Jeanne d’Arc (1412-1431), par Philippe Hellebois

Article paru dans Lacan Quotidien 671

L’histoire de France montre qu’elle dut plus d’une fois sa sauvegarde à des personnages hautement improbables, aussi jeunes qu’extrémistes, qui changèrent le cours des choses quand tout semblait perdu. Dans un joyeux désordre, pensons à Jeanne d’Arc, à Louis XIV pendant la Fronde, aux soldats de l’an II, au lieutenant Bonaparte et ses vanupieds de l’armée d’Italie, à de Gaulle le 18 juin 1940… La France aime manifestement les jeunes fous.

Les choses commencent au féminin à la Renaissance, avec une adolescente de treize ans, sujette de voix et de visions lui enjoignant de réaliser une prophétie locale disant qu’une pucelle des marches de Lorraine sauvera la France. La gamine ne reculera devant rien, abandonnant sa famille, ses amours naissants et tout le reste, pour voler au secours d’un autre enfant à problèmes, le dauphin Charles VI, dit le fol parce que sujet à des crises de folie intermittentes. Le pauvre n’en menait pas large d’être coincé entre deux guerres, l’une étrangère, celle de Cent ans avec l’Angleterre, et l’autre civile, avec les ducs de Bourgogne. Elle fit ce qu’il fallait faire, vengea Azincourt, et fit du dauphin un roi en l’amenant, par une audacieuse traversée des lignes ennemies, se faire sacrer à Reims.

Capturée finalement par les Bourguignons, alliés aux Anglais, elle finit sur le bûcher des sorcières, un évêque, le sinistre Pierre Cauchon, prenant prétexte des voix de Jeanne pour la dire possédée par le diable. Et cela continue, la chère enfant étant actuellement captive du démon de notre temps, Jean-Marie Le Pen rêvant d’en faire une égérie frontiste. Il semble du reste aimer les blondes diaphanes puisqu’il voit bien sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, reprendre le flambeau et l’armure pour se faire sacrer un de ces printemps en la cathédrale de l’Élysée.

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