JOURNAL EXTIME (15)

EDITORIAL : JE VOTE MACRON

07:15. Réveil dans l’évidence : je vote Macron.  Verum index sui. C’est le rebond de la combinatoire que j’ai tenté d’articuler hier matin sur France Culture, en dépit de l’obstruction d’un préposé de la police du langage, « the National Speech Police ».

            Fillon, Mélenchon, je voterai pour l’un ou pour l’autre sans aucun état d’âme si l’un des deux est l’adversaire de Le Pen au second tour. Je lui trouverai des mérites. Ce ne sera pas difficile. Par exemple, Fillon est élégant, Mélenchon est éloquent. Ou encore : Fillon a le meilleur programme pour redresser la France, disent beaucoup d’économistes ; Mélenchon sait comment rétabli la croissance, disent de nombreux économistes. Vrai dans les deux cas. Je ferai même campagne pour eux si on me le demande. Tout pour battre la Le Pen.

Attention ! Dans la légalité. Bien entendu. Pas d’attentat ciblé, ça, non. Jamais. Ce serait non-démocratique. Et puis, ce serait contre-productif. Et difficile à réaliser en plus, au moins dans les circonstances présentes. Actuellement, on cherche à éliminer Le Pen par l’élection. Ça devrait marcher. C’est du trois contre un, ou une : Fillon, Macron, Mélenchon versus Le Pen. Vous ne pouvez pas faire entrer en douce un autre candidat. Le candidat Poum-Poum. Il n’est pas sortable, le camarade Poum-Poum. C’est comme M. Chatillon.

Connaissez-vous M. Chatillon ? Moi pas. C’est un monsieur qu’on me dit être baraqué, et dont un tweet s’est retrouvé en bonne place sur le site de M. Alain Soral, autodidacte allumé qui a trouvé le secret de l’existence dans les « Protocoles des Sages de Sion ». J’ai écouté une bonne vingtaine de ses clips sur le net,  sans m’ennuyer une seconde. Cet homme sait captiver. C’est d’un antisémitisme somptueux, si je puis dire. Il distingue les juifs du commun, qui seraient inoffensifs, de la « communauté organisée » qui dominerait la France. Et moi ? Et moi ? J’ignore la communauté qui m’ignore, et je ne suis pas vraiment un juif du quotidien : que suis-je, M. Soral ? Que suis-je ?

Toujours est-il que M. Chatillon faisait savoir par ce canal qu’il se rendrait au Forum 18 porter la contradiction « à nos détracteurs. » Chic alors ! ai-je pensé. Je voyais M. Chatillon invité à s’exprimer de la tribune du Forum pour un quart d’heure, moi lui répondant pour une durée moitié moindre, et lui ayant encore cinq minutes de réplique.

« Ne faîtes pas ça ! me dit une éminence du CRIF qui était alors à me faire un électrocardiogramme. Cet homme est une ordure, un nazi, un vrai. »  Admettons. Je ne voyais pas pourquoi ne pas débattre avec un supposé nazi voulant supposément débattre. Je dus constater que j’étais seul de mon avis : Maria, Carole, Christiane, ma fille Eve, ne voulaient pas entendre parler de mon envie d’accueillir M. Chatillon à la tribune du Forum. Isolé parmi les personnes les mieux disposées à mon égard, que pouvais-je faire ?

Le coup de grâce me fut donné par BHL, qui prit le temps de m’expliquer que l’on ne fraye pas avec l’ennemi, cet ennemi-là. Je déférai à son avis. Bien que mon cadet de quelques années, il s’affonte avec le FN depuis bien plus longtemps que moi, qui suis tout jeune dans cette affaire, un nouveau-né.

