Françoise Sagan, une singularité conquérante, par Philippe Hellebois

Article paru dans Lacan Quotidien 671

Françoise Sagan est née à la littérature à 18 ans quand elle publie, en 1954, Bonjour tristesse qui sera suivi, deux ans plus tard, d’Un certain sourire. Le succès fut immédiat puisqu’elle convainquit les lecteurs les plus difficiles, comme Mauriac, Bataille, Paulhan, ou encore Kojève et Lacan. Et durable aussi – elle ne semble pas connaître le purgatoire des auteurs morts. Autrement dit, elle reste jeune, le restera longtemps encore, et ceci pour une simple et bonne raison : elle a fait entrer la jeunesse sur la scène du monde.

Françoise Sagan, c’est un style, de l’écriture au vêtement en passant par le mode de vie, qui enseigne qu’il ne faut pas marcher droit pour aller loin. Elle ne fit guère d’études, mais sut arriver à l’excellence par d’autres moyens, les siens. Françoise Sagan, c’est la singularité conquérante, que Mauriac, écrivain alors chenu, mais séduit, dit être celle d’un adorable petit monstre ou encore du diable en voiture de sport. Entre autres mérites, elle eut celui non négligeable de dépeindre l’atmosphère des rapports entre les sexes dans notre modernité commençante de l’après-guerre, celle de la Nouvelle Vague et des golden sixties : les hommes ne sont plus ce qu’ils étaient, ils ne le redeviendront pas, les femmes peuvent en être tristes, mais aussi en sourire puisque le monde leur en appartiendra d’autant plus.

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