Mélenchon et Rhinocéros de Ionesco, par François Regnault

Dans Rhinocéros de Ionesco, un rhinocéros est passé dans la ville. On ne sait s’il est d’Afrique ou d’Asie et on n’a pas eu le temps de voir s’il avait une ou deux cornes. Heureusement, le Logicien intervient et entend clarifier la question.

Il faut choisir, déclare-t-il, « En bonne logique, une même créature ne pouvant être née en deux lieux à la fois. »

« Ni même successivement », ajoute un vieux monsieur. « C’est ce qui est à démontrer », lui rétorque le Logicien.

« Cela me semble clair, mais cela ne résout pas la question », remarque Bérenger le héros de la pièce.

Et le Logicien de conclure :

« Évidemment, cher Monsieur, seulement, de cette façon, le problème est posé de façon correcte. »

Je me dis, je ne sais trop pourquoi, que le mot d’ordre de Jean-Luc Mélenchon, que nous connaissons mieux maintenant par son porte-parole, rappelle l’attitude du Logicien de Ionesco. On connaît la triple recommandation : « S’abstenir, voter blanc ou nul, ou voter Macron. Le vote Marine Le Pen étant exclu. » Et son porte-parole de conclure sur le ton péremptoire du Logicien : « C’est clair ! » Soit.

Après tout, j’aurais admis que Mélenchon recommandât clairement l’une de ces trois solutions. On le verra donc sans doute voter, mais on ne saura pas « pour qui » ; sauf que voter nul, ou blanc, ou s’abstenir, ce n’est pas « voter pour », et donc que la première information qui nous fut donnée, « Mélenchon ne dira pas pour qui il vote », était, comme on dirait en logique, « une expression mal formée ».

On s’étonnera tout de même que le dernier mot de campagne de cet authentique homme politique, que bien d’anciens gauchistes portent aux nues (quelles nues ?) – ainsi que leurs jeunes imitateurs – soit, en fin de course, un secret d’isoloir, digne du confessionnal.

Ne restait-il donc, à ce grand seigneur qui n’est pas un méchant homme, que de se soumettre, non sans quelque morgue, au vote plutôt comme à un rite qu’à une expression politique, et de se révéler ainsi comme ce que Nietzsche appelait « le comédien de son propre idéal » ?

Le 26.04.17

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