« BIBLIOTHEQUES SOUS INFLUENCE » par Benoite Chéné

« Bibliothèque sous influence » est un documentaire réalisé en 1999. Il est tourné 4 ans après que les municipalités, de Marignane, Orange et Toulon, soient passées au FN.

C’est avec l’ensemble de son équipe, dont Françoise Lefeuvre (sans qui je n’aurais pas pu connaitre l’existence de ce documentaire), que le réalisateur engagé, Éric Pittard, film l’histoire de la bibliothèque Jean D’Ormesson à Marignane. De l’intérieur de cette bibliothèque aucune image ne figurera dans le film. Et pour cause, la mairie n’a pas autorisé l’équipe à y pénétrer. Ce documentaire nous montre comment un haut lieu de culture, d’ouverture et d’accès au savoir sous toutes ses formes se transforme en « un outil de propagande pour le FN » dixit un des élus, à la directrice de la bibliothèque. Cette dernière, Martine Pichon finira par être démise de ses fonctions (on ne lui renouvellera pas son contrat) pour être remplacée par un directeur, sympathisant du FN.

Ce que lui reproche le maire ?

De faire son travail de bibliothécaire en étant au service des livres et du public : « Je pense que ce sont des gens qui n’aiment pas les gens car quand on aime les livres, on aime les gens. » dira t-elle à la fin du documentaire. Elle dit avoir vu des choses « qui heurtent nos sensibilités d’Hommes, d’êtres ». Dans le bulletin municipal FN on y dessine « les arabes avec des visages d’animaux », on retire des rayons ; les ouvrages sur la tolérance, l’homosexualité. On impose l’abonnement à la revue « Présent » et on retire des rayons les journaux ; Libération, Le nouvel observateur et La Marseillaise (revue communiste). On décommande tout ouvrage, choisi auparavant par les professionnels du livre, dont le nom de l’auteur a des consonances étrangères.

Que peut-on alors y lire ? Jean-Luc Gautier-Gentès à l’époque inspecteur général des bibliothèques, alerté sur les pratiques de la municipalité en place, dira que les ouvrages commandés par l’hôtel de ville sont au service d’une seule idéologie, celle du FN. Avec ces auteurs, ces éditeurs et toutes les biographies (certes parfois historiques) cela forme un ensemble qui permet d’accréditer une seule et même thèse : conspirationniste. « Tous pourris ».

« Des oiseaux de malheurs survolent notre terre (…) on entend des discours d’exclusion et de haine contraire à la morale et aux souhaits des Dieux. Dites haut et fort, NON A CES IDEES FUNESTES, quittez vite ces chemins qui ne mènent nulle part faites chanter votre cœur, cultivez un jardin et faite aussi pousser les fleurs de l’espérance. »

Pourquoi et par qui ce poème a t’il été décroché et son cadre malencontreusement brisé ? Par le maire lui-même. Au moment où on se presse dans la bibliothèque pour assister à une exposition où la poésie de chacun des habitants y est à l’honneur le maire s’approche de Martine Pichon : « je vous informe qu’il y a un poème que j’ai dû retirer de l’exposition car il attaquait la municipalité ». Attaque contre la mairie ? Refus de l’idéologie de la haine, ça, à n’en pas douter ! Son auteur n’est autre qu’un Espagnol qui a fui le franquisme alors qu’il était encore enfant : « comment voulez-vous qu’ayant vécu cette expérience, je ne garde pas au fond du cœur une épine. »

A partir de là, la mairie se substitue aux bibliothécaires : « on ne pouvait plus faire notre travail ». A la bibliothèque Jean D’Ormesson, les caisses de livres qui y arrivent sont désormais commandés par la mairie sur le budget alloué pour la bibliothèque. La municipalité y organise des conférences sur, dixit: « la crétinisation par la culture. » Effectivement pour le FN il est évoqué dans ce documentaire que l’enjeu est de taille et qu’il a un programme : « l’ignorance organisée ».

Si vous regardez ce documentaire que je vous recommande vivement, Martine Pichon vous le dira : « Dans les autres bibliothèques de la République, les bibliothécaires ont toute liberté dans leurs acquisitions. »

Alors tous les mêmes ? Certainement pas ! UN SEUL n’est pas un parti de la République : le FN.

 

 

 

« Bibliothèque sous influence » ; Réalisation et image : Eric Pittard, Montage : Catherine Mabilat, Son : Frédéric Grémeaux et Assistante de réalisation : Françoise Lefeuvre. Production : Les Films à Lou, France 3, avec la participation de la Direction du livre et de la lecture, 1999. Distribution : Les Films à Lou, vidéo, couleur, 55 min.

 

Publicités
Cet article a été publié dans ALERTE, Just published. Ajoutez ce permalien à vos favoris.