À vrai dire, je comptais sur M. Chatillon, que je croyais intrépide : il se présenterait à l’accueil ; pour ne pas faire d’esclandre, on le laisserait entrer ; et il prendrait la parole de la salle d’une voix que j’imaginais être de stentor. Alors je me lèverais et lui répondrais. Patatras ! « Adieu, veaux, vaches, cochons ». Je dus déchanter. Pas plus de Chatillon à l’entrée que de Napoléon ou de chaton dans mon corbillon.

L’analyse m’a permis d’illuminer les portants de mon imaginaire. Mon expérience du stade du miroir  a été remaniée par l’intrusion d’un frère cadet. D’un côté, j’ai accueilli l’intrus comme un Miller de plein exercice, avec qui pacter. C’est le ressort de ma politique favorite, celle de « front uni », qui inspire par exemple le Forum 18. Corrélativement, le quantum résiduel d’agressivité spéculaire qui n’est pas sublimé dans le front uni trouve à s’exprimer dans l’envie du duel. Faute d’en découdre avec Chatillon, je me suis rabattu sur l’intrus originel, mon frère Gérard, auquel m’a opposé une algarade imprévue au cours du Forum.

Pour donner à ce thème sa dimension historique, lire  « Le duel, une passion française, 1789-1914 », le plus beau livre de mon ancien cothurne de l’Ecole normale, Jean-Noël Jeanneney. Seul le temps qui me presse m’empêche d’entrer dans le commentaire de cette enquête si spirituelle. L’ouvrage commence par le fameux « coup de Jarnac ». Comment ne pas rester songeur quand on sait que Mitterrand, natif de Jarnac précisément, ne cessa de donner sa vie durant des « coups de Jarnac » ?

Comment expliquer que je me sois trouvé seul de mon avis sur la manière de traiter le problème Chatillon ? Je dois constater d’abord que mon imaginaire ne consonne pas avec celui que mes plus proches ont en partage. En choisissant comme héros le personnage de Robespierre (NB : le second prénom de Gérard est Pierre) — non pas Robespierre le Sanguinaire, pure invention contre-révolutionnaire, mais Robespierre l’Incorruptible — il est certain que le gamin que j’étais à treize ans affirmait déjà, avant un choix original, difficile, à contre-courant de la sensiblité moyenne de l’époque  (encore que, en ce temps-là, le Parti communiste avait de la tendresse pour Maximilien, conçu comme un proto-Lénine).

Vers le même âge, nous savons quelle était la grande figure historique sur laquelle BHL faisait les identifications idéales de son adolescence. Il a confié son nom au  détour d’un de ses livre. Aveu resté inoubliable pour moi, car ce nom, je l’avais déduit de son énonciation. Je concluai en effet un article que je lui avais consacré en février 2008 dans « Le Nouvel Âne » n°8 : « Eh bien, c’est tout simple : il est notre Bossuet. » Or, avec quelle joie n’ai-je pas lu quelques années plus tard, dans l’une de ses lettres à Houellebecq, que le jeune Bernard aimait à s’isoler dans sa cabine en bois pour déclamer du Bossuet. 

Autrement dit, notre front uni anti-Le Pen va de Bossuet à Robespierre. Plus précisément, la Règle du jeu, son directeur et sa rédactrice en chef, ma chère Maria de França, ce sont le centre-gauche social-libéral. Carole, ma fille, c’est une gauche de gouvernement affligée par la nullité de la direction socialiste. Christiane Alberti me semble venir d’une gauche marxiste « réviso », comme on disait à la gauche prolétarienne, laissée sur le sable par la déchéance communiste. A mes yeux, ce sont tous des modérés. Je me reconnais pour être un extrêmiste-né.

Parmi les althussériens jadis, j’étais déjà l’extrémiste parmi les modérés. Balibar que j’admirais ne pouvait se défendre dun sentiment de défiance à mon endroit. Je voyais bien qu’il ne me considérait pas comme un élément sûr. Et comment lui donner tort ? La suite l’a montré. Balibar, Duroux, Macherey, Rancière, Villégier, aucun d’eux à ma connaissance n’a « fait » Mai 68. Badiou l’a fait, mais comme membre du PSU. Si Milner l’a fait, c’est comme moi, avec moi, répondant à l’appel que je lui avais lancé de me rejoindre à Besançon où j’étais assistant de philosophie.

