National socialisme, par Marie Leblanc

Le front national a changé. Ce fut d’abord, au soir du 5 mai 2002, l’apparition du visage de Marine Le Pen.  Jeune, blonde aux cheveux longs, le discours plus policé qu’habituellement pour un membre de son parti; je me souviens m’ être dit ce soir-là, l’écoutant parler, qu’elle était beaucoup plus dangereuse que son père. Si le fond idéologique de son discours ne change en rien, il change en tant qu’elle sait, ou souhaite, manier les semblants bien plus que lui. Elle a nommé depuis ce soir-là, cette nouvelle entreprise :  « dédiabolisation ». « « Nos idées progressent, mais notre plafond de verre, c’est la diabolisation », lance la jeune avocate à quelques proches au lendemain de la défaite, rapporte le journaliste Olivier Beaumont dans son ouvrage Dans l’enfer de Montretout. « [i] Cela deviendra sa visée, au point de conduire à l’exclusion de son père du parti pour ses propos tenus sur le maréchal Pétain en avril 2015 : « Je n’ai jamais considéré le maréchal Pétain comme un traître. L’on a été très sévère avec lui à la Libération. Et je n’ai jamais considéré comme de mauvais Français ou des gens infréquentables ceux qui ont conservé de l’estime pour le Maréchal. », ainsi que le renouvellement de ceux sur les chambres à gaz qu’il qualifie de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale.

Ce masque, porté sur cette idéologie, pourtant toujours aussi haineuse, réussit à ce que s’insinuent des idées, qui hier encore horrifiaient ; il réussit à ce que ce qui ne se disait pas, se dise, avec de moins en moins de retenue, de moins en moins de honte.

Dans son désir de purification, notamment au sujet de leurs idées antisémites, le terrorisme islamiste fut une aubaine.

Mais ce qui change fondamentalement et qui fait prise, prise au discours dans le lien social, c’est l’alliance des idées nationalistes et de certaines idées socialistes, ou tout du moins sociales, car le socialisme ce n’est pas ça. Si au cours de l’histoire du front national, nous ne repérons pas de réelle identité idéologique sur le plan économique, pour autant, jamais des idées aussi « sociales » n’ont été rattachées à leur idéologie fasciste et xénophobe.

Depuis 2016, Marine Le Pen a construit son discours autour de deux axes :  nationaliste et social, tous deux s’articulant autour d’un discours antieuropéen, qui sous couvert de protection, attisent la haine de l’étranger, de l’autre, de la différence.

Ce changement dans le discours, n’est en rien un changement dans la doctrine. L’excellent reportage d’Envoyé Spécial, en collaboration avec Marianne et Mediapart du 16 mars dernier, témoigne de ce qui se cache derrière le masque : les liens avec le GUD, avec le mouvement lutte identitaire, les propos odieux sur « les negros », Auschwitz, les propos négationnistes… Son récent « dérapage », lorsqu’elle claironne que « la France n’est pas responsable du Vel d’Hiv », laisse apparaître aussi le retour du même, qui n’est seulement que voilé.

C’est par contre un changement essentiel, il permet leur ascension, en ça, il est terriblement dangereux. C’est l’alliance de ces deux idéologies qui a permis l’implantation du national-socialisme en Allemagne. Le DAP, parti ouvrier allemand, fondé en 1919, « est l’un des nombreux mouvements Völkisch à la fois nationalistes, antisémites, anticommunistes et anticapitalistes qui émergent en Allemagne après la défaite du pays à la fin de la Première guerre mondiale et cherchent à se rallier la classe ouvrière » [ii] . Il recrute parmi les couches moyennes inférieures. On y prêche la lutte contre la finance internationale et « l’esclavage de l’intérêt ». La lutte contre ce que Marine Le Pen nomme aujourd’hui le système.

La dédiabolisation supposée, cache une vérité bien plus terrible que ce que son père affichait en plein jour. Bien plus terrible, non pas, parce que son père l’était moins, mais car elle apporte le terreau qui manquait pour que s’implantent leurs idées fascistes. Elles ont aujourd’hui germé au point que la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle ne fasse aucune vague. Quinze ans nous séparent du premier tour de 2002, et, du séisme pour la France, nous passons à une quasi indifférence. Pas de tous, bien sûr, loin de là, mais la différence est plus que saisissante.

Une version contemporaine du national-socialisme est aujourd’hui le deuxième parti de France. Citoyens, il n’y a face à cela qu’une voie, celle de dire non. Et dire non ce n’est pas seulement dire que l’on appelle à voter contre Marine Le Pen, c’est aller plus loin et dire que voter blanc ou s’abstenir ce n’est pas voter contre, c’est au contraire permettre que, peut-être, l’ignominie se produise.  C’est à ce jour Emmanuel Macron, cela aurait pu être un autre, et de la même manière, contre ce danger, il n’y aurait eu d’autre voie que de voter pour le candidat qui s’oppose à Marine Le Pen.

Marie Leblanc

26 avril 2017

[i]      Site internet france info, 2002-2017: comment Marine a tué Le Pen, Clément Parrot.

[ii]   Source internet, Wikipédia, article Parti national socialiste des travailleurs.

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