JOURNAL EXTIME de JAM (8)

LE JOURNAL EXTIME DE JACQUES-ALAIN MILLER

HUITIÈME LIVRAISON

LUNDI 10 AVRIL, 16:30

Partant au Forum de Strasbourg, je donne ici deux textes reçus aujourd’hui, du Dr Deffieux et de Mme Gutermann-Jacquet. J’y ajoute un extrait du Séminaire VI de Lacan pour un commentaire ultérieur.

 POUR VIVRE HEUREUX VIVONS CACHÉS

par Jean-Pierre Deffieux

Au cours des cinquante dernières années, dans la plupart de nos sociétés occidentales, la libéralisation juridique, morale, intellectuelle de l’orientation homosexuelle du désir a été majeure. J’ai eu envie, sans entrer dans la caricature, de distinguer dans les trois dernières générations des 60, 40 et 20 ans, les traits les plus visibles de la façon dont les homosexuels ont vécu et vivent avec leurs désirs.                                                                              

Je commencerai par le prototype des années 80. Je le choisis comme venant  de province, d’un milieu bourgeois, catholique, traditionnel, bien élevé, une sorte de François Mauriac.  Le jeune homme des années 80 a entre 18 et 20 ans, et des désirs inavouables le submergent. La société du coin est fermée, les copains sont sportifs et se moquent gentiment de ce garçon qui s’enferme dans ses livres et qui ne drague pas ostensiblement les jeunes filles.

La lutte intérieure est terrible, le jeune homme est seul, il ne dit rien à personne de sa souffrance, et bien sûr certainement pas à ses parents. Le voilà qui construit peu à peu à la force de son énergie un système de défense en béton. Il fait fi de ses désirs, il les enferme, il les refoule, il les renie….et il entre, contraint, dans le moule de la normalité. Il choisit une jeune fille amoureuse, prête à tout pour lui, il l’épouse et lui fait beaucoup d’enfants (il est bien connu que plus on a d’enfant plus on est normal).

L’épouse est délaissée, si ce n’est que les apparences sont sauves  dans les diners en ville, et le père est respecté.

Mais la culpabilité inconsciente domine, ravage. Le renoncement au désir, on le sait, est dur à porter et n’est pas sans conséquences. L’homme veut être impeccable. Et je ne peux me priver de rappeler cette vieille réclame bien connue et ici de circonstance :

« Omo qui rend le blanc plus blanc »

« Omo est là, la saleté s’en va »

Elle s’en va et elle revient, comme dit la chanson. Elle revient de façon détournée sous les formes diverses  de la faute : la tromperie, la malhonnêteté, voire la trahison. L’homme fautif de son refus du désir trouve une issue dans la faute sociale qu’il cache comme il peut, ne lâchant pour rien au monde la voie de la respectabilité. Mais il ne suffit pas de se dire honnête pour parvenir à l’être. Il y a en nous des démons qui nous dominent.

Et pendant ce temps la femme discrète trinque, subit les coups, se dessèche de l’absence d’amour. Pour certains, c’est toute une vie comme cela, terrible, à planquer par tous les moyens le moindre signe ostensible. Pour d’autres, il y a quelques incartades, quelques rencontres furtives, voire un amour caché et coupable, vécu dans le plus grand secret.

J’insiste dans cette génération des 60 ans, sur la place du désir homosexuel fautif, qu’on ne peut pas ne pas payer et ne pas faire payer. Faire payer cette faute à l’Autre, au sens des biens matériels et risquer de s’y faire prendre.

Ces hommes sont souvent étonnamment contre toute dépénalisation de l’homosexualité, contre le PACS et encore plus contre le mariage pour tous. C’est en tout cas, ce qu’ils soutiennent pour ne pas prendre le moindre risque d’être démasqués.

La dépénalisation de l’homosexualité en 1982, en France, a certainement eu des conséquences en partie inaperçues, pour la société et pour les intéressés qui ont peu à peu modifié profondément leur style de vie .

Entre 1970 et 1980, aux États-Unis, en France et ailleurs, les homosexuels sont sortis du ghetto et ont exigé la reconnaissance de leur choix. Ils ont davantage assumé leur orientation et n’ont plus renoncé à la vivre. Ce fut la grande époque de la bissexualité, manière de s’arranger de l’homosexualité différemment des générations précédentes.