Je laisse de côté le cas pénible du groupe pro-chinois dont Althusser était le marionnetiste caché.

En fait, quand je m’étais passionné pour Lacan, qu’Althusser m’avait demandé de lire et de décrypter, j’avais entraîné derrière moi et Milner et Regnault, et Grosrichard. Nous fûmes les quatre le Conseil de direction des fameux « cahiers pour l’analyse », Judith agissant dans la coulisse. Duroux marquait sa sympathie. Les autres se demandaient si c’était du lard ou du cochon.

Althusser avait déclenché tout ça en décidant de consacrer un séminaire d’une année à Lacan, lequel devait poursuivre rue d’Ulm, à partir de janvier 64, son séminaire de Sainte-Anne. Je voyais bien qu’il avait remarqué que ma libido s’était détachée de lui pour filer vers Lacan. Même si nous avions donné cours à l’appellation de « lacano-althussériens » le lacano l’emportait irrésitiblement sur l’halte tu sers à rien. Plus tard, au détour d’une plaquette publiée par Maspéro, Althusser évoqua le jeune « chiot du structuralisme » qui lui avait filé « entre les jambes ». Lisant ça dans une librairie, je n’eus pas de peine à me reconnaître dans cette évocation sans grâce.

Je joue donc ces jours-ci un extrêmiste chez les libéraux. Bien entendu, c’est un extrêmiste analysé, blanchi sous le harnais, lissé, poncé, policé, de bonne compagnie (la plupart du temps), un desenganyado. lacanisé jusqu’à l’os, étant entendu que Lacan, lui, était maurassien à vingt ans.

Lacan justement me parla un jour — ceci est attesté— de ma « révolte de privilégié », et de ce que je pourrais en faire si je prenais exemple sur sa révolte à lui. Lacan aussi était un extrêmiste et un contrarian, comme on dit en anglais. J’ai tout de suite été comme un poisson dans l’eau avec son discours.

Être extrêmiste, ou plutôt jusqu’auboutiste, c’est partager avec le psychotique  le goût de la logique. On va où vous mène le signifiant, sans égards pour les arpions qu’on écrase. On est en quelque sorte un « anti-humaniste théorique absolu », expression forgée par Althusser.  On n’aime pas Albert Camus, par exemple. On ne doute pas de l’existence des sublimations, mais on sait qu’elles s’ancrent invariablement dans un objet dit  petit a, « une saloperie », traduit Lacan.  Les plus purs des plaisirs de l’âme ne sont pas disjoints d’une jouissance qui est du corps, à rebours de ce que professait un Lammenais, par exemple, dans son « Essai sur l’indifférence en matière de religion. »

Je le relis actuellement, dans l’édition originale dont j’ai fait l’emplette jadis parce que Lacan en avait parlé. Édition peu coûteuse, car l’Essai fut le best-seller du temps. Madeleine, je ne vous oublie pas. Mais l’actualité commande. Le « Traité des vérités premières » du père Buffier, sj, paru en 1724,est à l’origine du concept de « sens commun » auquel Lamennais devait donner l’éclat que l’on sait (ou plutôt que l’on ne sait pas). Il est urgent de faire connaître ce livre, cette filiation, cette belle tradition intransigeantiste dont m’entretenait, naguère Mme Hervieu-Léger, mais enfin, ce n’est pas plus urgent que le vote de dimanche.

Donc, j’en reviens à Macron pour qui je voterai dimanche.

Qui l’eût dit ? Qui l’eût cru ? Je voterai Macron après avoir dit à France-Culture, dans les intervalles où on me laissait parler, qu’il était l’esprit du capitalisme incarné comme il ne l’avait encore jamais été en France. Schumpeter chez les ploucs. La destruction créatrice pour les Nuls.

