. Née au Vietnam de parents vietnamiens par  mes origines je ne suis pas d’ici, pas de France.

La question Suis – je étrangère ? S’adresse aux autres et à moi-même.

L’autre par ma physionomie, peut penser, dire, elle est différente, étrangère,  ou ne pas le penser du tout.  Mes amis, mes collègues, les gens que je fréquente, disent : …tu n’es pas différente de nous, ton origine étrangère, on n’y pense pas, on dit tu es vietnamienne comme on dirait… elle est brune pas grande. Mon origine est alors juste une caractéristique

Pour moi, mon origine est plus que cela : je suis vietnamienne, de culture et de nationalité française, cet ensemble fait mon identité, à n’en pas douter. Et vivant en France depuis longtemps je ne m’y sens pas étrangère.

Mais un fait m’étonne  je ne suis par reconnue vietnamienne par des vietnamiens. Au Vietnam bien que je parle le vietnamien certes avec un accent d’ailleurs, Au Vietnam, je suis perçue étrangère.

En Midi-Pyrénées,  pour mes compatriotes vietnamiens  venus sur les boat people il y a 20, 25 ans suis française et pas vietnamienne … Pourquoi ? Il n’y a pas grand-chose à comprendre, d’emblée, je suis perçue française à ma manière d’être à ma manière de parler français. Donc on est d’une ethnie ou étranger, plus par sa manière d’être que par ses origines.

Une manière d’être française, que j’aurais acquise depuis mon arrivée encore enfant en 1953.

Le Vietnam, l’Indochine, était une colonie, sous l’autorité, du gouvernement frs. La supériorité des armes, lors de la conquête  s’est étendue à la civilisation à la race, la supériorité des blancs justifiait la domination du pays et l’exploitation de ses richesses.  Là dans  mes premières années, les étrangers c’étaient les Français, des étrangers dominants, supérieurs, les colons  traitaient les autochtones, les vaincus les dominés avec mépris.  Au début des années 50 la résistance vietnamienne pour l’indépendance gagnait du terrain. Ma mère souhaitait la victoire de  Hô Chi Ming, le père de l’indépendance mais celui-ci ne pouvait gagner sans l’appui de la Chine communiste. Nous sommes aux tps de la Guerre froide, une fois indépendant le Vietnam  basculera dans le bloc communiste.  Or vivre et faire vivre ses 5 enfants sous le régime communiste ma mère le refusait. Un an avant la défaite française de Diên bien Phu et l’indépendance en 1954, laissant ses biens, elle a fait le choix forcé de l’Exil vers la métropole. Là bas à l’horizon… la devise liberté, égalité fraternité, serait effective.

Sur le paquebot j’ai plus ou moins appris le français. A paris, nous n’avions ni parent ni amis, l’accueil fut favorable. Nous étions sujets de l’empire frs et étrangers, des jaunes d’un autre continent, différents par le faciès, qui parle le français, plus ou moins mal, avec l’accent. Mais nous étions des bons colonisés, ceux qui ont choisi la France, ses valeurs, sa supériorité…

Je suis rentrée en CM1. Priorité aux études et à la culture ma mère savait choisir les bons lycées Y avait-il une communauté vietnamienne à Paris dans les années 50 et 60 ? Peut –être, mais nous n’y participions pas. Ma communauté à moi, c’était l’Education nationale, élève boursière, j’ai appris là, le mode vie, la NORME française et je m’y suis conformée. La normalisation, était attendue, elle s’est faite. Dans la foulée des études  à la Sorbonne, je suis devenue fonctionnaire de l’Education nationale, professeur d’Histoire et géographie, en la région parisienne puis dans le Tarn et Garonne et mariée à un Français . Ce parcours a-t-il permis que le racisme, je ne l’ai subi qu’exceptionnellement. Récemment il y a 6 ans au milieu d’autres français présents j’ai été traitée comme différente et inférieure, sans aucune raison on me parle, brutalement, autoritairement, on veut m’intimider, me dominer, me rabaisser,  je  l’ai  vécu comme attaque très violente.

Je témoigne qu’être étranger en France ne pose pas tant de problème lorsque cette condition ne se double pas de discrimination de ségrégation. Certains français, seulement certains, dont ceux du FN, les nostalgique de l’ancien Empire français, font cet amalgame vis à vis des étrangers moins ou plus bronzés, noirs, … venus des anciennes colonies d’Asie d’Afrique, encore dominées il y a 60 ans, 50ans… Au XXI e. siècle il n’y a plus d’empires coloniaux, il y a les états et les peuples développés, et les états et les peuples sous développés.

Le colonialisme est toujours présent, le colonialisme c’est l’attitude  qui justifie l’inégale valeur des peuples, ainsi que l’exploitation des pays sous développés, et des peuples jadis colonisés toujours considérés inférieurs, exploitation exercée par les puissances développées à des fins économiques.

Dès 1970, pendant les 30 glorieuses, Le Dr.J.Lacan, alertait, prévoyait la montée du racisme avec le colonialisme persistant  et la volonté de normaliser ceux qui immigrent.

Il faudra bien qu’un jour ça s’arrête.

 

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