On a pu, par exemple, aimer une femme et assumer ses désirs pour des hommes ou l’inverse, ou les deux. Et même si l’on a voulu rester discret pour des raisons liées à sa profession, on a mené sa vie sans renier ses désirs. On s’en est arrangé avec le sourire. Les conséquences en ont été plus légères, c’était l’époque du compromis plus ou moins discret.

Aujourd’hui en ce début du XXIe siècle, la liberté est encore plus grande. On s’accorde le temps de choisir, le droit d’osciller, d’aller de l’un à l’autre sexe et on ne s’en cache plus.

Quel étudiant de nos jours n’a pas fait son coming out ? Lequel n’a pas déclaré à ses parents et à sa famille son choix de vie ?

La notion de normalité sexuée peu à peu s’éloigne. On est comme on est ! Malheureusement, ce n’est encore pas le cas dans beaucoup de parties du monde.

GRANDEUR ET DÉCADENCE DES AMITIÉS PARTICULIÈRES

par Deborah Gutermann-Jacquet

Homosocialité, homosexualité, passions électives, amitiés particulières et plus – si affinités, en somme – telles sont les dénominations variées à partir desquelles peut s’approcher le lien de mâle à mâle.

Derrière l’oubli

Ce lien subtil, qui va de l’amitié chaste à la passion charnelle – entre hommes – fut ainsi progressivement oublié, avant que d’être décrié par l’imposition d’une culture hétérosexuelle balisant les contours fermes d’une masculinité et d’une féminité normées, conçues dans un strict rapport d’opposition. Le XIXe siècle a joué dans cette transformation un rôle charnière. Lui qui voulait rendre hommage à la grandeur de l’Empire en glorifiant le guerrier s’est vu imposer par la paix, le triste modèle de l’époux. Le sort de ce dernier, hélas aussi peu enviable qu’héroïsable, alimenta à son insu le culte de figures plus transgressives.

Nobles amants, valeureux compagnons 

Ainsi, si engoncé et bourgeois que le siècle de Napoléon pût être, il a lui-même valorisé le modèle hérité de la Grèce antique, celui qui voyait l’éraste et l’éromène constituer un couple idéal, là où la femme n’était qu’un pis aller, une faute de goût nécessaire à la reproduction. Les plaisirs étaient ailleurs, éprouvés dans une homosocialité qui a pris des formes variées : du compagnonnage guerrier antique, aux chansons de geste médiévales qui exaltaient l’amitié passionnée et virile des chevaliers – n’allant cependant pas jusqu’à l’union charnelle. La non-mixité favorisait cet entre-soi précieux, où l’érotique se subsumait dans la culture, les lettres et l’art de bien dire. Un art qui s’est confondu, à l’époque romantique, avec celui de bien se dire, ou se raconter, à l’ami.

Mélange des genres

Le Romantisme opère le mariage des valeurs bourgeoises avec, pêle-mêle, l’idéal antique, l’idéal chrétien et les résidus du libertinage. Il en ressort une certaine confusion, où les amitiés masculines sont vantées dans les lettres, autorisées au collège, puis reniées à l’âge d’homme. Le bon goût y reste cependant attaché, ce qui ne sera plus le cas dans les modèles fin de siècle, dont Proust atteste en faisant assister le lecteur à la grandeur, puis à la décadence et à la chute du baron de Charlus. Un Charlus si noble, virant déjà au ridicule dans Sodome et Gomorrhe, pour incarner finalement dans Le Temps retrouvé la figure dégradée du vice. Ici s’enracine peut-être ce retournement du regard porté sur les amours masculines : de l’idéal à la valorisation ambivalente, jusqu’à la fascination obscène.

