Pendant ce temps, à Budapest. Par Laura Sokolowsky

Le 3 novembre 2013, cinq cents manifestants portant l’étoile jaune se sont rassemblés sur la place de la Liberté à Budapest pour protester contre l’inauguration d’une statue de l’amiral Horthy. Ces hommes et ces femmes se sont   affrontés aux soutiens du Jobbik, le parti d’extrême droite hongrois, massés autour du buste. L’année précédente, l’un des leaders de ce parti demandait l’établissement d’une liste de citoyens d’ascendance juive.

Pourquoi tant de bruit à propos d’une statue ? Comme le maréchal Pétain, l’amiral Miklós Horty remporta des succès militaires durant la Première Guerre mondiale. Devenu régent de la Hongrie après l’éphémère République des Conseils, il édicta en 1920 l’une des premières lois antisémites du continent européen sous la forme d’un numerus clausus à l’université. Au cours des années trente, Horthy récupéra les territoires perdus depuis le Traité de Trianon. En échange d’une telle faveur, le gouvernement hongrois promulgua une première loi antijuive. Un peu plus tard, les soldats hongrois s’engagèrent aux côtés de la Wehrmacht au moment de la bataille de Stalingrad car Berlin réclamait des renforts en moyens humains. Horthy accepta de même la saisie des biens dans les ghettos et aida Eichmann à déporter 435.000 personnes. Puis, comprenant que la situation tournait à l’avantage des Russes, il craignit d’être jugé pour crimes de guerre et arrêta les déportations. Bilan : 569.000 victimes juives durant la Shoah en Hongrie. Au lendemain de la guerre, Horthy s’exila au Portugal pour y couler des jours tranquilles jusqu’en 1957.

Dans la Hongrie actuelle de Victor Orbán, les commémorations et cérémonies en l’honneur de l’amiral Horthy vont bon train, pour le plus grand bonheur du Jobbik lequel estime que le FN français et le FPÖ autrichien sont trop complaisants à l’égard des juifs et des musulmans. Du muscle, de la religion, le combat contre l’homosexualité, une milice paramilitaire portant le blason des Croix fléchées qui effectue des patrouilles dans des quartiers à forte population Rom : ce parti veut rendre la Hongrie aux hongrois et dénonce l’axe Tel-Aviv-New-York-Budapest. L’escalade populiste de l’actuel premier ministre hongrois, son bras de fer contre l’Union européenne, son projet de référendum contre le mécanisme de répartition des réfugiés invalidé en octobre 2016, vise à contenir les ambitions d’un parti ultranationaliste qui joue la surenchère. Espérant gagner les élections législatives en 2018, le Jobbik a cependant commencé son entreprise de dédiabolisation en adressant ses vœux aux institutions juives à l’occasion de la fête de Hanouka.

Il convient enfin de relever que le référendum hongrois contestant la relocalisation des migrants a été plébiscité au printemps dernier par MLP et ce, malgré son invalidation. Le premier référendum d’initiative populaire qu’elle-même organiserait en cas d’élection à la présidence de la République porterait sur la réforme constitutionnelle qui suivrait immédiatement les élections législatives de juin. Il s’agirait d’inscrire dans la Constitution l’interdiction du communautarisme, la défense et la promotion du patrimoine historique et culturel, l’autorisation de la priorité nationale, la suppression du chapitre sur l’Union européenne, la supériorité de la loi française sur les traités européens. Comme on le voit, la rupture stratégique opérée en 2013 entre le FN et un Jobbik jugé trop extrémiste n’empêche guère le parti de l’extrême droite française d’admirer ce qui se passe actuellement en Hongrie. C’est démocratique et sain de donner la parole au peuple. Ce fascisme postmoderne apparaît comme un modèle à suivre.

Ce n’est pas du passé, cela se passe maintenant au cœur de l’Europe. Et ce n’est pas parce qu’il y a pire ailleurs qu’on ne risque rien ici.

 

 

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