Voter contre, par Assia Gouasmi-Chikhi


le 08 Avril 2017

 L’humour, « ce don précieux et rare auquel

tout le monde n’est pas apte,

même pour le goûter »[1]

Louis

Pas plus tard que la mi-février, un événement avait fait la une dans les réseaux sociaux partageant avec cette extrême rapidité qui les caractérise, ce que le journal Le point du 15 février titrait  « Marine Le Pen : La grosse bourde d’un journal algérien »[2]. Fait surprenant, voir même amusant à en lire les commentaires sur la toile. Le journal arabophone très lu en Algérie « Al Hayat » (La vie en arabe) avait relayé une information parue le 13 février dans le journal satirique français du Gorafi : « Marine Le Pen propose d’entourer la France d’un mur payé par l’Algérie »[3], s’inspirant de l’actualité américaine et enfonçant le clou avec humour de cette phrase « De toute évidence, l’Algérie, c’est notre Mexique à nous »[4].

Ce qui m’a fait sourire le 13 a viré au jaune le 15. Échangeant avec une amie qui m’écrivais que la chose paraît tellement vraie venant de MLP, qu’on la croirait capable… Je palissais déjà en répondant que justement, le pire est qu’on s’y habitue!

Que la satire soit prise à la lettre, est une chose, nous en avons fait l’expérience et les frais avec Charlie hier, aujourd’hui et sans aucun doute encore demain. Cependant, que la haine de l’étranger en soi devienne monnaie courante est tout autre chose.

Ce même 15 février, un autre candidat à la présidentielle relance le débat sur la colonisation de l’Algérie la qualifiant de « crime contre l’humanité »[5]. Les relations tendues entre l’Algérie et la France virent souvent à de la récupération électorale en ces temps de compagne présidentielle qui ne ressemble à aucune autre en France. Disons que le crime a recouvert le mur, tant pis/tant mieux, l’avenir nous le dira.

« … il faut me rendre compte qu’en mon for intérieur la jonction entre l’hexagone et la France ne s’est pas opérée spontanément. Il faut me rendre compte de cette équation pour m’expliquer le frisson d’horreur et de dégoût que m’inspire le brandissement des emblèmes tricolores, lorsque les accompagne la vocifération d’un : « On est chez nous, on est chez nous, on est chez nous »[6].

Cette phrase prélevée du texte fort pertinent de François Leguil « Il aurait fallu un cri »[7] lu ce jour dans L’instant de voir, me touche particulièrement et me précipite à coucher ces quelques lignes, car passer du cri à l’écrit est une des solutions que je me suis trouvée.

À la veille de mes trente quatre ans, attendant mon deuxième enfant, je ne vois pas comment ne pas me sentir concernée par l’actualité, et encore plus par l’engagement des psychanalystes contre le parti de la haine, moi qui ai vécu plus de temps en Algérie qu’en France.

Aller Contre est le pli que j’ai appris à prendre depuis très très jeune pour rester vivante, libre de penser.

Comment expliquer alors le fait que je ne me suis jamais sentie aussi bien chez moi qu’en France, après vingt années passées dans un pays qui se déchire au plus haut point encore aujourd’hui ?

L’enjeu de ces présidentielles est de taille, il serait de la responsabilité de chacun de prendre la mesure de l’expression par le vote sans s’éparpiller dans ce qu’on appelle non sans lassitude  « les affaires ». L’extrême est déjà là, celui terroriste qui couvent depuis des décennies avec celui patriote.

Comment oublier ce qu’ont donner les élections législatives en Algérie en cette année 1991 ? Le FIS comme le F-haine a certes perdu jusque-là les élections mais a gagné en imposant ses idées et ses comportements et c’est en cela qu’il est plus qu’urgent de ne pas s’y habituer, en votant contre.

[1]    Freud S., L’humour, in L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1986.

[2]    http://www.lepoint.fr/medias/marine-le-pen-la-grosse-bourde-d-un-journal-algerien-15-02-2017-2104855_260.php

[3]    http://www.legorafi.fr/2017/02/13/marine-le-pen-propose-dentourer-la-france-dun-mur-paye-par-lalgerie/

[4]    Ibid.

[5]    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/02/18/colonisation-propos-maladroits-debat-utile_5081751_3232.html

[6]    Leguil F. « Il aurait fallu un cri », In. L’instant de voir : https://scalpsite.wordpress.com/2017/04/08/journal-extime-7-de-jam/

[7]    Ibid.

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