JOURNAL EXTIME (14)

EDITORIAL

10 :15. Je suis revenu de la Maison de la Radio il y a une heure. Ce n’est déjà pas si facile de faire saisir au grand public, en deux coups de cuillère à pot, des concepts lacaniens raffinés et pourtant hautement opératoires, mais le faire pendant qu’on vous coupe et qu’on vous maltraite et qu’on vous menace des tribunaux, c’est comme jongler avec des têtes d’épingle sur des charbons ardents, pendant qu’on vous chatouille le fondement (sur France Cul, on ne dit pas le trou du cul) avec une plume d’oie.

            Demain, j’y suis déjà résigné, on dira de moi comme Finky de Christine Angot, que j’ai fait litière de toute décence, bienséance, convenance, bonne tenue, bonne éducation. Que j’ai saccagé l’espace néo-sacré du débat démocratique. Ou pire, que j’ai répudié tout atticisme pour satisfaire mes pulsions asianistes.

Ferdinand, mon bon, quand tu pourras te passer rien qu’une minute de ta sulfateuse à youpins  — « scriptuaire, M. Miller, dîtes bien qu’elle est seulement scriptuaire, sa sulfateuse à youpins », précise le Pr Goddardt, du « Céline Recovery Center for Textual Murderers »  — , il se pourrait que j’aie moi aussi quelques bagatelles à dire pour un massacre.

Chère Madeleine, je suis à vous dès que j’aurai mis par écrit le noyau rationnel ou la substantifique moëlle de l’argumentation que j’ai tenté de présenter ce matin.

Dernier point : je reçois une lettre urgente de mon frère, que je place dans la rubrique des Amis. Je te répondrai, Gérard, dans les meilleurs délais.

LA PRESIDENTIELLE : 1/ LE PROCESSUS SANS LOI

            Partons des modalités aristotéliciennes telles que redéfinies par Lacan :

le nécessaire : ne cesse pas de s’écrire ;

le possible : cesse de s’écrire ;

l’impossible : ne cesse pas de ne pas s’écrire ;

le contingent : cesse de ne pas s’écrire

Je soutiens— disons que je conjecture — que « le discours commun » sur l’élection s’est d’abord ordonné à la modalité de l’impossible avant de tomber sous la domination du contingent.

J’expose les motivations de ma conjecture. Tous les commentaires ont longtemps accepté comme postulat ou énoncé du type verum index sui qu’il était impossible que Marine Le Pen accédât à la fonction présidentielle. Or, à partir d’un point T de nnnn, qu’une étude d’histoire immédiate permetrait de dater précisément, on a pu constater que « le discours commun » avait muté.  Ce n’est pas que l’élection de MLP devenait certaine, ni même probable, mais tout simplement qu’elle cessait d’être exclue (en termes de Lacan, cessait de ne pas s’écrire).

Sortant du régime de l’impossible, le processus électoral est entré, comme prévu par le tableau lacanien des modalités, dans celui du contingent. Or, au sens de Lacan, un monde modal passant de l’impossibilité à la contingence est structurellement lawless, sans loi.

Ce qualificatif est emprunté aux mathématiques de l’école intuitionniste, école qui relève du constructivisme. Notice Wikipédia : « Le constructivisme est une position vis-à-vis des mathématiques qui considère que l’on ne peut effectivement démontrer l’existence d’objets mathématiques qu’en donnant une construction de ceux-ci, une suite d’opérations mentales qui conduit à l’évidence de l’existence de ces objets. » 

C’est ainsi (on sent que j’abrège) que l’on distinguera deux types de séquences, les lawlike et les lawless. Les premières sont susceptibles d’être décrites exhaustivement.

C’est par exemple le cas de la suite des entiers naturels, dont la construction peut faire l’objet d’une description complète à partir de la constante 0 (zéro) admise comme nombe naturel, et de la fonction S dite du successeur (qui fait partie des axiomes de Peano), selon laquelle pour tout entier naturel n, S(n) est un entier naturel. On y ajoute deux autres axiomes assurant que S est une injection (c’est à dire une fonction bi-univoque préservant le caractère distinct, discret, de l’élément)  et qu’il n’y a pas d’entier naturel dont le successeur soit 0.

Une séquence lawless en revanche (sans loi, ou libre) n’est pas prédeterminée. L’exemple canonique en est la suite des nombres générés par des coups de dé successifs. A aucun instant T du temps, on ne peut savoir à l’avance les valeurs futures de la séquence.

