Mélenchon, la honte, par Anaëlle Lebovits-Quenehen

Article paru dans Lacan Quotidien 671

Parmi les candidats qui auraient pu franchir ce premier tour de l’élection présidentielle et se retrouver en position de diriger la France, M. Mélenchon est le seul à ne pas avoir clairement exprimé l’impérieuse nécessité de faire barrage au FN, le seul à ne pas avoir dit qu’il fallait empêcher l’extrême droite d’entrer à l’Élysée et de gouverner la France, à tout prix. La honte.

Quand il a discrédité le FN, il a discrédité M. Macron dans un même élan, les renvoyant dos à dos, comme Marine Le Pen renvoie d’ailleurs ses rivaux dos à dos dans cette rhétorique usée du blanc bonnet et bonnet blanc. Quand il a discrédité le FN pour en faire « l’idiot utile du Système », il a fait exister le Système, mot vide et creux, qui tâche de nommer le mal pour mieux le rejeter au champ de l’autre et s’en excepter – ce que MLP fait elle aussi. En promettant de se soumettre aux siens, l’insoumis s’est défaussé. En attendant qu’ils ne se prononcent, il suspendra son jugement sur ce qu’il convient de faire devant ce choix : MLP ou Macron ? La honte.

Cette logique, M. Mélenchon y est entré pour se défausser de ses responsabilités. En demandant aux insoumis leur avis sur ce qu’il convient de faire lors de ce second tour des élections présidentielles, M. Mélenchon obtiendra de ses sympathisants son propre message, soyons-en sûrs. Mais il le proclamera sans avoir à en assumer les conséquences. Du coup, ce dont il devra dorénavant assumer les conséquences à la face du monde, c’est de ce refus de faire spontanément la différence entre un parti républicain, qu’on pourra, s’il est élu, critiquer, et un parti qui promet l’asphyxie de toute critique – et pire, on le sait. La honte.

En n’appelant pas à ce nécessaire barrage, il a malgré lui accrédité non pas que tous les partis se valent à l’exception du sien (ce que prétend MLP), mais qu’entre son parti, la FI, et le FN, il n’y a plus assez de différences pour lui permettre, à lui, d’en faire encore une entre le Front National et En marche ! La honte.

Est-ce ainsi que M. Mélenchon (dont les soutiens scandaient hier soir encore « Résistance ! Résistance ! ») résiste à l’ennemi de la république, de la démocratie et du genre humain ? Est-ce ainsi que M. Mélenchon entend être crédible ? La honte.

Espérons que ceux que M. Mélenchon a abusés, en leur faisant croire qu’il porterait haut et fort les valeurs de la République française auxquelles il se réfère plus souvent qu’à son tour, lui montreront la voie. Espérons qu’ils feront le barrage qui est indispensable pour que MLP ne passe pas, jamais, ni aujourd’hui, ni demain.

S’il leur faudra encore un effort pour faire vivre la démocratie, les Français ont toujours, à l’heure qu’il est, le choix de lui accorder un délai pour qu’elle ne s’éteigne pas avec l’avènement de MLP au pouvoir. Ils éviteraient ainsi à la France la honte qui la guette.

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