SCALP Clermont-Ferrand- Passeports pour le pire, par Valentine Dechambre

– « Il faut tous les renvoyer » vociférait Marine Le Pen à propos des ROMS sur une chaîne d’information continue en 2014.

– Tous ? demandait la journaliste interloquée

– Tous

Mais de qui MLP parlait-elle ?

Des ROMS.

Les ROMS. Les Tsiganes. Les Manouches. Les gens du voyage

Les Tsiganes sont toujours autant victimes de rumeurs les plus folles à leur sujet. Bien souvent encore ils se retrouvent sous les feux de l’actualité, pourchassés et expulsés de leurs camps. Se souvient – on suffisamment que pendant la Seconde Guerre mondiale près de 80 000 Tsiganes d’Europe sont morts des suites des persécutions nazies ?

Et lorsque se déclencha la Guerre, la France n’a pas attendu l’occupation allemande pour prendre des mesures privatives de liberté à leur encontre. Ainsi, le 16 septembre 1939, le préfet d’Indre-et-Loire les déclare « indésirables » et ordonne qu’ils « soient refoulés de brigade en brigade dans un autre département ».

Les Tsiganes ont ainsi été internés en zone occupée dès le 4 octobre 1940 sur ordre des Nazis. Ce sont les autorités françaises qui étaient en charge des leurs arrestations, les préfets dans chaque département dirigeaient les opérations.

Les nomades ont été arrêtés en priorité. Ils disposaient d’un carnet anthropométrique, document administratif obligatoire permettant d’identifier et de surveiller leurs déplacements sur le territoire français. Leur arrestation a été facilitée par les précédentes mesures prises par le gouvernement français qui avait ordonné qu’ils soient assignés à résidence.

On estime que 6.500 Tsiganes ont  été internés en France pendant la Seconde guerre mondiale.

Et après ?

Les Tsiganes ont été les derniers prisonniers à être libérés en France. Ils ont dû attendre mai 1946 pour quitter les camps d’internement français, car le gouvernement refusait leur libre circulation. Leur surveillance a d’ailleurs repris tout de suite. Même si la législation a changé en 1969 et s’est assouplie, ils disposent toujours des pièces d’identité spécifiques.

On peut donc supposer, et cela fait froid dans le dos, qu’une expulsion massive soit organisable dans un temps record si  celle qui dit, sans la moindre honte, qu’il faut « tous les renvoyer »  accédait au pouvoir …

Un proverbe tsigane dit : « Quand la honte disparaîtra,   il n’y aura plus de Manouches ».

Jacques Lacan faisait équivaloir la mort de la honte avec le   triomphe de la pulsion de mort dans la civilisation, autrement dit, sa destruction, pure et simple.

On sait combien les Tsiganes ont la musique chevillée au corps. Il me venait à l’idée que si l’on décidait d’expulser la musique tsigane,  non seulement du jazz, mais aussi de la musique classique ou de la variété, celles –ci se retrouveraient gravement amputées. Le génie de la musique tsigane, n’est-ce pas cette alchimie réussie, ce mariage inouï de la fête et de la douleur d’exister ?

Larmes et joie mêlées…   cette  vibration si fragile, théorisée par Lacan comme événement de corps, à la racine de nos existences singulières.

A quelques jours des élections, un jeune patient de la communauté des gens du voyage me parle des « bouffées d’angoisse » qui l’envahissent, des cauchemars qui hantent ses nuits à l’idée de l’arrivée au pouvoir de celle qui a mis le droit du sang à la racine de son idéologie, au prétexte qu’ « il faut  une nature française » (MLP, Châteauroux)

« Ça va recommencer» me dit le jeune homme.

Quoi ?

La terreur

Les pleurs

Sans la joie

 

 

Publicités
Cet article a été publié dans Just published, SCALP. Ajoutez ce permalien à vos favoris.