Le caractère contingent, imprévisible et sans loi du processus électoral en cours n’a cessé de s’affirmer jusqu’à ce soir, où les quatre candidats se retrouvent comme on dit, dans un mouchoir de poche. Et nul ne sait qui pleurera dans ce mouchoir. C’est aussi pourquoi cette élection est si tendue et si passionnante, en dépit du second trait que je soulignerai maintenant, à savoir le phénomène que j’appelerai de « la montée des nuls » aux postes de direction du processus.

Devant me rendre en un autre lieu pour regarder l’émission de ce soir sur France 2, je dois interrompre cet exposé, dont je reprendrai le fil à mon retour chez moi.

LES AMIS DU JOURNAL EXTIME

TEMOIGNAGES AMICAUX

Cher Jacques Alain Miller, j’ai beaucoup aimé vous entendre ce matin. Pour votre opinion éclairée, pour le choix de vos mots, avant et après courroux de votre interlocuteur et pour votre énonciation.  La France va mal à ne plus que parler sous vernis. Ça pourrait mettre toute velléité sous éteignoir. Sous la police des mots, le pire passe.  Vous suivre dans cet élan vivant, dans cette position, me réjouit bien que gronde en moi la colère de l’actuel. Sincèrement. Je vous embrasse. Karine Mioche

Cher JAM, à France-Culture de la routine, pas de place pour un dire, ainsi que le définit Lacan : « On choisit de parler la langue qu’on parle effectivement. En fait, on ne fait qu’imaginer la choisir. Et ce qui résoud la chose, c’est que cette langue, en fin de compte, on la crée. On crée une langue pour autant qu’à tout instant, on lui donne un sens.(…) Si chaque acte de parole est un coup de force d’un inconscient particulier, il est tout à fait clair que chaque acte de parole peut espérer être un dire, et le dire aboutit à ce dont il y a théorie, théorie qui est le support de toute espèce de révolution-une théorie de la contradiction ». Et me reviennent en tête ces mots soufis : « If you need enough and you want little enough, you will have delicious food ».Sans doute ce Sieur Loyal n’était-il que dans un caprice : avoir JAM sur son plateau, mais où était son désir pour qu’il n’ait de votre nourriture semblé point voulu goûter ? — Stella Harrison

Mille mercis, mon cher Jacques-Alain, de m’avoir publié à la suite de ton blog de campagne, sur cet Instant de voir….

Ben oui, cela me fait plaisir.

Ayant entendu la seconde partie de ton entretien avec ce Monsieur X (je devrais savoir qui c’est) sur France – Culture !

Moi qui croyais que l’invitant se doit d’être attentif à l’invité, je l’ai trouvé parfaitement désagréable et d’un moralisme bien plat? 

Tout bon raisonnement l’offense, apparemment, comme disait Stendhal, il invoque l’idée qu’il se fait de la psychanalyse pour la retirer aussitôt (il ne reçoit, j’imagine, que des gens normaux !), et, pour finir, il a dû faire rire tous les pédés de France et de Navarre en censurant le mot pédé. C’est gai !

Je t’embrasse

François

 

Cher Jacques-Alain, et pourquoi pas un forum sur les journalistes, avec des journalistes ? Le couple présidentiable-journaliste passionne. Ce couple, où l’un questionne, où l’autre est supposé répondre dans la plus grande transparence, n’incarnerait-il pas l’idéal démocratique du lien si particulier qui lie un président à ses concitoyens ? Ce lien social fondé sur l’intérêt commun se doit bien entendu d’exclure la réciprocité. C’est là la difficulté car il s’agit d’éviter la facilité de la réciprocité.Las! Ne voit-on pas en effet le journaliste puiser ses questions dans ce qui circule de préjugés, de rumeurs, de fake news ? Dans ce qu’avancent les chiffres des sondages et aussi des programmes ? N’attend-il pas ce même journaliste, et nous avec, que le questionné démente ou complète, rejette ou remodèle ses propositions, dise enfin, quoi!, ce que tout « français veut savoir » ? Bien entendu, à la fin tout s’équivaut, et plus personne n’y comprend rien. Il pourra être répété, en vain, « il faut parler du fond », mais si la forme n’est pas au rendez-vous, il ne restera que des caricatures.Cela donne qu’on nous engage à voter selon les affects que désormais nous partagerons avec tel ou tel journaliste : le chic-net ça plaît, le jeune-favori ça gêne, le rhéteur-poète ça émeut, la femme-diablesse ça aspire, etc. — Yasmine Grasser