Beau comme un Ange, oui. L’Ange exterminateur.

À suivre

 

Nombre de mes amis ont été peinés de la façon discourtoise dont j’ai été traité par  France Culture. Je n’avais rien demandé. Dans le bleu du ciel, on m’a appelé pour me dire que j’étais « une Grande Voix » et me donner « carte blanche ». Mais peu importe. Le malentendu, ça existe. Je n’étais pas celui qu’ils croyaient, et vice-versa. Rions : c’est « Le bal à l’Opéra. »

      Ce fut pour moi un « instant-de-voir ». De voir comment Marine Le Pen se retrouvait si près du pouvoir, à la tête de sa bande de morts-vivants échappés des égoûts où la Libération les avait confinés. Car les filiations politiques, ça existe, Marine Le Pen est une héritière, non pas seulement de son père, mais à travers lui, de la Collaboration, de la Waffen SS, de l’OAS. Mais peut-on le dire ? J’ai senti un bâillon tomber sur ma bouche quand j’ai dit que M. Chatillon m’avait été présenté comme un nazi. On m’a appris depuis qu’un documentaiRe avait été diffusé récemment, qui allait en effet dans ce sens. Mais dire « nazi » sur les ondes du service public, c’est comme si j’avais dit « pipi caca », ça ne se fait pas.

      Autrement dit, la fameuse « dédiabolisation », ce n’est pas une ruse géniale de Marine Le Pen pour tromper son monde, c’est tout le monde médiatique qui dédiabolise à tour de bras parce que c’est pour eux la forme nécessaire du « vivre-ensemble ». Pas de grossièretés. Pas de mots un peu forts, vulgaires comme « nul », « débile », voire « pédés ». On est dans une conversation à la française, on butine, on est charmant, on use de circonlocutions, on proscrit les mots malsonnants comme dans le salon des Précieuses ridicules ou celui des Femmes savantes. Tout cela est si frannçais !

            Le FN n’a eu qu’à se laisser porter par ce courant de douceur. Le Pen qui ne supportait pas ce climat émollient lachait de temps en temsp un pet verbal, et alors les petits marquis et marquises des médias s’étouffaient, de l’air ! de l’air ! On a descendu le patriarche à la cave, on a fait monter la fille sur scène, et elle, elle sait se tenir. Elle était d’ailleurs au meilleur de sa forme hier soir. Du grand art. Elle ne serait pas qui elle est, je serais le premier à dire qu’elle mérite de l’emporter.

  Et on lui a fait apporter un petit objet chéri. Et on lui a montré une photo de jeunesse où elle est mignonne comme un cœur en jeune avocate. On la dédiabolise, certes, mais ce n’est pas son privilège : la radio, la télé dédiabolisent à tout va, tous azimuts, tout un chacun. La dédiabolisation est de structure.

            Tenez ! Imaginez satan lui-même candidat. On ressortirait des cartons une photo de lui quand il était petit.

 

LES AMIS

INTERVENTION AU FORUM ANTI-LE PEN  par Sylvia Rose

J’avais 16 ans, il en avait 96.

Il, c’était Raymond Aubrac, de son vrai nom Raymond Samuel.

Ce fut un grand résistant. Sa femme Lucie aussi fut une grande résistante.

A 96 ans, il continuait d’aller dans les collèges et lycées, de classe en classe, pour raconter aux jeunes générations ce qu’avaient été l’Occupation nazie, le régime de Vichy, et les actions de la Résistance telle qu’il les avait vécues.

Nous avions été reçus chez lui, mes camarades du lycée Louis-le-Grand et moi, dans son appartement de la rue de la Glacière, sur la recommandation de l’écrivaine Rolande Causse. Nous préparions le Concours National de la résistance et de la déportation, et nous avions voulu rencontrer un de ceux qui avaient œuvré pour la Libération de la France en prenant tous les risques.

