Pourquoi nous combattons, par Bernard-Henri Lévy et Jacques-Alain Miller

 

ARTICLE PUBLIÉ SUR LEXPRESS.FR

En 1942, Franck Capra se voyait commander par le gouvernement des Etats-Unis sept films de propagande destinés à contrer les effets à long terme du chef d’œuvre hitlérien de Léni Riefensthal, Triumph des Willens (Le Triomphe de la Volonté), 1935. La série américaine, elle, s’intitulait Why We Fight (Pourquoi nous combattons).

Nous n’avons pas attendu une commande d’Etat qui ne serait jamais venue. Nous avons décidé de compter sur nos propres forces et de tout faire pour contrarier – afin d’en inverser les effets – cette maudite stratégie dite de « dédiabolisation » qui fut initiée par Marine Le Pen, embrassée avec enthousiasme par les médias, et qui l’amène en ce début mai, selon l’expression consacrée, « aux portes du pouvoir ». Notre objectif : re-diaboliser le FN (le mot est de Christian Barbier sur BFM) qui n’a jamais cessé, à nos yeux, et pour qui tient à l’image, d’être le diable.

Nous nous sommes appuyés sur l’implantation nationale de l’Ecole de la Cause freudienne, la principale association lacanienne du pays, reconnue d’utilité publique, pour organiser SCALP, une Série de Conversations Anti-Le Pen. Ce furent vingt Forums à travers toute la France (dont l’un à Bruxelles, avec de jeunes fonctionnaires du Parlement européen qui ne sont pas du tout ce qu’on nous dit). Le dernier sera à Paris, ce vendredi, dernier jour de la campagne, à la Maison de la Chimie, de 17h top chrono à minuit non-stop.

Que disons-nous ? C’est très simple. Que le FN n’est pas un parti nouveau-né, mais qu’il appartient à la tradition contre-révolutionnaire. Le pays lui doit de très grands écrivains (Joseph de Maistre, Céline), de bons penseurs, essayistes et stylistes (Bonald, Taine, Morand, Drieu, Chardonne, etc), de grands couturiers et de grandes actrices (Chanel, Arletty), quelques grands résistants (mais oui !) – et il ne disparaîtra pas (peut-être est-il nécessaire au divin brouet français – qui sait ?). Mais jamais, au grand jamais, il ne faut laisser ces gens mettre la main sur les leviers du pouvoir d’Etat. Car, alors, ils perdent la tête et deviennent dangereux pour le pays. Ce sont les crimes abjects de Vichy, les exactions de la Milice et le reste – jusqu’aux procès d’épuration où les juges furent d’anciens pétainistes jugeant d’autres pétainistes moins chanceux. Nous ne voulons pas revoir cela.

Marine Le Pen, c’est l’assurance de la ruine économique par la sortie de l’euro, suivie de l’instauration d’un régime autoritaire pour contrôler le désastre, et enfin, devant l’échec patent, l’apparition de la folie meurtrière dont le passé (Vichy, mais pas seulement) a donné de funestes exemples. Marine le Pen, ayant sacrifié un père adulé aux ambitions de sa clique (au premier rang de laquelle son ami de cœur, Florian Philippot) est une femme fragile en dépit de sa silhouette de soudard : on peut, vraiment, en attendre le pire.

Ecouter les électeurs du FN, leur désespoir, leurs doléances, pourquoi pas ? Ce sont nos frères humains, comme dit François Villon. Les chefs lepénistes, c’est autre chose. Aussi bien n’a-t-on nullement traité de la même manière l’Allemand du commun et les nazis de Nuremberg. Aux uns, la reconstruction accélérée, l’épanouissement économique, et un solide Deutschemark rassurant la ménagère côté Kinder, Küche und Kirche (« enfants, cuisine et église »). Mais pour les chefs, la corde, tout simplement. Crac boum hue ! dirait Tarentino.

Lors du Forum de vendredi prochain, la direction du FN sera dénoncée pour ce qu’elle est : un ramassis d’admirateurs de Hitler (n’est-ce pas, M. Chatillon ?), de négationnistes (n’est-ce pas, M. Jalkh ?) de détrousseurs de cadavres (Marine Le Pen citant Jaurès que les nationalistes assassinèrent en 14), de rescapés de l’OAS, d’anciens de la Waffen-SS ayant juré fidélité au Fürher, plus, pour la galerie, un clown pervers comme Gilbert Collard et un assortiment de divers misfits. La tante jalouse a écarté sa nièce, trop jolie, trop bien élevée, et catholique pratiquante.

Ah ! on comprend l’intérêt de cette racaille à ce qu’on ne parle plus, plus jamais de son passé et de ce qu’il laisse présager de son avenir ! Que les médias aient considéré que tout rappel de cette filiation était désormais ringard, c’est leur affaire. Nous, nous disons le contraire : la mémoire, et encore la mémoire. Au fur et à mesure qu’approche le moment fatidique, les masques tombent. Marine parle du Vél d’hiv comme on en parle dans sa bande : c’était un complot juif, n’est-ce pas ? Et ce complot n’avait pour objet que de compromettre des Français innocents qui traversaient la rue et n’y étaient pour rien…

Venez, nombreux, ce vendredi 5 mai, à l’invitation de L’Ecole de la Cause freudienne et de La Règle du Jeu.

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