Ce jeudi 20 avril, Les Matins de France Culture invitait Jacques-Alain Miller à commenter l’actualité des élections présidentielles. Trois jours avant le premier tour de scrutin, la France retient son souffle, car Marine Le Pen peut atteindre l’Élysée. Un incroyable concours de circonstance a mis fin à ce qui, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, était réputé impossible : l’extrême droite à la tête du pays et, qui plus est, portée au pouvoir par les urnes. L’opinion éclairée attendait du psychanalyste qu’il aide à penser cet impensable. Mais l’intérêt du journaliste Guillaume Erner était ailleurs. Il brulait de savoir comment le psychanalyste interprète « le président normal ». Cette première question indique d’emblée la décision prise de faire l’impasse sur la situation absolument inédite que nous vivons aujourd’hui. Comment interpréter cet acte manqué du journaliste ?

Remarquons d’abord que la question porte bien sur les élections présidentielles mais le « président normal » concerne celles de 2012, et non pas celles de 2017. Ensuite, chacun se souvient que François Hollande s’était paré de ce slogan pour rompre avec l’image d’hyper-président de Nicolas Sarkozy qu’il aspirait à remplacer. Or depuis que l’extrême droite est à la porte du pouvoir, le monde de ces deux derniers présidents est désormais révolu. Une fois défaite la métaphore du « président normal », l’actualité brulante pour le journaliste ne peut concerner que le normal

Un lapsus, tout comme un symptôme, est surdéterminé. Ne retenons ici que l’excès d’attention du journaliste à cette question par laquelle il débute l’interview. N’indique t-il pas la trace de ce qui a été refoulé et qui est bien inédit dans ces présidentielles : non pas le normal, mais la pathologie de la démocratie ? L’intérêt pour le normal ne vient-il pas voiler ce paradoxe de la démocratie qui peut porter au pouvoir un parti politique habité par la haine de la démocratie ? Nul doute que le métier de journaliste se paie d’intranquillité spécialement en ce moment. Mais ne peut-on attendre de lui qu’il s’efforce de rappeler les différences de chaque parti politique et de bien les nommer ? L’extrême droite a toujours été le fossoyeur de la démocratie. La volonté d’abolir ses différences pour la rendre normale est un déni du réel en jeu dans ces élections présidentielles. Cette situation est absolument inédite en France. Pourquoi reprocher au psychanalyste de cerner ce réel traumatique pour les trois quart des Français, quand c’est l’inconscient qui décide pour ou contre le mal absolu  avec le bulletin de vote? — Agnès Aflalo

 

Papa, tu leur as servi du sushi au petit-déjeuner.

Au direct, tu m’as pas mal dérouté. Au podcast, j’ai perçu l’articulation logique, et ton art condensé tranchant ce tout cru : Tous des nuls mais je vote.

Juxtaposition : nazi, Le Pen, mal absolu, plus d’impossible, hasard suspendu au vote de chacun.

 On ne peut voter Le Pen en juif (CRIF).

On ne peut voter Le Pen en chrétien (parole biblique). 

On ne peut voter Le Pen en incroyant (diable structurel).

On ne peut voter Le Pen en homosexuel (sa tradition anti-républicaine les agresse).

A posteriori, l’incapacité de l’interviewer à voir l’urgence au-delà de sa cause quotidienne (policer, définir, éduquer sans élitisme, éviter la stigmatisation) illustre ton propos.

Son dégoût de ses ennemis (les anti-républicains, Eric Zemmour) l’aveugle et le laisse impuissant à conquérir l’opinion. « Non ridere, non lugere, neque detestari, sed intelligere »; et pour le plaisir :

« Lors donc que j’ai résolu d’appliquer mon esprit à la politique, mon dessein n’a pas été de rien découvrir de nouveau ni d’extraordinaire, mais seulement de démontrer par des raisons certaines et indubitables ou, en d’autres termes, de déduire de la condition même du genre humain un certain nombre de principes parfaitement d’accord avec l’expérience ; et pour porter dans cet ordre de recherches la même liberté d’esprit dont on use en mathématiques, je me suis soigneusement abstenu de tourner en dérision les actions humaines, de les prendre en pitié ou en haine ; je n’ai voulu que les comprendre.” 