Il nous expliqua comment il était entré en Résistance.

J’ai retrouvé mes notes de l’époque, je le cite exactement.

« Il y avait un pays battu, écrasé, une armée dominante, arrogante, et un gouvernement français qui lui cirait les bottes. Je trouvais la situation insoutenable, inadmissible. Il fallait faire quelque chose. Personne n’a donné de mot d’ordre. »

J’avais fait remarquer à M. Aubrac qu’il y avait eu l’Appel du général De Gaulle le 18 juin, et que la veille, Charles Tillon, du Parti communiste, avait lancé dans le sud-ouest un appel à la résistance « contre le fascisme hitlérien. »

Puis ce fut la manifestation étudiante à l’Arc de Triomphe, devant la tombe du Soldat inconnu.  Un tract circulait, recopié à la main. Voici ce qu’il disait :

Étudiant de France !

Le 11 novembre est resté pour toi jour de Fête nationale

Malgré l’ordre des autorités opprimantes, il sera Jour de recueillement.

Tu n’assisteras à aucun cours.

Tu iras honorer le Soldat Inconnu, 17h30.

Le 11 novembre 1918 fut le jour d’une grande victoire.

Le 11 novembre 1940 sera le signal d’une plus grande encore.

Tous les étudiants sont solidaires pour que Vive la France 

Recopie ces lignes et diffuse-les.

Ce tract fut trouvé dans le hall de la Faculté de médecine de Paris, là où j’étudie aujourd’hui.

Il était frappant d’entendre Raymond Aubrac, proche du Parti communiste, nous dire : « Nous autres, dans la Résistance, nous étions des aristocrates. Notre activité était de nous battre pour sauver l’honneur. On prend des décisions de base : y aller ou ne pas y aller, à cause d’une pression de l’environnement, ou de la contingence, mais ce n’est pas tout. On ne se contente pas de répondre à sa conscience : la décision que l’on prend, on la prend en fonction de ce que l’on est. »

C’était la philosophie de Raymond Aubrac : « Chacun a dans sa vie quelques décisions importantes à prendre. Même si c’est très rapide, on les prend en fonction des valeurs auxquelles on croit. La Résistance, c’est pareil. »

******

Or, aujourd’hui, pour les gens de ma génération, qui incarne l’idée de la Résistance ? Qui incarne l’idée de la grandeur de la France ? Qui incarne l’idée de combattre dans l’intérêt des Français et pour la liberté du pays ? C’est Marine Le Pen.

Marine Le Pen n’est pas l’héritière de la Résistance. Elle est l’héritière des ennemis de la Résistance. Et pourtant, elle réussit à faire croire le contraire. C’est une gigantesque escroquerie, et pourtant ça marche, spécialement auprès des jeunes.

Elle leur parle de la France, de l’amour de la France, de la souveraineté de la France, elle leur parle de défendre les Français contre tous les envahisseurs, elle agite tout le temps le drapeau bleu blanc rouge. Elle leur dit que les Français sont opprimés par des gouvernements incompétents, qu’ils sont malmenés par l’arrivée des étrangers, des migrants, et qu’ils doivent se révolter. Et comment se révolter ? En votant pour elle.

L’idée qu’on veut voler la France aux Français séduit. L’idée que les Français doivent se défendre contre les voleurs de France est une idée écœurante, mais elle réussit à transformer l’électeur lepéniste en valeureux insurgé. Un lepéniste croit combattre contre les invasions ennemies. Il a la fierté du soldat qui défend la patrie, alors qu’il n’a même pas fait de service militaire.  

Les noms de Hitler, Mussolini, Pétain, reviennent souvent dans la conversation des gens de ma génération. Mais la deuxième guerre mondiale, cela reste pour nous des histoires de grand-père ou d’arrière-grand-père, des pages dans des livres d’histoire, des images dans de bons films d’action. On ne fait pas le rapport avec Marine Le Pen et son parti.

