Le petit manuel révisionniste d’Histoire de LAFRANCE de Marine Le Pen  – Ce que le FN prévoit d’enseigner à nos enfants. Par Marie-Hélène Brousse

Le 10 avril 2017 lors de l’émission Le Grand Jury RTL-LCI le Figaro, puis le 18 et 19 avril 2017 sur TF1 puis BFMTV et RMC et enfin le 19 avril 2017 à BFM TV- RMC,  Marine Le Pen a donné trois leçons d’Histoire de France, pardon d’Histoire de LaFrance. La première sur la rafle du Vel d’Hiv, la deuxième sur Richelieu, la troisième sur la colonisation en Algérie. En 9 jours, quel travail d’historienne ! Elle a en effet déployé une vision vraiment nouvelle de ces trois moments historiques, pourtant fort éloignés les uns des autres, une vision révisionniste si on se réfère à la définition générale suivante : « le révisionnisme désigne l’attitude critique de ceux qui remettent en cause les fondements d’une doctrine, d’une loi, d’un jugement, d’une opinion couramment admise en histoire, ou même des faits établis ».

  1.  La rafle du Vél’ d’Hiv: « La France n’est pas responsable de la rafle du Vél’ d’Hiv. S’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas La France. La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. On a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n’en voir que les aspects historiques les plus sombres. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être français.». Elle reprend les arguments développés par son père et balaie les travaux, il est vrai longs à lire, des historiens de cette période, dont Robert Paxton qui a démontré en 1973 que l’État français collabora activement avec les nazis. Arrêtons-nous au passage à la formule, « S’il y a des responsables », et envisageons la force de ce « si ». Il pourrait ne pas y en avoir ? Mais Marine Le Pen les cherche et les trouve : « ceux qui étaient au pouvoir à l’époque ». Quel pouvoir ? Celui de l’État français, collaborateur des nazis. On sait que le Front national, parti de Marine Le Pen, a été créé par son père, à qui elle vient de le confisquer, à partir du mouvement néofasciste Ordre Nouveau. L’État français étant aux ordres du fascisme nazi, les responsables incriminés par Marine Le Pen sont donc les pères fondateurs du parti qu’elle dirige aujourd’hui.

Quel est donc son argument ? Il repose sur la différence entre LaFrance, entité idéale, presque mystique, et les différents régimes étatiques qui se sont succédés sur un territoire variable, les Royautés, les deux Empires, les Républiques et l’État de sinistre mémoire et de courte durée. C’est un argument digne du Père Ubu d’Alfred Jarry : S’il n’y avait pas laFrance, il n’y aurait pas de Français. Relevons pour finir deux conseils pédagogiques : « On a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer, de n’en voir que les aspects historiques les plus sombres. » Pour les enfants, pas de pensée critique et évitons les aspects sombres. Donc ne parlons pas du travail des historiens fondé sur la pensée critique et la recherche des faits et des actes plutôt que des responsables, et voyons les aspects riants des périodes sombres. Tâche difficile dans le cas historique proposé.

  1. Richelieu et les Protestants: « Sous Richelieu les Protestants avaient des exigences qui allaient à  l’encontre de la Nation. » « Richelieu est le promoteur d’un État moderne qui a refusé justement peut-être qu’une religion prenne le pas sur la France ». Quelle religion ? « une religion » autre que la religion catholique, une religion cependant légale depuis qu’à Nantes le 13 avril 1598, Henri IV avait signé l’édit de pacification et de tolérance. Donc dans la version de l’Histoire de LaFrance lepéniste : à une nation, une religion, soit Une France, catholique. En 2015, la cadette Le Pen s’était déjà essayée à la discipline historique, comparant la Réforme protestante à l’occupation nazie, de façon qui reste énigmatique. Chez son aînée, on voit plus clairement l’utilité politique de l’histoire ainsi revisitée par le mythe, celui d’une identité nationale une qui n’a jamais existé.

Le « justement peut-être » a de quoi rendre perplexe, après une phrase si affirmative. Sans doute est-il difficile de faire entrer dans la tête de Richelieu l’idéologie frontiste.

Interprétation : elle se rêve en Richelieu, après s’être couverte de la gloire gaullienne. L’héroïne de cette Histoire, c’est toujours elle, LaFrance.

Le 19 avril elle ajoute :

« Je n’ai rien contre les Protestants. Il faut quand même  accepter qu’on puisse faire des références historiques dans notre pays. »

Quelles références historiques ? Où est la discipline Histoire dans ces « références » ? La phrase prononcée le 18 est claire : les Protestants ont été les ennemis de la supposée Nation, qui a l’époque n’existait pas puisque c’était le Royaume. Or rappelons que pendant la Fronde de 1648 à 1653, les protestants restèrent fidèles à la couronne. La déclaration royale de 1652, signée par Louis XIV lors de sa majorité, confirma solennellement l’édit de Nantes en louant les réformés « de leur affection et fidélité » pendant les troubles.

Marine Le Pen n’a donc rien contre les juifs, les protestants et … les colonisés. Aux juifs, le Vel’ d’Hiv, aux protestants, les massacres, et aux colonisés, les bienfaits.

  1. L’Algérie et la colonisation: « La colonisation a beaucoup apporté, notamment à l’Algérie, ce que même les Algériens de bonne foi admettent ». Cette thèse justifiant la colonisation par le bien du colonisé, il est vrai n’est pas nouvelle. Je l’ai entendue toute mon enfance. Mais au passage notons que l’histoire telle que pratiquée par Marine Le Pen s’appuie sur la « bonne foi » comme preuve historique.

Les bienfaits de la colonisation n’ont cependant convaincu ni les Algériens, ni l’ensemble des peuples qui en ont « bénéficiés ». Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est venu y mettre fin. C’est le verdict du réel auquel ni la bonne ni la mauvaise foi ne peuvent rien.

La pratique de la psychanalyse apprend très vite que vouloir le bien de l’autre à sa place est sans effet, autre que dévastateur, sur lui.

Voici donc l’histoire qui se prépare pour nos enfants dans une France lepéniste. C’est l’histoire négationniste, celle qui tourne le dos au réel que la méthodologie de l’histoire permet de cerner et  qui s’oriente de fantasmagories.

Un petit caprice pour finir : Marine Le Pen, députée européenne, n’a accepté de venir sur le plateau de TF1le 18 avril que si le drapeau européen en était enlevé. La France, seule au monde, c’est elle, à toutes les époques.

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