Les amis de cœur

Nous sommes loin d’Hölderlin qui, en 1799, mettait dans la bouche de son Hypérion ces mots, adressés à son compagnon d’armes, Alabanda : « J’avais connu auprès de lui un inexprimable bonheur ; de ses étreintes où je perdais cœur, je m’étais souvent réveillé invulnérable, son feu m’avait réveillé et trempé comme de l’acier ». Hölderlin fait référence au bataillon sacré d’Epaminondas, cette armée rendue invincible par les paires d’amants qui la composent et se protègent mutuellement, rivalisant de bravoure dans un climat d’émulation passionné. L’équivoque de la relation amicale /amoureuse d’Hypérion et Alabanda est soulignée à plusieurs reprises, notamment lorsque le premier s’exclame : « Ce sont nos fiançailles, plaisantai-je, rien d’étonnant que nous nous croyions en Arcadie ! ». Tout le bouleversement de l’époque s’éprouve dans le plaisantai-je. Une formule de prévention qui marque la transformation de la communion charnelle en communion des âmes. Ainsi, le compagnon d’armes amoureux devient-il, dans ce premier XIXe siècle, l’ami de cœur. Un ami de cœur qu’Hölderlin avait lui-même en la personne de Neuffer et que les collégiens de son époque ont également eu pour combler la solitude de leur pensionnat. 

L’intimité des dortoirs, dont les pages des journaux intimes et les correspondances effrénées font trace, permettront de poursuivre l’étude de ce lien électif et ses transformations à l’âge d’homme.

 LACAN

Si vous me le permettez, je terminerai sur une remarque qui introduit la place à laquelle nous devons nous situer, nous analystes, par rapport au désir.

Ça n’ira pas, en effet, si nous ne savons pas nous faire une certaine conception cohérente de notre fonction par rapport aux normes sociales.

Ces normes sociales, s’il est une expérience qui doive nous apprendre combien elles sont problématiques, combien elles doivent être interrogées, combien leur détermination se situe ailleurs que dans leur fonction d’adaptation, c’est bien celle de l’analyste.

Dans cette expérience du sujet logique qui est la nôtre, une dimension se découvre à nous, qui est toujours latente, mais aussi toujours présente, sous toute relation intersubjective. Cette dimension, celle du désir, se trouve dans un rapport d’interaction, d’échange, avec tout ce qui, de là, se cristallise dans la structure sociale. Si nous savons en tenir compte, nous devons arriver à peu près à la conception suivante.

Ce que je désigne par le mot de culture – mot auquel je tiens fort peu, et même pas du tout – c’est une certaine histoire du sujet dans son rapport au logos. Assurément, cette instance, le rapport au logos, a pu rester masquée au cours du temps, et, à l’époque où nous vivons, il est difficile de ne pas voir quelle béance il représente, à quelle distance il se situe, par rapport à une certaine inertie sociale. C’est pour cette raison que le freudisme existe à notre époque.

Quelque chose de ce que nous appelons culture passe dans la société. Le rapport entre les deux, nous pouvons provisoirement le définir comme un rapport d’entropie, pour autant que ce qui passe de la culture dans la société inclut toujours quelque fonction de désagrégation.

Ce qui se présente dans la société comme la culture – et qui est donc entré, à des titres divers, dans un certain nombre de conditions stables, elles aussi latentes, qui déterminent les circuits des échanges à l’intérieur du troupeau – y instaure un mouvement, une dialectique, qui y laisse ouverte la même béance que celle à l’intérieur de laquelle nous situons la fonction du désir. C’est en ce sens que nous pouvons poser que ce qui se produit comme perversion reflète, au niveau du sujet logique, la protestation contre ce que le sujet subit au niveau de l’identification, en tant que celle-ci est le rapport qui instaure et ordonne les normes de la stabilisation sociale des différentes fonctions.

Ici, nous ne pouvons pas ne pas voir ce qui rapproche toute structure semblable à celle de la perversion de ce que Freud énonce dans son article Névrose et psychose dans les termes suivants.

 Il est possible au moi, dit-il, d’éviter la rupture d’aucun côté de ce qui se propose à ce moment-là alors à lui comme conflit, comme distension, pour autant qu’il laisse tomber toute revendication à sa propre unité, et qu’éventuellement il se schize, et se sépare. Freud nous donne alors l’un de ces aperçus qui rendent toujours ses textes spécialement illuminants, au regard des textes plus communs de la littérature à laquelle nous avons affaire dans l’analyse. C’est ainsi que nous pouvons nous apercevoir de la parenté qu’il y a entre les perversions, en tant qu’elles nous évitent une répression, et tous les Inkonsequenzen, Verschrobenheiten und Narrheiten der Menschen.