La violence du monde, on ne la connaît que virtuelle, à travers l’écran qui montre les victimes des attentats. On dit : « C’est choquant ! » Ça ne va pas plus loin.

Reste une femme à la volonté de fer, qui sait parler de la France avec passion, et qui prétend se battre pour une France forte. Du sale passé du FN, on ne sait rien. 

Je conclus :

  • Les étudiants du 11 novembre 1940 montrent la voie aux étudiants de 2017.
  • Les partis politiques n’ont pas fait l’éducation de la jeunesse, n’ont pas fait les efforts de Raymond Aubrac.
  • C’est aux jeunes de s’adresser aux jeunes pour leur ouvrir les yeux sur la vraie nature de Marine Le Pen.

Le 18 avril 2017 à Paris

 

MAIS OU EST LA JUSTICE ? par H. S.

Mon amie H. S. m’a fait parvenir une lettre qu’elle me demandait de transmettre à Gérard Miller. Je lui ai dit que je voulais la publier dans le Journal extime, la question étant de savoir si elle signait de son nom ou d’un pseudo. Elle a choisi de signer de ses initiales. H. est haredi (« ultra-orthodoxe »). Je ne le suis pas. A ceci près, je cosigne. Cette lettre vaudra donc pour la réponse que j’avais promise à mon frère. —JAM

Cher M. Gérard Miller

Je lis votre indignation, et j’entends la force de votre cri de révolte contre l’injustice faite à Mélenchon en fin de campagne. Des gens respectables que vous jugez mal intentionnés ont le mauvais goût de rappeler des propos « tendancieux » que JLM a émis à l’époque troublée de « la Guerre de Palestine ». 

Je n’ai pas lu cet article de François Heilbronn, mais je l’ai effectivement beaucoup vu circuler sur le net. J’ai un mal fou à cliquer sur ce genre de liens, (il y en a pléthore qui y ressemblent) car je trouve extrêmement gênant et complètement contre-productif de discréditer un candidat sur UN propos antisémite (même s’il en était). Cela a généralement pour effet contraire de placer les juifs dans la position d’utilisateurs de l’antisémitisme. C’est une position que je récuse encore davantage que l’antisémitisme lui-même, si c’est possible. 

Je ne m’attarderai donc pas sur le contenu de cet article qui ne m’intéresse fondamentalement pas, mais sur votre propos que je trouve très incomplet. 

JLM défend la population palestinienne en butte aux guerres israéliennes. Je la défends aussi, mais en aucun cas en soi. Je suis incapable de m’identifier à la souffrance d’une population qui sacrifie ses enfants et ses très jeunes enfants pour sa défense, quand bien même serait-ce pour exprimer une révolte face d’une armée écrasante. 

Quel genre de gens faut-il être pour avoir substitué à son désir de vivre celui de la mort des autres (et ce quelque en soit le motif) ?

Comme avant-goût de ma critique, j’affirme donc : en substance, j’accuse l’État Israélien qui attaque injustement une population très démunie, sans pour autant défendre cette même population dont les valeurs me paraissent indéfendables. Dans cette population, la valeur qui est donnée à la vie (des enfants notamment) est subordonnée à celle des combats politiques, elle est également subordonnée à des valeurs religieuses qui, de nos jours, sont impensables: on tue des homosexuels en douce, ou encore une sœur célibataire qui a bafoué l’honneur de la famille parce qu’elle est tombée enceinte… 

JLM (et vous-même) défendez cette population, pourquoi pas ? Il est des hommes dont l’humanité est telle qu’ils sacrifieraient leurs bougeoirs en argent pour sauver le dignité d’un Jean Valjean, parce qu’il s’agit là de défendre l’humanité irréductible qui est en lui, malgré son acte… Bien. Kant n’aura donc pas parlé pour rien. Je vous demande alors : au nom de votre pulsion si puissante à décrier ce qui vous semble injuste, comment avez-vous pu oublier qu’en ces sombres jours de « courageuses manifestations pour le défense du peuple palestinien », on criait aussi « Mort aux juifs » sur les Champs-Elysées ?