Cela me fait douter de mon degré de vigilance intellectuelle comme auditeur de France Culture. D’un autre côté, j’écoute plus la radio depuis que je podcast. Je réécoute ce qui m’interpelle.

Ton fils un peu long à la détente, qui t’écoute et réécoute,

Luc.

 

Cher Jacques-Alain, lorsque j’avais écouté il y a quelques semaines Guillaume Erner recevant Gilbert Collard, j’avais trouvé fâcheux le faux dialogue qui s’était instauré, et avait permis à l’invité non seulement de servir la cause de l’extrême droite, mais de ne trouver aucun contradicteur. C’était un monologue.


Usant de tous les artifices du politiquement correct, Collard a littéralement coincé le présentateur, ce qui est hélas trop souvent le cas lorsque le FN est invité sur un plateau. Le FN est déjà tellement sur la défensive que toute question ou intervention du journaliste est transformée en attaque déloyale ou infondée.

Ce matin, j’ai regretté en revanche que les interruptions nombreuses de Guillaume Erner ne vous permettent pas de déployer vos arguments. Là où le politiquement correct l’empêche de contrer le discours d’un politique, il en use lui-même contre les intellectuels qui ne se situent pas dans le même registre ni le même discours que les politiques. Ne pas avoir distingué les registres est regrettable, autant parce qu’on n’a pas pu entendre pleinement ce que vous aviez à dire que c’est, à l’envers, ce qui handicape le journaliste pour dialoguer avec les politiques retors.

A vous 

Deborah 

 

Hier Cohn-Bendit à Nantes avait quelques paroles senties: le jeune homme qui monte, EM donc, lui semblait mériter qu’on le distingue, qu’on mise sur sa capacité à modifier rien de moins que nos mœurs. C’est ce que j’ai ressenti à son meeting de Bercy: un mode, la force d’un style qui tranche, et sera, si les dieux restent avec lui…, capable d’en imposer.

Autant cela m’a plu, autant j’ai ressenti une forme de terreur insidieuse dans le carcan de bienséance qui sévit à FC et dans lequel Guillaume Erner a voulu vous faire rentrer. On ne dit pas on dit. Ça c’est la culture, service public comme le disait une journaliste toute à sa joie de voir sa chaîne distinguée, élue, portée aux nues même ce matin.

La culture selon Lacan… reste de restes, comme Wajcman nous dit que ce fut la matière de son roman L’Interdit. Le poème qui reste à notre charge y objecte résolument. Restent donc l’écart pour les solitudes (gongoriques), les marges que le discours analytique permet de frayer, inopinées, neuves encore., la mise paradoxale comme vous le disiez, sur la contingence, voisine de la docte ignorance si je ne me trompe pas (trop) et surtout sur l’ironie si délicate à mettre en œuvre. — Nathalie GL

 

Cher Jacques-Alain, cette émission était la non-rencontre contingente entre le gardien du politiquement correct et le commentateur insoumis. Le clash donnait des moments jubilatoires. A toi, Eric 

 

UNE LETTRE DE GERARD MILLER

Cher Jacques-Alain,

Circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux un texte signé par François Heilbronn, professeur associé à Sciences-Po, où sont dénoncées « les complaisances de Jean-Luc Mélenchon pour les manifestations antisémites de l’été 2014 ».

J’attire ton attention (et du coup celle de nos collègues) sur le fait que ce texte est une pure infamie, le genre de saloperie que certains aiment tout particulièrement diffuser dans les derniers moments d’une campagne électorale.

De quoi s’agit-il en réalité ?

Mélenchon prend la parole à la fin du mois d’août 2014. Depuis deux mois, fait rage ce qu’on appelle la « guerre de Gaza», avec son lot terrifiant de morts, de blessés et de destructions.

Il veut alors dénoncer ce qui se passe dans ce territoire endeuillé et très précisément les souffrances endurées par les Palestiniens depuis le début du mois de juillet, dans « l’indifférence de la communauté internationale ».