Il vise précisément, de la façon la plus claire, tout ce qui se présente dans le contexte social comme paradoxe, inconséquence, forme confusionnelle, et forme de folie. Le Narr, c’est le fou, dans le texte de la vie sociale la plus commune et la plus ordinaire.

Nous pourrions dire en somme que quelque chose s’instaure comme un circuit tournant entre, d’une part, le conformisme, ou les formes socialement conformes, de l’activité dite culturelle – l’expression devient ici excellente pour définir tout ce qui de la culture se monnaie et s’aliène dans la société – et, d’autre part, la perversion, pour autant qu’elle représente au niveau du sujet logique, et par une série de dégradés, la protestation qui, au regard de la conformisation, s’élève dans la dimension du désir, en tant que le désir est rapport du sujet à son être.

C’est ici que s’inscrit cette fameuse sublimation dont nous commencerons peut-être à parler l’année prochaine. À la vérité, rien ne justifie mieux tout ce que je suis en train d’essayer d’avancer devant vous, que la notion que Freud a apportée sous le nom de sublimation.

Qu’est-ce que la sublimation, en effet ? Qu’est-ce qu’elle peut être, si nous pouvons la définir avec Freud comme une activité sexuelle en tant qu’elle est désexualisée ? Comment pouvons-nous même la concevoir ? – alors qu’il ne s’agit plus là ni de source, ni de direction de la tendance, ni d’objet, mais de la nature même de ce que l’on appelle en l’occasion l’énergie intéressée.

Il vous suffira, je pense, de lire l’article de Glover dans l’International Journal of Psycho-analysis où il aborde avec les soucis critiques qui sont les siens la notion de sublimation, pour saisir à quel point celle-ci est problématique. Elle le reste, à moins de définir la sublimation comme la forme même dans laquelle se coule le désir. Ce que l’on vous indique en effet dans Freud, c’est justement que cette forme peut se vider de la pulsion sexuelle – ou, plus exactement, que la pulsion elle-même, loin de se confondre avec la substance de la relation sexuelle, est cette forme même. Autrement dit, fondamentalement, la pulsion peut se réduire au pur jeu du signifiant. Et c’est ainsi que nous pouvons aussi définir la sublimation.

La sublimation, comme je l’ai écrit quelque part, est ce par quoi peuvent s’équivaloir le désir et la lettre. Ici – en un point aussi paradoxal que l’est la perversion, entendue sous sa forme la plus générale comme  ce qui, dans l’être humain, résiste à toute normalisation –  nous pouvons voir se produire ce discours, cette apparente élaboration à vide que nous appelons sublimation, et qui, dans sa nature comme dans ses produits, est distinct de la valorisation sociale qu’on lui donnera ultérieurement. Les difficultés qu’il y a à coller au terme de sublimation la notion de valeur sociale sont particulièrement bien mises en valeur dans l’article de Glover dont je vous parle.

 La sublimation se place comme telle au niveau du sujet logique, là où s’instaure et se déroule  tout ce qui est,  à proprement parler, travail créateur dans l’ordre du logos. De là, viennent plus ou moins s’insérer dans la société, plus ou moins trouver leur place au niveau social, les activités culturelles, avec toutes les incidences et tous les risques qu’elles comportent, jusques et y compris le remaniement des conformismes instaurés, voire leur éclatement.

Pour situer dans son plan propre, son plan animateur, ce dont il s’agit concernant le désir, nous pourrions, au moins provisoirement,  pointer le circuit fermé que constitueraient ces quatre termes du graphe – d, (S/×a), S(A/), et (S/×D).

Le problème sur lequel nous débouchons ici est le même que celui sur lequel je vous ai laissés la dernière année, dans mon rapport sur La direction de la cure  au Congrès de Royaumont.