Avez-vous la mémoire courte ? N’est-ce pas Coralie Miller qui rappelait cela dans un reportage dernièrement diffusé sur France 2 ? 

En quoi les juifs de France et du reste du monde sont-ils forcément impliqués par les actions de l’État d’Israël ? Notre très cher Tribun-Zorro qui veut la justice de l’autre côté de la Méditerranée a-t-il oublié qu’il fallait d’abord condamner ce qui se passe chez nous, directement sous nos yeux, sur les Champs-Élysées, avant de fustiger la politique de Bibi-la-Terreur? L’a-t-il fait avec la même ferveur que lorsqu’il a dénoncé l’injustice faite au peuple palestinien ?

Ce jour-là, sur les Champs, certains brandissaient le drapeau jaune de l’EI. J’ai encore ces terribles images en têtes, c’était il n’y a pas si longtemps en un sens, mais d’un certain point de vue, c’était à une autre époque. Car tout cela a eu lieu avant que la France ne bascule dans « le 7 Janvier et pire ». 

M. Mélenchon n’a rien dit contre ces « Mort aux juifs », ni contre cette horreur qui se déroulait SOUS NOS YEUX : sur les Champs, on brandissait le drapeau de DAESH en toute sérénité. Ce qui était important alors, c’était de défendre l’oppression subite à Gaza, et surtout de condamner avec virulence les auteurs de cette injustice…

Il nous aura fallu le 7 Janvier, l’HyperCasher et le Bataclan, pour comprendre que certains de ceux qui défendent les Palestiniens sont aussi NOS ennemis à nous, la France. Mais aucun tribun pour rappeler que nous avions — peut-être à tort — encensé cette manifestation, où l’Etat Islamique (EI) était présent, et où, pour défendre des Palestiniens d’ailleurs, on criait chez nous en France, « Mort aux juifs ». 

Oui, on s’est vite dépêché d’oublier ces sombres détails, ou au moins de les détacher de leur contexte ; surtout depuis que l’EI s’est muté en diable incarné. Des océans de pages et d’article ont été déversés sur le Net pour expliquer l’ampleur de la menace symbolisée par ce drapeau jaune aux inscriptions incompréhensibles. Très peu de gens ont rappelé que ce fameux drapeau, nous l’avons laissé flotter sur la plus belle avenue du monde, aveuglés par un esprit de sur-justice à l’égard de ce qui se passe au loin. 

Mélenchon n’est pas revenu sur ses dires, il en faudrait plus que cela à un politicien quelque fut-il pour reconnaitre que ses propos sont « offensants » (pour reprendre l’adjectif-clé de l’émission radio de ce matin sur France-Culture), et injustement calibrés face à un événement multi-facettes. Mais vous, M. Miller qui prenez la peine d’y revenir pour le défendre contre les gens malintentionnés qui cherchent à barrer son accès au second tour, vous auriez pu le faire.        

A défaut d’une certaine justice dans le discours, il ne faut pas pleurnicher si JLM est attaqué à tort sur ses intentions antisémites, intentions pourtant pas si « casher » que cela, puisqu’il vous faut plus de dix lignes pour le défendre…

Perso, je pleure sur le fait que les juifs se servent encore de cet ultime argument pour discréditer ce piètre candidat qu’il est si aisé de critiquer de bien d’autres façons ! Ils utilisent là encore une arme qui ne peut que se retourner contre eux, et c’est bien dommage.

Je déplore aussi que votre sens de la justice soit aussi peu regardant que celui du Tribun-qu’il-faut-quand-même-défendre… 

H.S.

Jeudi 20 avril 2017

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