Il faut être punk, par Laurent Dupont


Je rejoins le mouvement punk en 1979. Ce mouvement est né d’un constat et d’une frustration. Le constat, c’est l’échec du courant issu de 68. Frustration face à ce que nous observions à l’époque déjà : le capitalisme recycle tout, les hippies et les révolutionnaires étaient déjà recyclés. Nous serions donc irrecyclables, des déchets, des punks. Nous lisions, entre autres, Sade et Sacher-Masoch.

Cette position trouva ses intellectuels parmi lesquels Jello Biaffra, qui fit la dernière campagne américaine avec Bernie Sanders et qui déjà s’était présenté à la mairie de San Francisco finissant en 4e place de cette élection en 1979, et dont le groupe, les Dead Kennedys, annonçait cette même année, dans son célèbre « California über Alles », la dictature du politiquement correct. Nous y sommes. L’interview de JAM sur France Culture est un pur produit de ce politiquement correct qui vient annuler tout débat.

Avant eux, en même temps que Lacan, les Clash parodiaient le célèbre « Peace and Love » en hurlant que ce qui était plutôt entrain de se profiler, c’était « Hate and War ». Montée de la ségrégation via le capitalisme.

Lacan était-il punk ? Oui, bien sûr, puisque mon ami Pierric avait surgi à une répétition de notre groupe ce jour de septembre 1981 avec la une de Libé annonçant la mort de Lacan, « Tout fou Lacan », en disant : « Putain les gars, Lacan est mort ! » Qui était Lacan ? Mais Pierric, c’était l’intellectuel du groupe et sa mère était psychanalyste, il savait pour nous, nous partagions son affliction. Ce jour-là, nous jouâmes en l’honneur de Lacan dont les autres membres du groupe et moi-même ignorions tout.

JAM est-il punk ? Bien sûr, il dit « nuls », « débiles », « pédés » sur France culture, il pulvérise les semblants et le politiquement correct, la bienséance. C’est son « No future » à lui, démontré, argumenté.

1) Montée au zénith des nuls, ceux qui ne voient nul-lement l’enjeu.

2) La dédiabolisation, c’est une ruse du diable.

3) Le Pen, c’est le diable, tout fait ventre, même les homos.

Très rapidement le mouvement punk s’est morcelé. Il y a eu ceux qui ont rejeté la société : la drogue et la rue ont eu plus ou moins raison d’eux. Il y a eu ceux qui se sont engagés : les Skin Communistes, les anarchistes, les trotskistes, les anti-fascistes dont j’étais (ne pas oublier qu’il y avait le franquisme, les mouvements indépendantistes : IRA, ETA, les dictatures au Chili, en Argentine…, l’émergence des Brigades rouges, la bande à Baader, les CCC…) Et enfin, il y a ceux qui sont immédiatement rentrés dans le rang. Il y avait une attirance vers la radicalisation sous l’émergence d’Action Directe, j’étais en fac à Lyon.

Je me souviens des combats contre le GUD, l’UNI. Mais c’est une bagarre entre punks qui m’importe aujourd’hui. Lors d’une réunion, une discussion s’était engagée entre un groupe de punk trotskiste et mon groupe, plus proche de la mouvance libertaire anti-fasciste. Le ton monte et l’un des trotskistes soutient que l’arrivée du fascisme au pouvoir ne pouvait être qu’une bonne chose car cela ferait naître un contre mouvement qui permettrait l’avènement du communisme. Impossible de le raisonner. Impossible de débattre. Il s’affirma même prêt à voter pour l’extrême droite. Nous nous bâtîmes.

Aujourd’hui, c’est dégagé de cette prise dans l’imaginaire que je veux cogner sur ceux qui sont prêts à rejoindre, par leur abstention, cette autre face du fascisme. Cogner, comme le souligne JAM dans politique lacanienne, de la bonne façon, en ne cédant rien et en interprétant en acte cette position de jouissance mortifère tenue dimanche soir par JLM.

Je me méfie de Macron, mais je voterai pour lui sans atermoiements. Désormais, pour Mélenchon, je suis averti.

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