Quelques mots sur le vif, à propos du lancement de « L’Appel du monde de la culture contre MLP », par Anne-Lise Heimburger

J’ai participé avec quelques autres à lancer « l’Appel du monde de la culture contre Marine Le Pen ». Quand s’offre dans l’Histoire l’occasion d’agir sur elle, et que l’on décide, à titre personnel – comme toujours -, de ne pas rater cette opportunité mais de s’en saisir, il est étonnant de constater toutes les modifications subjectives qui s’en suivent immédiatement.

Pour commencer il y a l’état d’éveil que suscite d’emblée tout sursaut citoyen, et ce de façon bien plus puissante qu’en ayant recours à n’importe quelles boissons supra-vitaminées, riches en théine ou en taurine. Ensuite, une fois sauté hors du wagon de son train-train quotidien, il faut ajouter qu’on se sent galvanisé au point de provoquer l’occasion sans plus attendre qu’elle se présente ! Le temps s’accélère, se condense, des mots prononcés l’air de rien, qu’on n’aurait pas relevés la veille, nous percutent, et certains des rideaux plus ou moins imposants qui nous voilent le regard, se lèvent enfin. On y voit plus clair. Derrière la fenêtre du train-train, la vie défilait comme un film. Nous n’étions pas acteurs à 100%, on croyait l’être. Pour qui se prenait-on ? Pour des citoyens tranquilles, sans doute. C’est que le danger ne nous apparaissait pas encore avec l’acuité qui le caractérise actuellement.

Mais elle, Marine Le Pen, dont les sens et la raison sont tout entiers obstrués par des remparts de haine, pour qui se prend-elle, quand elle ose qualifier le monde de la culture d’élite coupée des réalités ? Elle ignore tout des aspérités de la création qui exige nécessairement de mettre les mains dans le cambouis et d’oser regarder ce qu’il est déplaisant de voir, de savoir, de reconnaître. Quitte à le faire avec des moyens rudimentaires, comme cela est souvent le cas – ce qui n’empêche pas, d’ailleurs, la réalisation de grands succès.

Marine Le Pen cherche à nous reléguer au rang de figurants discrets, de silhouettes muettes. C’est sans compter sur l’attachement profond que les signataires de cet Appel inédit, personnalités aussi fameuses que très populaires, ont à la liberté de penser, de créer et d’interpréter le meilleur et le pire en l’homme, personnage principal. Il est bon, jubilatoire même, quand l’artiste tient à se rappeler qu’il a tout à gagner, dans les périodes où l’Histoire va à vaut l’eau, de ne pas oublier qu’il est d’abord un citoyen.

Un acteur, lorsqu’il doit jouer une fiction, ne peut en être dupe, sans quoi la fiction a raison de lui et l’écrase. Il doit au contraire l’interpréter, c’est-à-dire y engager sa pensée et son être, afin de faire entendre ce qui se trame derrière le dire. Il en va de même pour les fictions qui se trament dans l’Histoire. N’en soyons pas dupes, ne les laissons pas devenir familières, banales, portons dessus un regard étranger afin de rester vigilants, créatifs, sur le qui-vive.

 

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