Éloge de la jeunesse, par Agnès Aflalo

Article paru dans Lacan Quotidien 671

Alors que le parti d’extrême droite est présent au second tour des élections présidentielles françaises, certains critiquent déjà la prétendue jeunesse du candidat démocrate Emmanuel Macron. Elle serait un handicap rédhibitoire pour l’exercice de la magistrature suprême. Il est vrai que le populisme, recyclé ou non, porte les stigmates du ravage des ans. C’était déjà vrai hier avec Pétain. C’est encore vrai aujourd’hui. Difficile, en effet, avec Donald Trump, Theresa May et quelques autres, d’oublier ce mot du Général de Gaulle, repris à Chateaubriand, « La vieillesse est un naufrage ».

Comment oublier tous ceux pour qui les jeunes années ont rimé avec audace et prudence, courage et détermination ? Que l’on songe à David qui n’est encore qu’un adolescent lors qu’il tue Goliath. Alexandre Le grand, quant à lui, est âgé d’à peine vingt ans lorsqu’il devient le nouveau roi de Macédoine. Clovis a 15 ans quand il devient roi de France. C’est à trente ans que Bonaparte prend le pouvoir un 18 brumaire et à 35 ans que Napoléon est sacré empereur. Et que dire de Murat et de Masséna élus députés respectivement à 26 et 27 ans ? La IIIe République n’a pas manqué non plus de jeunes députés âgés de 26 ans ou moins : Jean Jaurès, Henri Auriol, Raymond Poincaré ou Pierre Mendès France… C’est encore la jeunesse qui incarne la Résistance et paie un lourd tribu : citons Guy Môquet fusillé à 17 ans ou encore cette quinzaine d’adolescents, jeunes résistants anciens élèves du Lycée Michel-Montaigne de Bordeaux, âgés de 17 à 22 ans et tués le 14 juillet 1944. Les femmes ne manquent ni de courage ni de détermination. En effet, quand elle s’engage dans la Résistance, Annie Becker- Kriegel a à peine 16 ans et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, tout juste 20 ans.

Bien d’autres encore ont démontré ce dont la jeunesse est capable. Hier, Marie Curie et Einstein : la première, qui aura deux prix Nobel, a 34 ans lorsqu’elle découvre le polonium et le radium ; le second a 26 ans quand il publie sa première théorie de la relativité. Aujourd’hui, Bill Gates ou Mark Zuckerberg démontrent que les bonnes idées ne sont pas l’apanage du grand âge sage. Bien sûr on n’attend pas d’Emmanuel Macron qu’il soit un Bill Gates ou un Alexandre Le Grand, mais plutôt que le talent de sa jeunesse habite son sens des responsabilités au service de notre démocratie.

Notre démocratie a aujourd’hui besoin d’un front uni républicain pour l’emporter au second tour des présidentielles. Mais gouverner, c’est aussi prévoir que la présence du parti de la haine et de l’extrême droite n’est pas seulement une contingence. Demain, elle peut devenir une nécessité qui ne cessera plus dès lors de croître et de s’imposer. C’est dire que chaque responsable de la vie politique doit se souvenir du profond malaise qui s’exprime en France aujourd’hui. C’est le moment pour la France de se réinventer avec l’Europe sans oublier la frontière qui sépare la démocratie de ses ennemis. Alors, à celui qui fera le reproche à Emmanuel Macron de la jeunesse, on répondra avec le Cid : « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ».

Cet article a été publié dans Just published, Lacan Quotidien. Ajoutez ce permalien à vos favoris.