SCALP NANTES : retranscription de la table ronde « Education »

Séverine Papot, directrice et animatrice socio-culturelle d’un quartier de Nantes était l’invitée de la table ronde consacrée à l’éducation du Forum Scalp de Nantes. Elle nous a fait saisir la manière dont ce qu’on appelle l’éducation populaire et qui n’est pas l’école contribue au tissage démocratique de notre société. Extraits.

Séverine Papot : Je vais être très factuelle et partir du terrain que je connais, de ce que j’ai vécu. Je travaille dans une maison de quartier à Nantes qui avait la chance d’avoir une salle de spectacle, donc c’est quand même assez important parce que c’est ce qui a joué dans ce que j’ai mis en place ensuite. J’ai été animatrice socio culturelle et j’ai travaillé avec énormément de public. Et c’est à ce moment-là que j’ai touché du doigt ce que cela pouvait être, la pauvreté, parce que j’ai travaillé avec des gens qui bénéficiaient d’ADT quart monde et non pas qu’avec des gens qui savaient en parler. Et suite à cela, j’ai eu du désir oui, des envies de donner encore plus parce que l’égalité pour moi c’était quelque chose d’insuffisant. Et je suis encore plus sur l’équité : c’est-à-dire donner plus à ceux qui ont moins pour qu’un jour ils arrivent peut être à l’égalité.

J’ai monté un projet que j’ai appelé « Des livres et vous » grâce à une fabrique de livres qui revend des livres à un euro. Je suis allée voir de multiples partenaires, des écoles de quartiers (privées et publics), et j’ai invité tout le monde à travailler autour des livres et de la lecture. J’ai rencontré des auteurs et des illustrateurs qui ont créé de petits personnages, les enfants de toutes les écoles sur un territoire donné.

Les enfants et les enseignants qui ont bien voulu participé, ont créé des personnages et des histoires et pendant une semaine ils sont venus voir les auteurs et les illustrateurs et surtout acheter des livres. Et ce qui était bien c’est que, que l’on soit de l’école privée, public, qu’on soit du quartier, tout le monde venait, tout le monde participait, avec une extrême bienveillance. Et je ne sais pas, je pense que je ne suis pas faite pour combattre la haine, je pense que je ne sais pas faire, mais par contre j’ai vu énormément de bienveillance, de rencontres, des gens – ça a touché 1500 personnes quand même, ce n’était pas rien. Et ça s’est fait avec beaucoup de respect. Je n’ai jamais eu à gérer aucuns conflits. Il y avait une implication des enfants qui a entraîné une implication des parents. Au bout de plusieurs années, les écoles qui avaient du mal à sortir de leur quartier, tous les habitants se retrouvaient pour « Des livres et vous ».

 

Eric Zuliani : Vous disiez tout à l’heure que vous ne saviez pas comment combattre la haine. C’est sûr que ce n’est pas des projets qui visent ça particulièrement. Par contre on peut voir en quoi cela suscite le vivre ensemble. Comment cela a été accueilli ?

 

SP : Ça a adhéré assez vite, d’abord dans les écoles de la cité, par ce que les directeurs ont remarqué que les familles ne sortaient pas de la cité et n’allaient même pas jusqu’à la maison de quartier pour voir des spectacles. Donc ça a adhéré très vite parce que les gens se sont dit : nous n’avons pas de relation avec ces familles, parfois ils ne parlent pas la même langue. Mais moi ce que j’ai proposé ce n’était pas du tout un enjeu de réussite scolaire c’était un enjeu que les enfants puissent créer ensemble et puissent s’impliquer et impliquer les parents.

 

Solenne Albert : Je suis sensible à l’énonciation que vous portez. Par rapport à la première table ronde où l’on disait qu’il y avait une forme de désenchantement pour la démocratie. Finalement là l’enchantement on le retrouve, on vous sent vraiment enchantée, passionnée par votre travail. Et je voulais vous poser une question tout à l’heure vous disiez que c’était un peu un choix forcé d’être là. Et l’on voit bien, au contraire de ce que vous disiez, que vous combattez la haine, c’est-à-dire avec vos armes qui sont celles de la démocratie.

 

SP : Dans ce que j’ai proposé, ce qui était très important c’est que l’on avait remarqué que chez beaucoup d’enfants issus de familles qui venaient d’arriver en France, il n’y avait pas de livres. Et moi j’ai travaillé avec un partenaire qui vendait des livres à un euro. Ces mamans n’avaient pas encore un savoir lire le français. Elles pouvaient enfin acheter un ou deux livres parce que c’était accessible. Quand on met de côté les enjeux de réussite scolaire, les gens sont plus à même, soit de s’investir, soit de faire un pas de côté. On est devenus très complémentaires de l’école, quand ils nous laissent la place. (Retranscription, Solenne Albert)

 

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