Obscène ! par Emmanuelle Borgnis Desbordes

Le Front National et tous ses dérivés a toujours été le parti de la haine, du mépris et du rejet de toute altérité. A l’heure du désenchantement du monde et du délitement du lien social, les uns et les autres se sont de plus en plus isolés, reclus dans leur petite jouissance privée qui incidemment s’immisce dans tous leurs choix. « Nos penseurs, à vaguer de l’humanisme à la terreur… » Si l’heure est au dévoilement généralisé, le FN participe de la montée sur la scène publique d’une obscénité. L’obscénité, aussi deshumanisante soit-elle, relève d’un montage humain. Pas d’obscénité de nature ! Si son surgissement en des moments et des circonstances particulières laisse chacun sans voix, il le laisse rarement sans réaction : dégout, rejet voire petite satisfaction perverse… L’affect n’est jamais sans rapport avec le montage signifiant de chacun qui le fait réagir, singulièrement…Voire l’obscénité est une chose, pour chacun, mais l’entendre ! et rallier tous les égarés au nom la jouissance, en est une autre ! Nous entendons la haine bien sûr dans les propos frontistes mais nous entendons aussi l’obscénité. Et l’obscénité ne relève qu’un d’un Réel sexuel désarrimé du signifiant.

J’ai enquêté cette nuit sur l’étymologie de ce terme : « Obscène » emprunté au latin obscenus qui signifie au départ « de mauvais augure », « sinistre » mais aussi « qui ne doit pas être montré sur scène ». En fait, « ob » a pour premier sens « devant ». Est dit « obscenus », ce qui est non pas sur la scène, bien en vue, face au peuple, mais devant la scène, à l’abri des regards. Disons, ce qui est là mais qui reste voilé, présent mais voilé. Ce sens théâtral est absent des dictionnaires aujourd’hui et mériterait pourtant d’être remis au goût du jour.

Actuellement, dans les dictionnaires, « obscène » est pourvu de deux sens.

Dans le Trésor de la langue française, le premier sens se rapporte à la sexualité ; le second à la morale sociale ; dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, le premier est propre ; le second figuré.

Est obscène, selon les auteurs du Trésor de la langue française « ce qui offense ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité ». Les synonymes en sont cochon, dégoûtant, dégueulasse, graveleux, sale. Ce sont des chansons, couplets, dessins, films, graffitis, gravures, idées, images, livres, plaisanteries, photographies qui peuvent être dits « obscènes » ; des propositions et des personnes aussi.

Le second sens tient de la morale sociale : « qui offense le bon goût, qui est choquant par son caractère inconvenant, son manque de pudeur, sa trivialité, sa crudité ». Les synonymes sont cru, immoral, impudique, indécent, licencieux, ordurier, trivial.

Où est passé le sens théâtral de l’obscénité ?

Dans le théâtre frontiste, l’heure est au dévoilement, la montée sur la scène de ce qui aurait du rester devant, dans les loges, dans la fosse de l’orchestre. Le dévoilement est devenu même l’atout majeur de prosélytisme frontiste… Dans leur délire, il s’agit de dire, haut et fort, ce qui ne se voit pas, ce qui habituellement ne se dit pas-tout. Les frontistes ne cesse de faire des promesses… de jouissance ! Un dire-toute-la-vérité qui n’est le reflet de la jouissance d’un Père Réel qu’il ne cesse d’élever à la dignité d’un Maitre de la horde, Maître des pauvres fils égarés, tous égaux dans leur pauvre précarité ! Exit le singulier, exit le particulier. « Nous avons vu pour notre horreur… ».

L’obscénité est signe de jouissance et la jouissance n’est pas civilisatrice.

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