SCALP – Hold up sur l’autisme, par Mireille Batut

SCALP  de Choisy le Roi

Hold up sur l’autisme, ou les familles d’autistes parangon de la communauté vertueuse nationale

Jusqu’ici, j’étais dans la même situation que sans doute beaucoup d’entre nous, bien indécise sur qui j’irai voter, mais certaine d’une chose, certaine absolument : je vais voter, car c’est la seule et unique exigence absolue. Ne pas voter, c’est voter Le Pen.

Il y avait bien eu l’épisode troublant de la triple dénégation. Fillon, assailli par les révélations sur son affairisme, niait, 3 fois. Je ne suis pas autiste, je ne suis pas autiste, je ne suis pas autiste. Ouf ! Nous parents d’autistes pouvions le lui confirmer. Vous n’êtes pas autiste, Monsieur Fillon.

Or, voilà que MLP a choisi de nous sortir du lot, nous familles d’autistes. Lors du débat télévisé des candidats, soudain, elle affirme parler pour nous, elle prend notre bouche pour accuser : les professeurs ne sont pas formés, les médecins ne sont pas formés. Au nom des familles d’autistes, un grand coup de balai, un grand audit devra nettoyer les institutions récalcitrantes. Hold up !!!!

Pour préparer le forum, j’ai été forcée d’aller voir le programme de MLP. Je suis tombée sur la mesure 95 : inscrire dans la constitution le principe « la république ne reconnait aucune communauté ». Fantastique ! Ce que nous fait MLP, c’est le « grand remplacement », à bas le communautarisme, mais c’est pour mieux mettre en avant la communauté vertueuse, dont les familles d’autistes sont le parangon. Quelle horreur ! Faire de nous de bas exécutants.

Une vidéo circule, du FN Occitanie, elle explicite, pour ceux qui auraient la comprenette difficile : « on double les aides aux clandestins et on refuse d’accompagner les enfants autistes en France » dit la dame.

Alors, je voudrais énoncer trois questions politiques :

1- MLP, en communautarisant les familles d’autistes, les enferme dans une identification haineuse, qui est son fond de marmite. En faisant cela, elle se situe dans l’exact envers de la psychanalyse, car la psychanalyse défait les identifications. Je reprends Eric Laurent dans Impasses de l’identité qui fuit (Lacan Quotidien 644) : « La psychanalyse va contre les identifications du sujet, elle les défait un à un, les fait tomber comme les peaux d’un oignon. De ce fait, elle rend le sujet à sa vacuité initiale »…  un vide dont nous avons besoin pour nous ouvrir à l’accueil de notre enfant.

2- MLP sera là après l’élection présidentielle. Si nous évitons de justesse la catastrophe absolue, nous ferons face à un paysage de désolation : partis explosés, défiance massive, vérité des faits remplacée par le story-telling… Le monde de demain sera peut-être décentralisé, mais il est dès aujourd’hui façonné par les géants du numérique, qui nous proposeront d’exprimer nos préférences politiques par agglutination de « like ».

Dans ce contexte politique, je voudrais en venir au sujet de l’éthique individuelle de la résistance comme arme collective efficace. Hier, j’observais mon fils jouer sur sa 3DS. Je l’entendais régulièrement taper frénétiquement sur la même touche du clavier, seul moyen, par la répétition obstinée de l’acte, de vaincre le monstre Bowser. Dans l’acte de résistance, aujourd’hui, un acte seul ne suffit plus. Il faut le répéter, le répéter, jusqu’à l’épuisement.

Dernièrement, à la suite du dépôt d’une résolution par le député Fasquelle, il nous a fallu nous soulever pour éviter l’instauration d’une science d’Etat qui nous dicte comment nous devions éduquer nos enfants et à qui il nous serait formellement interdit de les confier, c’est-à-dire aux psychanalystes. Nous avons dit, au lendemain de cette mobilisation inédite, que nous étions toujours inquiets, et qu’il nous fallait rester en alerte. Et refuser, notamment l’ostracisme dont notre orientation plurielle est l’objet.

3- Que serait l’envers d’une politique de la haine ? Y aurait-t-il une politique de l’amour qui serait l’envers de la politique de la haine ? Je ne veux pas dire que l’amour serait opposé à la haine, ni plaider l’amour universel. Je veux ici examiner la valeur de l’amour en politique.  Ce n’est pas une question simple. Voici ce que j’écrivais, l’an dernier, pour les vœux de notre association La main à l’oreille : « Nous avons rencontré l’autisme, et l’autisme nous a rencontrés. Cette collision a produit en nous ce que produit l’amour : affolement, emballement, sidération, frayeur, vertige, et nous a transformés à jamais, ceux de nous que l’on dit autistes, et ceux que l’on ne dit pas. Nous avons rencontré l’autisme en tant qu’assignation. Pour la science. Pour l’administration. Pour l’éducation nationale… Mais pour nous ? C’est notre enfant, notre frère, notre ami, que nous voulons rencontrer… Nous ne voulons pas plus vaincre l’autisme que nous ne souhaitons vaincre l’amour. Ceci est notre poétique. Ceci est notre politique, ». Il me semble que cette boussole est d’une grande efficacité politique. Je vous invite à notre forum des familles, samedi 1er avril aux Chapiteaux turbulents. Car l’amour est aujourd’hui un acte de résistance.

 

Cet article a été publié dans Just published, SCALP. Ajoutez ce permalien à vos favoris.