Contre le discours de la haine et la ségrégation, par Elisa Alvarenga, Belo Horizonte, Brésil

Il y a quelques mois, on ne croyait pas, au Brésil, à la victoire du Brexit, et encore moins à l’élection de Donald Trump aux États Unis. Alarmés par ces deux défaites, il nous a fallu encore supporter les félicitations adressées au nouveau Président des États Unis par un député de Rio de Janeiro connu pour ses propos violents et racistes. De plus, après avoir loué un militaire qui a pratiqué la torture pendant la période obscure de la dictature militaire et promu l’insulte publique de certaines femmes, il vient de se porter candidat pour la droite aux élections présidentielles de 2018.

Il me semble que, lorsque Lacan, en 1967, a parlé de la ségrégation et des camps de concentration, il alertait les psychanalystes et les prévenait des défis auxquels ils auraient à faire face. Nous y sommes. En fondant une École comme refuge contre le malaise dans la civilisation, Lacan nous a convoqués à lutter contre les fondamentalismes et la xénophobie.  Le pays de la psychanalyse lacanienne est le pays qui inclut tous ceux qui, au-delà des frontières nationales et même au-delà de chaque continent, luttent pour une cause commune, à trois niveaux.

Au niveau clinique, dès ma rencontre avec l’orientation lacanienne à l’internat de psychiatrie, j’ai appris à lutter contre les normes stériles et contre la ségrégation des malades mentaux en faisant valoir l’institution comme exception selon l’invention de mon directeur d’hôpital – à la fois psychiatre et psychanalyste – qui exigeait la flexibilisation des normes institutionnelles à l’endroit de chaque patient. Le principe freudien, selon lequel un analyste a à recevoir chaque cas comme s’il était le premier, avait trouvé là son pendant institutionnel.

Au niveau épistémique, les psychanalystes lacaniens sont chaque jour devant la tâche d’inventer un savoir à partir de l’expérience à laquelle ils ont à faire, que ce soit celle de la pratique psychanalytique ou celle d’une pratique institutionnelle. La passion de l’ignorance exige de nous, non seulement de savoir, mais également d’oublier le savoir, pour mieux le renouveler et l’adapter aux mœurs aux temps qui passe. Si Freud avait l’idée que la psychanalyse servait à traiter les névrosés, Lacan en a élargit le spectre d’action vers les psychoses, les toxicomanies et vers de nouveaux symptômes, nous permettant d’avancer vers une pratique chaque jour renouvelée.

Au niveau politique, nous ne pouvons pas rester entre nous dans les murs de nos Écoles. Un exemple est la bataille de l’autisme en France qui oppose la pratique de la psychanalyse dans le traitement, un à un, de ces patients, aux pratiques comportementales de rééducation et d’apprentissages. À la veille de la journée mondiale de l’autisme, des Forums et des ateliers rassemblant des autistes, des familles, des professionnels, des psychanalystes qui tous s’intéressent au devenir des enfants et personnes autistes dans notre société, à Paris, comme à Belo Horizonte, témoignent du sans frontières du pays de la psychanalyse.

En conséquence, contre tous les nationalismes, contre le discours de la haine, n’importe où, nous voterons toujours contre les MLP et ses équivalents.

 

Je remercie Yasmine Grasser pour sa lecture soigneuse.

 

 

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