Marine Le Pen, un effort permanent pour rendre le mal banal, par Alexandre Stevens

 

Capture d_écran 2017-03-30 à 11.26.28La prochaine élection présidentielle en France fait rupture dans l’histoire démocratique de la cinquième République. Pour la première fois, il apparaît probable qu’un candidat de l’extrême droite sera présent au deuxième tour. Certes son père a déjà gagné cette place il y a quelques années. Ce fut une surprise et la réaction des Français fut à la hauteur de l’enjeu. La situation est toute différente aujourd’hui. Chacun s’y attend et la question devient : qui sera en mesure de la battre ? Mais qu’on s’y attende, que cela soit déjà banalisé dans les médias et l’opinion, est en soi profondément inquiétant.

La montée des populismes en Occident est sensible. Trump, le Brexit, la situation en Hongrie et en Pologne — pour ne citer que les plus récents de ces phénomènes — montrent la forte tendance de nos sociétés à la fermeture sur elles-mêmes, impliquant le rejet de l’autre. Nationalisme, refus de l’immigration, préférence nationale sont autant de thèmes d’appauvrissement de l’esprit et probablement aussi de l’économie. Mais surtout ils sont éthiquement insoutenables.

Et cependant ces thèmes se banalisent dans nos sociétés européennes. En France, de multiples signes en montrent la progression : ainsi par exemple la « Clause Molière » dont Le Monde a parlé récemment et qui limite la présence des étrangers, y compris européens, par une exigence de langue : il faudrait que sur les chantiers publics les travailleurs parlent français entre eux !

En Belgique un parti explicitement nationaliste participe au gouvernement et certains de ses représentants tiennent des discours ségrégationnistes, voire implicitement racistes, tel ce ministre qui a proposé – sans succès heureusement – que les demandeurs d’asile portent un badge afin d’être identifiables en rue. Des libéraux prennent part à ce gouvernement et prennent ainsi le risque de participer à la dé-diabolisation de ces discours.

On en arrive même, dans ce contexte, à se réjouir des dernières élections présidentielles autrichiennes où l’extrême droite a été battue par le candidat écolo. C’est oublier un peu vite qu’ils se retrouvaient au coude à coude. La présence de l’extrême droite au plus près du pouvoir se banalise. Là est ce qui peut réellement nous inquiéter.

Les Pays-Bas ont voté récemment et certes le parti de Wilders n’a pas obtenu le raz-de-marée escompté, mais l’extrême droite, qui tient des discours très violemment anti-immigrés, n’en a pas moins sensiblement progressé en devenant un des premiers partis de l’échiquier politique. C’est sans voile que Wilders propose : « Toutes les mosquées et écoles musulmanes seront fermées, interdiction du Coran ». C’est une figure plus extrémiste que d’autres.

Mais le Front National en France est-il vraiment moins pire ? On se souvient que Le Pen a toujours tenu un discours dont la vérité est dans ses dérapages, « détails de l’histoire ». Sa fille Marine est-elle différente ? Elle voudrait le faire croire. Pour cela, elle s’emploie à un travail politique systématique : habiller la pulsion de mort du voile de la banalité. Son père proposait la jouissance mortifère sans voile, elle ajoute le voile, le plus intégral possible, mais c’est pour exclure tout autant l’autre.

Le comble est que toutes ces préférences nationales échoueront économiquement en même temps qu’elles réduisent la liberté de chacun et l’espace de pensée des sujets.

Nous sommes tous concernés par le choix que doit faire le peuple français. L’avenir de l’Europe comme projet pour ses peuples en est aussi l’enjeu. Voilà pourquoi nous tiendrons à Bruxelles le samedi 22 avril un Forum qui s’inscrit dans la série SCALP (Série de Conversations Anti-Le Pen) initiée par Jacques-Alain Miller. De tels forums sont ainsi organisés dans de nombreuses villes françaises par nos collègues de l’École de la Cause Freudienne. Les psychanalystes entendent affirmer clairement que ces discours de fermeture, tenus par des « ennemis du genre humain », sont à l’opposé du discours psychanalytique qui soutient l’expression au cas par cas de chaque sujet dans ses singularités.

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