Evoquant du coup les manifestations de soutien aux Palestiniens qui ont eu lieu en France (il parle bien évidemment de manifestations pro-palestiniennes et absolument pas de manifestations antisémites, comme les attaques anti-juives qui ont eu lieu à Sarcelles un mois plus tôt), évoquant donc ces manifestations dont la grande majorité des participants souhaitaient qu’elles restent démocratiques, pacifiques, il félicite « la jeunesse qui a su se mobiliser en défense des malheureux, victimes de crimes de guerre à Gaza ». 

Et c’est alors de ces jeunes (et absolument pas des agresseurs anti-juifs de Sarcelles — c’est ça la saloperie de la manipulation) qu’il dit : « Ils l’ont fait avec une discipline parfaite alors que de tous côtés on les poussait aux excès. Ils ont su se tenir dignes et incarner mieux que personne les valeurs fondatrices de la République, ces valeurs qui font que vous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié. »

Odieux ces propos ? Antisémites ? Mais qui vise au contraire Mélenchon lorsqu’il dit que « de tous côtés on poussait ces jeunes aux excès », sinon ceux qui utilisent les souffrances du peuple palestinien pour justifier éventuellement des exactions anti-juives ?

Jean-Luc Mélenchon évoque ensuite le fait que tous les peuples ont des droits égaux, y compris le peuple palestinien, et c’est là qu’il rappelle qu’aucun peuple n’est supérieur aux autres et que tous les peuples ont droit à la paix. « Supérieur », ah vous voyez bien, il a utilisé l’adjectif « supérieur », donc il vise le peuple juif, « sûr de lui-même et dominateur », comme disait le général de Gaulle. Faut quand même pas pousser…. Juste après, il rappelle le passé où « on a vu de petites communautés humaines massacrées du seul fait de leur appartenance à une communauté (à quoi fait-il là référence sinon à la Shoah ?) », puis ajoute : «  En fidélité à ces combats du passé, en fidélité à ces meurtres de masse qui ont été commis dans le passé, nous nous sommes portés aux avant-postes du soutien à cette malheureuse population de Gaza. » Comme diatribe anti-juive, il y a quand même pire, non ? Mais sur des dizaines et des dizaines de discours prononcés par Mélenchon, sur des dizaines et des dizaines de discours où il témoigne de son antiracisme viscéral, ce sont ces passages-là que les manipulateurs vont chercher et diffuser ad libitum pour le traiter d’antisémite !

Alors ok, on peut ne pas aimer son ton (« Nous n’avons peur de personne, n’essayez pas de nous faire baisser les yeux… »), mais c’est le ton qu’il a utilisé à de nombreuses autres occasions, et ce qui est insupportable, c’est de supposer qu’il utilise ce ton… parce qu’il vise des juifs. 

Alors ok, on peut lui reprocher de soutenir les Palestiniens et pas l’extrême-droite israélienne, mais n’est-ce pas une infamie que d’en faire en conséquence un Dieudonné ou un Soral bis ? 

En tout cas, c’est justement ça qui explique la fureur de Jean-Luc Mélenchon en cette fin du mois d’août 2014: les calomnies du CRIF, les calomnies ô combien blessantes du CRIF, qui s’est pour le moins manifesté comme une organisation « communautaire » quelque peu « agressive », et à qui il avait parfaitement le droit de répondre, y compris vertement.

A toi.

Gérard

 

PS. En me relisant, j’ajoute un mot sur mon dernier paragraphe. Il est parfaitement exact que les antisémites ont pris l’habitude de se cacher derrière l’antisionisme, ne serait-ce que pour ne pas tomber sous le coup de la loi, et il est plus que nécessaire de dénoncer, à chaque occasion, cette pitoyable ruse. Mais pour autant tous ceux qui dénoncent les souffrances endurées par les Palestiniens (et j’en suis) ne peuvent pas être systématiquement présentés comme antisémites ou accusés d’oublier les crimes commis par le Hamas ! Tous ceux qui dénoncent le gouvernement actuel d’Israël (et j’en suis) ne remettent pas automatiquement en cause l’existence même d’Israël ! Or dans sa volonté légitime de pourchasser les anti-juifs réels, le CRIF a bien tenu, et à de très nombreuses occasions, des propos aussi injustes que blessants — je dis ça avec beaucoup de modération… Récemment encore, le CRIF a refusé d’inviter « l’extrémiste » leader de la France insoumise, alors même que Fillon (et avant lui Sarkozy) ont contribué, eux, à valider bien des thèses des Le Pen sans que le CRIF ne trouve pas grand chose à dire.

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