Le désir du sujet, en tant que désir du désir, ouvre sur la coupure, sur l’être pur, manifesté A/ sous la forme de manque. En fin de compte, à quel désir le sujet va-t-il s’affronter dans l’analyse, si ce n’est au désir de l’analyste ? C’est précisément pour cette raison qu’il est tellement nécessaire que nous maintenions devant nous cette dimension sur la fonction du désir.

L’analyse n’est pas une simple reconstitution du passé, l’analyse n’est pas non plus une réduction à des normes préformées, l’analyse n’est pas un éthos. Si je devais la comparer à quelque chose, ce serait à un récit qui serait lui-même le lieu de la rencontre dont il s’agit dans le récit.

Le problème de l’analyse réside dans la situation paradoxale où se trouve le désir de l’Autre que le sujet a à rencontrer, notre désir, qui n’est que trop présent dans ce que le sujet suppose que nous lui demandons. En effet, le désir de l’Autre qu’est pour nous le désir du sujet, nous ne devons pas le guider vers notre désir, mais vers un autre. Nous mûrissons le désir du sujet pour un autre que nous. Nous nous trouvons dans la position paradoxale d’être les entremetteurs du désir, ou ses accoucheurs, ceux qui président à son avènement.

Comment tenir pareille position ? Elle ne peut assurément être tenue que par le maintien d’un artifice qui est celui de la règle analytique dans son ensemble. Mais quel est le dernier ressort de cet artifice ? Comme toujours, c’est à la fois la vérité la plus triviale et la plus cachée.

 Sans doute l’analyse est-elle une situation où l’analyste s’offre comme support à toutes les demandes et ne répond à aucune, mais est-ce seulement dans cette non-réponse – qui est bien loin d’être une non-réponse absolue – que se trouve le ressort de notre présence ? Ne faut-il pas faire une part essentielle à un élément qui est immanent à la situation, et qui se reproduit à la fin de chaque séance ? J’entends, ce vide auquel notre désir doit se limiter, cette place que nous laissons au désir pour qu’il s’y situe – bref, la coupure.

La coupure est sans doute le mode le plus efficace de l’interprétation analytique. Cette coupure, on veut la faire mécanique, la soumettre à un temps préfabriqué.  Eh bien, non seulement nous la mettons effectivement tout à fait ailleurs non seulement que nous la mettons effectivement, mais nous ajoutons que c’est l’une des méthodes les plus efficaces de notre intervention. Sachons y insister et nous y appliquer.

 Cela dit, n’oublions pas la présence, dans cette coupure, il y a quelque chose, de ce que nous avons appris à reconnaître sous la forme de l’objet phallique, latent à tout rapport de demande comme signifiant du désir.

Pour terminer cette leçon, et faire je ne sais quel rappel qui sera comme une pré-leçon vous annonçant ce qui inaugurera nos leçons de l’année prochaine, j’aimerais conclure par une phrase que je vous proposerai en énigme. On verra si vous êtes meilleurs dans le déchiffrage des contrepèteries que je ne l’ai constaté au cours d’expériences faites sur légion de mes visiteurs.

Dans une revue parue à Bruxelles vers 1953-1954 sous le titre de Phantômas, un poète, Désiré Viardot, a proposé cette petite énigme ferméedont nous allons voir si un cri de l’assistance va nous montrer tout de suite la cléf – La femme a dans la peau un grain de fantaisie.

Ce grain de fantaisie, c’est assurément ce dont il s’agit en fin de compte dans ce qui module et modèle les rapports du sujet à celui, quel qu’il soit, à qui il demande. Et sans doute n’est-il pas pour rien que ce soit sous la forme de la Mère universelle que nous ayons trouvé à l’horizon le sujet qui contient tout.

 C’est ce qui fait que nous puissions à l’occasion nous méprendre sur le rapport du sujet au Tout, en croyant qu’il nous serait livré par les archétypes analytiques, alors qu’il s’agit de bien autre chose, à savoir de la béance qui ouvre sur ce quelque chose de radicalement nouveau qu’introduit toute coupure de la parole.

Ici, ce n’est pas seulement de la femme que nous avons à souhaiter ce grain de fantaisie – ou ce grain de poésie–, c’est de l’analyse elle-même.

1er juillet 1959

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